L'UE en quête d'influence face à Washington et Pékin

ATS

5.10.2021 - 22:30

Après l'Afghanistan et la crise des sous-marins, les dirigeants de l'UE se sont réunis mardi en Slovénie pour tenter de renforcer leur influence. Emmanuel Macron a plaidé pour davantage de «lucidité» et de «clarté» face aux alliés de l'UE, notamment les Etats-Unis.

epa09508060 Informal working dinner of the members of the European Council ahead of an informal meeting and the Western Balkans summit in Brdo Pri Kranju, Slovenia, 05 October 2021. EPA/IGOR KUPLJENIK
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ATS

5.10.2021 - 22:30

Les 27 chefs d'Etat et de gouvernement sont arrivés en début de soirée au château de Brdo, non loin de la capitale Ljubljana, afin d'échanger autour d'un dîner, à la veille d'un sommet informel consacré à l'élargissement aux pays des Balkans occidentaux.

Si aucune décision concrète n'est attendue, «c'est la première fois qu'ils se retrouvent depuis juin, autant dire une éternité» au vu des remous de ces derniers mois, commente un haut diplomate.

Lucidité

«On doit regarder les décisions qui sont prises par nos alliés avec lucidité», a déclaré Emmanuel Macron en arrivant. Le chef de l'Etat français a appelé les Européens à être clairs avec eux-mêmes.

«Il y a des choix qui ont été faits dont je ne peux pas dire qu'ils ont été des signaux de considération» envers «la France et l'Europe», a-t-il ajouté, citant les conditions de départ des troupes américaines d'Afghanistan et l'accord stratégique AUKUS conclu entre les Etats-Unis, l'Australie et le Royaume-Uni dans la région indo-pacifique.

Dans ce contexte, «nous avons des besoins de clarification et de réengagement» de la part des Etats-Unis, a précisé M. Macron, qui s'est entretenu mardi matin à Paris avec le secrétaire d'Etat Antony Blinken. «Mais nous avons besoin d'être clairs avec nous-mêmes sur ce que nous voulons pour nous, pour nos frontières, pour notre sécurité, pour notre indépendance énergétique, industrielle, technologique et militaire», a-t-il ajouté.

Critiques de l'OTAN

Au même moment, comme un message à l'UE, le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, a critiqué depuis Washington les pays désireux de renforcer la défense européenne, soulignant que créer des structures «concurrentes» de l'Otan risquait d'affaiblir et de diviser l'Alliance atlantique.

M. Stoltenberg, qui est norvégien, a souligné que 80% des dépenses de défense de l'Otan étaient assurées par des pays non membres de l'UE. «C'est bien sûr les Etats-Unis mais c'est aussi d'autres alliés», a-t-il noté.

Au sein de l'Union européenne elle-même, les pays nordiques et baltes exhortent aussi à la prudence, insistant sur la préservation de la relation transatlantique. «L'UE ne peut pas se refermer sur elle-même», a commenté le Premier ministre suédois Stefan Löfven, cité par l'agence de presse nationale, souhaitant «développer la coopération à la fois avec la Chine et les Etats-Unis».

Le président américain Joe Biden, soucieux de donner des gages, a de son côté qualifié l'UE de «partenaire fondamental» dans une conversation téléphonique lundi avec la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, selon la Maison-Blanche.

Vers plus d'autonomie

L'affaire des sous-marins est intervenue quelques semaines après le retrait chaotique de l'armée américaine d'Afghanistan en août, qui a relancé la réflexion sur l'autonomie des Européens.

La création d'une force européenne de réaction rapide de 5000 militaires est en discussion depuis plusieurs mois et le récent fiasco afghan a relancé le débat en soulignant les carences militaires du Vieux-Continent, la France menant la charge.

Ce sera l'un des derniers rendez-vous au sommet pour la chancelière allemande Angela Merkel, figure centrale de l'UE depuis 15 ans, à un moment où de difficiles tractations ont commencé en Allemagne pour tenter de former un nouveau gouvernement.

Son départ laissera le champ libre à d'autres dirigeants, comme M. Macron, l'Italien Mario Draghi et le Néerlandais Mark Rutte, désireux d'imprimer leur marque.

L'énergie aussi au menu

A l'égard de la Chine, un marché convoité par les puissantes industries allemandes, Mme Merkel a oeuvré à un rapprochement, mais l'accord sur les investissements conclu fin 2020 entre Bruxelles et Pékin a été suspendu sine die sur fond de tensions autour des droits humains.

Autre thème du dîner, selon la présidence française, «la hausse des prix de l'énergie», un sujet de préoccupation de plusieurs pays européens comme l'Espagne, la Grèce et la Pologne.

Face à cette flambée redoutée pour ses conséquences sociales, la Commission européenne devrait proposer la semaine prochaine des solutions de court terme, avec une discussion plus approfondie au sommet de l'UE des 21 et 22 octobre.

En marge de la réunion, les opposants à la vaccination contre le Covid-19 ont fait entendre leur voix : plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées dans le centre de Ljubljana, la police usant de canons à eau et de gaz lacrymogène pour les disperser.

ATS