L'élection de Biden, une bonne nouvelle

ATS

9.11.2020 - 05:51

La tâche de Joe Biden s'annonce très difficile à la tête des Etats-Unis, estime la presse (archives).
Source: KEYSTONE/AP/Aaron Favila

La presse suisse se félicite de la victoire à la présidence des Etats-Unis d'un Joe Biden aux qualités très suisses. Sa tâche s'annonce cependant difficile, avec deux camps que tout oppose, met-elle en garde.

Le Matin Dimanche: Pendant la longue attente des résultats de la présidentielle américaine, «les médias européens ont surtout montré les manifestants pro-Trump armés, leurs menaces vociférées, leur potentiel de violence. Il existe, bien sûr, mais il y a tout le reste. Ces bulletins de vote qui ne hurlent rien mais se sont empilés lentement, implacablement, comme les briques d'un mur qu'on monte pour faire barrière», constate Le Matin Dimanche. Le journal dominical voit même des qualités suisses dans Joe Biden, dont le discours politique terne «porte des vertus émollientes, thérapeutiques, qui ont leur utilité». Ses «phrases tièdes, sans panache» sont «peut-être les seules vraies et les seules possibles dans un pays aussi clivé, s'annonçant très difficile à gouverner», ajoute l'hebdomadaire.

Le Temps: La tâche de Joe Biden «ne sera bien sûr pas évidente», «après un président autocrate qui a érigé indécence et vulgarité en instruments de pouvoir et s'est rendu coupable de saillies incessantes contre les institutions et valeurs démocratiques», abonde Le Temps. Le démocrate «hérite d'une Amérique plus divisée qu'il y a quatre ans, en proie à une grave crise sanitaire, économique et sociale. Une Amérique polarisée, scindée en deux camps». L'ancien vice-président américain «devrait incarner une certaine sérénité. Un retour à la normale». Il a déjà «promis de s'attaquer à la pandémie de Covid-19. Il a promis aussi que les Etats-Unis rejoindraient l'accord de Paris sur le climat, réintégreraient l'OMS et tendraient de nouveau la main à l’Europe».

Le Courrier: «Quoi que l'on pense du très probable futur locataire de la Maison-Blanche, démocrate à la très discrète fibre sociale, la chute de Donald Trump ne peut que redonner espoir à ceux qui ne se résignent pas à voir le nationalisme, l'individualisme, les discriminations, le négationnisme climatique et la fortune diriger le monde», se réjouit Le Courrier. «L'arrivée de Joe Biden est en particulier une bonne nouvelle pour les Nations unies et le multilatéralisme», ajoute le journal genevois.

La Liberté: A 77 ans, le démocrate incarne même «le renouveau américain», estime La Liberté. «Elu en sauveur de la nation, Joe Biden est la promesse d'autre chose. L'espoir d'une société réconciliée, d'un pays unifié et apaisé [...] A ceux qui estiment que Donald Trump n'a servi à rien à la Maison-Blanche, on répondra que non: il pourra toujours servir d'exemple à ne pas suivre. Il laisse à Joe Biden un pays au bord de la guerre civile, ravagé par une épidémie qu'il n'a cessé de minimiser. Les plaies dans la société civile et en politique seront difficiles à cicatriser».

NZZ: Mais Joe Biden a «la capacité de restaurer la confiance», écrit la NZZ. Le démocrate «a acquis son influence politique au Sénat, où le consensus et la coopération non partisane étaient la norme il y a quelques années. Il est de plus pragmatique et non idéologue. S'il ne parviendra pas à combler les tranchées ouvertes ces dernières années, il pourra au moins créer une base de discussion, sans laquelle un processus de guérison n'est pas possible. Cette élection a en effet montré de façon effrayante que les partisans des deux camps vivent géographiquement, culturellement et médiatiquement dans des mondes parallèles [...] M. Trump était venu briser l'ordre existant. C'est ce qu'il a fait, dans son parti, aux États-Unis et dans le monde entier. Il faudra de nombreuses années pour déblayer le tas de décombres».

Blick: Le Blick se montre cependant assez optimiste par rapport à l'ampleur de la tâche à accomplir, car «Joe Biden est la bonne personne au bon moment», même si ce choix «doit être considéré avant tout comme un vote anti-Trump. Le démocrate de 77 ans n'a, à aucun moment, déclenché l'enthousiasme dans le pays. Son parti est uni, mais seulement dans sa détestation de l'Amérique de M. Trump». Il reste un grand point d'interrogation avec le parti républicain, note le journal. «Certains élus ont probablement poussé un soupir de soulagement à ne plus avoir à danser au son du sifflet de Trump».

SonntagsZeitung: «L'ancien vice-président Joe Biden se retrouvera dans 74 jours à la Maison-Blanche. Mais il n'a gagné que comme l'exact opposé de Trump», renchérit la SonntagsZeitung. «La pandémie a été sa chance et suffisamment d'Américains souhaitaient la fin des turbulences. Joe Biden n'a montré dans sa troisième course à la présidence ni le talent, ni la vision, ni la popularité, ni la force qu'il fallait jusqu'à présent pour gagner ce duel, le plus dur du monde. Trump a perdu la bataille hier, mais sa guerre continue», conclut l'hebdomadaire.

Aargauer Zeitung: Au contraire, la victoire de Joe Biden «n'est pas convaincante», commente l'Aargauer Zeitung. «Après quatre ans de folie sous M. Trump, M. Biden aurait dû gagner beaucoup plus clairement. Les démocrates ne semblent en outre pas en mesure de reconquérir le Sénat. Et à la chambre des représentants, ils ont même perdu des sièges», relève le journal. «La promesse de Joe Biden d'unir l'Amérique est une mission presque impossible». Le quotidien argovien voit tout de même une bonne nouvelle: l'élection de Kamala Harris, la première femme vice-présidente. «La puissante sénatrice et fille d'immigrés montre ce qui a presque été oublié dans cette lutte sans fin entre les deux vieillards: que l'Amérique est diverse et a un avenir prometteur».

Tages-Anzeiger: «La victoire de Joe Biden sur Donald Trump est un signe nécessaire à la survie de la démocratie américaine, qui a subi d'énormes pressions ces dernières années», écrit le Tages-Anzeiger. «Mais il n'y a pas eu de glissement vers la gauche, au contraire», ajoute le journal zurichois. «La majorité des Américains a pu constater ces dernières années, qu'aucune autorité de contrôle n'a réussi à fixer les limites à M. Trump. La justice et l'administration ont été politisées par M. Trump. Et les médias n'ont pas réussi à faire face à l'ampleur des scandales. Il ne restait plus que le dernier échelon: les électeurs».

SonntagsBlick: Donald Trump vocifère encore et se défend. Mais les signes sont au changement: le coq doit quitter la Maison-Blanche. Une bonne raison de se sentir soulagé. Mais l'heure n'est pas non plus à l'euphorie, même après l'assermentation de Joe Biden. Cela tient à la personnalité du nouveau président et aussi aux circonstances qui ont permis à Trump d'être élu en 2016 et qui, quatre ans plus tard, lui valent plus de 70 millions de voix, qui ne vont pas disparaître d'un jour à l'autre. Dans un livre publié en 2013, le journaliste George Packer présente Biden comme peu inspiré, froid, voire hypocrite, qui n'a eu toute sa vie qu'une ambition: devenir président des Etats-Unis. Son rêve s'est réalisé. Mais les idées et l'énergie manquent au septuagénaire pour faire avancer son pays», estime le journal.

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