Avis d'experts Iran: le mouvement de protestation peut-il faire chuter le pouvoir?

ATS

13.1.2026 - 07:51

Les milliers de manifestants dans les rues d'Iran défient comme jamais la République islamique. Mais l'ampleur du mouvement est-elle suffisante pour renverser le pouvoir théocratique en place?

12 janvier 2026, Hesse, Francfort-sur-le-Main : munis de pancartes et de drapeaux, les participants à un rassemblement à Francfort manifestent contre le régime iranien. Photo : Boris Roessler/dpa +++ dpa-Bildfunk +++ (KEYSTONE/DPA/Boris Roessler)
12 janvier 2026, Hesse, Francfort-sur-le-Main : munis de pancartes et de drapeaux, les participants à un rassemblement à Francfort manifestent contre le régime iranien. Photo : Boris Roessler/dpa +++ dpa-Bildfunk +++ (KEYSTONE/DPA/Boris Roessler)
KEYSTONE

Keystone-SDA

Les analystes interrogés par l'AFP restent tous extrêmement prudents sur l'issue de ces rassemblements, en raison de l'unité affichée jusqu'ici par le pouvoir.

Manifestations sans précédent

Déclenchée le 28 décembre à Téhéran par des commerçants contre la cherté de la vie, la contestation s'est largement étendue aux régions les plus pauvres du pays, à l'ouest, et vise désormais le pouvoir dirigé par l'ayatollah Ali Khamenei.

Elle représente «sans doute le défi le plus sérieux auquel la République islamique ait été confrontée depuis des années, tant par leur ampleur que par leurs revendications politiques de plus en plus explicites», estime Nicole Grajewski, professeure au Centre de recherches internationales de Sciences Po.

«Ce mouvement est différent parce qu'il fait la synthèse de tous les mouvements précédents: les révoltes économiques, les révoltes pour l'égalité femmes-hommes, les révoltes des étudiants, les révoltes des classes moyennes, qui sont déclassées aujourd'hui», observe de son côté Clément Therme, chercheur associé à l'Institut international d'études iraniennes.

Pour Jason Brodsky, de l'organisation United Against a Nuclear Iran, ces manifestations sont «historiques» et plus elles durent, «plus elles injectent de l'instabilité au coeur du régime».

Pas de signe de divisions

Les défections au sein de l'armée et/ou des fractures dans l'entourage du guide suprême, restent le critère principal pour faire vaciller le pouvoir en place.

«C'est le lâchage de l'appareil de sécurité», «la fraternisation avec les manifestants» qui peuvent entraîner sa chute, explique Clément Therme. «Dans quelle mesure les forces de l'ordre vont-elles continuer à obéir aux ordres et à tirer à balles réelles sur la foule?», interroge-t-il alors que la répression a déjà fait au moins plusieurs centaines de morts.

«Pour l'instant, il n'y a pas de basculement systémique des forces de l'ordre, de fraternisation avec les manifestants», note-t-il.

Pas de signe apparent non plus, pour l'heure, de fêlure au sein des puissants Gardiens de la révolution, armée idéologique de la République islamique.

«Si des membres des services de sécurité ou des élites politiques de premier plan venaient à faire défection ou si les manifestants parvenaient à s'emparer et à conserver des institutions gouvernementales clés, cela signalerait un changement significatif dans le rapport de force», abonde Nicole Grajewski.

Inversement, dit-elle, «des manifestations de masse, aussi soutenues soient-elles, ont peu de chances d'être suffisantes sans divisions au sommet et au sein des institutions coercitives chargées de réprimer la contestation».

Une opposition divisée

L'opposition politique à l'intérieur des frontières est quasiment inexistante.

Reza Pahlavi, fils du dernier chah d'Iran, a joué un rôle majeur en appelant aux manifestations, et les slogans en faveur de la monarchie ont fleuri dans les cortèges. Mais la diaspora reste profondément divisée.

«Il faut une coalition de dirigeants qui représente véritablement un large éventail d'Iraniens et non pas une seule faction politique», estime Arash Azizi, professeur à l'université de Yale.

La santé de Khamenei

Au pouvoir depuis 1989 et âgé de 86 ans, le guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, a survécu à toutes les crises qui ont ébranlé la République islamique. Il a encore averti vendredi que son pays ne «reculerait pas» face aux manifestants.

L'incertitude règne quant à un potentiel successeur, les options allant de son fils Mojtaba, personnage de l'ombre mais influent, à un transfert du pouvoir vers un comité plutôt qu'à une seule personne.

Un tel scénario pourrait se traduire par «une prise de contrôle plus ou moins formelle par les Gardiens de la Révolution», selon Thomas Juneau, professeur à l'université d'Ottawa.

Le facteur Trump

Après avoir frappé en juin avec Israël les installations nucléaires iraniennes, le président américain Donald Trump a de nouveau menacé de «frapper très fort» l'Iran. «Nous étudions des options très fortes», a-t-il dit dimanche.

Quel pourrait être le rôle des Etats-Unis et d'Israël? Peut-il y avoir une intervention militaire en soutien des manifestations à l'intérieur ou des actions ciblant des acteurs clés du pouvoir?

«Il est possible que, sous la pression conjuguée des protestations internes et des menaces étrangères des Etats-Unis et d'Israël, des membres du régime entreprennent une action de type coup d'Etat et modifient les politiques et structures fondamentales du régime», opine Arash Azizi, de l'université américaine Yale. «Ce serait aussi la chute du régime».