Élus en danger?

La France redoute un passage à l'acte de l'ultradroite

ATS

27.1.2022 - 08:51

Anti-vaccins, complotistes ou ennemis de la République, la pandémie due au coronavirus a donné un coup de fouet aux idées de l'ultradroite en France. Policiers, magistrats et services de renseignements redoutent désormais le passage à l'acte d'un de leurs partisans.

epa09026514 Protesters attend a demonstration by French far-right group Generation Identitaire to protest against a government initiative to dissolve the group, in Paris, France, 20 February 2021. The government has launched an initiative led by French interior minister Gerald Darmanin to dissolve the far-right movement after it conducted series of anti-migrant actions in France. EPA/IAN LANGSDON
En moins d'un an, le gouvernement a dissous deux groupuscules, les Zouaves Paris et Alvarium, ainsi qu'une une association, Génération identitaire, qui se réclament tous de l'ultradroite. (archives)
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ATS

27.1.2022 - 08:51

Dans un climat de contestations et de colères disparates à moins de trois mois du premier tour de l'élection présidentielle dans ce pays, leur activisme est surveillé comme le lait sur le feu par les autorités.

En moins d'un an, le gouvernement a dissous deux groupuscules, les Zouaves Paris (ZVP) et Alvarium, ainsi qu'une une association, Génération identitaire, qui se réclament tous de l'ultradroite. Ce terme de la police désigne une mouvance protéiforme.

Ces mesures n'ont pas empêché certains de s'inviter ostensiblement à un cortège contre le pass vaccinal le 15 janvier à Paris, en dépit d'un contrôle judiciaire le leur interdisant.

Parlementaires visés

«La dissolution, ce n'est pas la panacée, mais cela les insécurise, les empêche de monter en gamme», fait valoir un haut responsable policier. Plus dubitatif, Jean-Yves Camus, chercheur spécialiste de l'extrême droite, observe que des «petites structures plus locales» se recréent sitôt prononcée la dissolution du groupe.

Ce foisonnement fait craindre aux autorités françaises un acte individuel et ciblé, particulièrement contre les élus, dont les parlementaires ayant approuvé le pass sanitaire puis le pass vaccinal, entré en vigueur lundi.

Le ministre français de l'intérieur Gérald Darmanin ne cache plus sa préoccupation. «J'ai demandé aux préfets que l'on protège les élus comme on protège les lieux de culte... Le climat de cette campagne n'est pas serein», a-t-il dit au Journal du Dimanche (JDD) le week-end dernier.

«Les menaces contre les élus sont une très grande préoccupation», abonde un policier haut gradé. Depuis juillet, le ministère de l'intérieur a recensé plus de 500 «faits de menaces graves» (menaces de mort) contre eux et plus de 400 plaintes. Jusqu'à présent, aucune ne s'est concrétisée par une atteinte à leur vie ou à leur intégrité physique.

Cellules structurées

Mais les policiers s'inquiètent de la formation de cellules structurées et clandestines, qui visent à «renverser» les institutions par la violence.

Actuellement, le parquet national antiterroriste gère «9 dossiers judiciaires» liés à l'ultradroite. «Six concernent ces cellules clandestines [...] et trois des projets individuels», précise une source sécuritaire. «C'est un nombre assez conséquent», insiste Laurent Nunez, le coordinateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme.

«Nous ne sommes plus en présence d'un phénomène marginal, mais d'un phénomène qui est en train de monter en puissance», confirme le patron du parquet antiterroriste, Jean-François Ricard.

Théorie du «grand remplacement»

L'ultradroite «est une catégorie fourre-tout où l'on met l'extrême droite extraparlementaire, activiste, ce qui ne signifie pas nécessairement terroriste, tout ce qui est à droite du RN», le parti d'extrême droite Rassemblement national, résume Jean-Yves Camus.

Ses tenants partagent la même haine des étrangers, des musulmans, des juifs ou des francs-maçons. A partir des attentats djihadistes de 2015 et de la crise migratoire, se sont installées dans la mouvance française, forte d'environ 3000 personnes, les idées du «grand remplacement», d'un «péril imminent» et d'un Etat «incapable», explique une source sécuritaire.

Des courants venus des Etats-Unis, comme les «suprémacistes», «accélérationnistes» ou «survivalistes», y ont ensuite germé, rejoints par certains membres du mouvement de révolte populaire des «gilets jaunes», qui ont basculé dans la «radicalité, se sont retrouvés et structurés», poursuit la même source.

La crise sanitaire a servi de catalyseur à ce magma et «l'on a vu les théories anti-système comme celles des QAnon se développer en France», ajoute-t-elle.

«Plus de professionnalisme»

Jean-Yves Camus évalue à «un petit millier le nombre» de ces militants «très orientés vers la violence». Une source sécuritaire fait état de «10 à 100 profils susceptibles de passer à l'acte».

Des groupes «cherchent à mener des actions démonstratives», par exemple «en participant à des manifestations pour les faire dégénérer», explique Laurent Nunez.

A l'inverse, poursuit M. Nunez, les cellules clandestines «sont engagées dans un processus terroriste, de contestation des institutions représentatives» ou de «lutte contre l'islam et les 'gauchistes'». Depuis 2017, «six projets de passage à l'acte à l'extrême droite» ont été déjoués, selon M. Darmanin.

A l'instar des djihadistes, ils affichent «de plus en plus de professionnalisme», «des projets qui se précisent» dans «le choix des cibles, le mode opératoire, la structuration», note une source judiciaire spécialisée dans la lutte antiterroriste.

ATS