Aix-en-Provence «Vous n'avez pas d'éléments à charge» : le procès chaotique des pontes présumés de la DZ Mafia

Basile Mermoud

10.4.2026

«J'ai rien à voir de près, ni de loin ni de très loin ni de très très loin»: Amine Oualane a contesté, vendredi, le moindre rôle dans un double assassinat qui vaut à ce meneur présumé de la DZ Mafia un chaotique procès aux assises.

Depuis le début du procès, les accusés, au lourd cursus délinquant et criminel, nient en bloc toute implication dans l’assassinat, en août 2019, d'un narcotrafiquant marseillais et d'un de ses proches dans une chambre d'un hôtel Formule1 proche de Marseille (image d’illustration).
Depuis le début du procès, les accusés, au lourd cursus délinquant et criminel, nient en bloc toute implication dans l’assassinat, en août 2019, d'un narcotrafiquant marseillais et d'un de ses proches dans une chambre d'un hôtel Formule1 proche de Marseille (image d’illustration).
AFP

Agence France-Presse

Après trois semaines de comparution dans une ambiance tumultueuse, devant les juges d'Aix-en-Provence, Amine Oualane et Gabriel Ory, les deux figures de ce procès sont interrogés sur les faits commis en août 2019 sur fond de guerre entre narcotrafiquants, bien avant l'émergence de la DZ Mafia.

Jalonnés d'incidents de procédure, les débats qui auraient dû s'achever en fin de semaine jouent les prolongations: après le réquisitoire prévu samedi et les plaidoiries de la défense dimanche, le verdict est attendu dans la nuit de dimanche à lundi.

Après de très vifs accrochages ayant opposé Amine Oualane et Gabriel Ory à leurs propres avocats, vertement pris à partie et insultés, le procès a retrouvé, vendredi, un cours normal.

Amine Oualane, Marseillais de 31 ans désigné par la police comme l'un des fondateurs présumés de la DZ Mafia, bande criminelle dominant le narcotrafic dans la cité phocéenne, est jugé uniquement pour association de malfaiteurs en récidive et encourt pour cela un maximum de vingt années de prison. L'accusation lui reproche d'avoir, depuis la prison, mis en relation Farid Tir, l'une des deux victimes, avec son ami d’enfance Gaby Ory pour le livrer à un commando de tueurs.

«J'ai jamais greffé quelqu'un à quelqu'un, je suis pas chirurgien pour greffer des gens», a répliqué Amine Oualane questionné en une heure sur les éléments à charge. Le coude appuyé sur la vitre du box, «Mamine» affirme: «Je ne trahis personne».

La présidente lui a opposé des écoutes de sa cellule en janvier 2021 qui établiraient un lien entre lui et Karim Harrat, autre accusé jugé pour un rôle de commanditaire de l'assassinat de Farid Tir. «Bipe le Rent», entend-on Mamine dire à son interlocuteur, le Rent étant le surnom, contesté, de Karim Harrat.

«Le Rent, c'est l’agence de location, rétorque-t-il. Ces sonorisations n'ont rien à voir avec le dossier mais avec celui de 2020», une affaire dans laquelle Amine Oualane est accusé d'un triple assassinat, notamment celui du grand frère du militant anti narcotrafic Amine Kessaci, et qui sera jugée en octobre.

Ecoutes de Maeva Ghennam

Il conteste avec la même fougue les écoutes dans lesquelles l'influenceuse Maeva Ghennam l'accuse d’être «parti tuer» Farid Tir.

«Elle vous implique dans les faits commis», souligne la présidente. «Mais j'étais en prison à ce moment-là, d’ailleurs elle dira elle-même qu'elle était bourrée» au moment où elle tenait ces propos, a répliqué M. Oualane.

Pour prouver son innocence, Mamine clame que durant six ans, le juge d'instruction a cherché à identifier son téléphone crypté Sky ECC. «Il n'a rien trouvé, je ne marchais pas avec les Sky ECC».

Depuis la prison, il invite son interlocuteur à «cacher les papiers», en réalité 350.000 euros, explique-t-il, le fruit de vols de montres de luxe durant ses quelques mois de cavale en 2020.

Ligne à ligne, il commente les sonorisations, «Le gros» dont il parle n'est pas Gabriel Ory, assure-t-il, mais son frère «qui pèse 180 kilos». «Demandez à la partie civile, elle le connaît» apostrophe-t-il la sœur de la victime.

Son avocate, Me Inès Médioune, s'est dit hors d'elle après les quelques questions des avocates générales: «Mais vous n'avez pas d'éléments à charge», a-t-elle souligné en interpelant les deux magistrates du parquet général.

Depuis le début du procès, les accusés, au lourd cursus délinquant et criminel, nient en bloc toute implication dans l’assassinat, en août 2019, d'un narcotrafiquant marseillais et d'un de ses proches dans une chambre d'un hôtel Formule1 proche de Marseille.