La France fustige Washington et Canberra

ATS

16.9.2021 - 11:54

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16.9.2021 - 11:54

La France a fustigé Canberra et Washington jeudi, dénonçant un «coup dans le dos» australien et une décision «brutale» de Joe Biden après l'annonce d'un partenariat stratégique entre l'Australie, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Cette décision qui vise la Chine a conduit à la rupture d'un gigantesque contrat de fourniture de sous-marins français à l'Australie.

epa09460211 French Minister of Europe and Foreign Affairs Jean-Yves Le Drian holds a joint press conference with Hungarian Minister of Foreign Affairs and Trade Peter Szijjarto (not seen) in the Ministry of Foreign Affairs and Trade in Budapest, Hungary, 10 September 2021. EPA/Lajos Soos HUNGARY OUT
Jean-Yves Le Drian.
KEYSTONE

«C'est vraiment, en bon français, un coup dans le dos», s'est indigné le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian sur la radio France Info. Il s'est dit «en colère, avec beaucoup d'amertume».



«Nous avions établi avec l'Australie une relations de confiance. Cette confiance est trahie», a lancé Jean-Yves Le Drian, qui avait conclu le «contrat du siècle» sur les sous-marins lorsqu'il était ministre de la Défense.

Au même moment, la ministre des Armées Florence Parly déplorait sur RFI «une très mauvaise nouvelle pour le respect de la parole donnée» et une décision «grave» en matière de politique internationale.

Le Premier ministre australien Scott Morrison a annoncé jeudi la rupture de ce gigantesque contrat de 90 milliards de dollars australiens (56 milliards d'euros, sur toute la longueur) conclu en 2016 avec la France pour la fourniture de sous-marins conventionnels.

Canberra a préféré conclure un partenariat stratégique avec les Etas-Unis et la Grande-Bretagne comprenant notamment la livraison de sous-marins à propulsion nucléaire par Washington.

Les deux ministres français n'ont pas non plus mâché leurs mots vis-à-vis du président américain Joe Biden, accusé de piétiner ses alliés. «Cette décision unilatérale, brutale, imprévisible ressemble beaucoup à ce que faisait Monsieur Trump», l'ancien président américain, a déclaré M. Le Drian.

«Nouvelles règles du jeu»

Le Sénat français s'est pour sa part interrogé sur «la nature exacte» de la relation entre Paris et Washington. «Nous allons devoir nous interroger sur l'attitude récurrente de certains de nos alliés, qui se comportent plus comme des adversaires que comme des concurrents loyaux», a déclaré Christian Cambon, le président de la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées du Sénat.

Les sénateurs s'inquiètent également de la vente à un pays non doté de l'arme nucléaire de sous-marins à propulsion nucléaire. Cela «n'a pas de précédent», «les Etats-Unis et le Royaume-Uni changent les règles du jeu», selon le communiqué du Sénat.

Le français Naval Group avait été sélectionné par Canberra pour fournir 12 sous-marins à propulsion conventionnelle (non nucléaire) dérivés des futurs sous-marins nucléaires français Barracuda.

Visée, la Chine aussi furieuse

La Chine a aussi réagi jeudi, parlant d'une vente «extrêmement irresponsable». «La coopération entre les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l'Australie en matière de sous-marins nucléaires sape gravement la paix et la stabilité régionales, intensifie la course aux armements et compromet les efforts internationaux de non-prolifération nucléaire», a déclaré devant la presse le porte-parole de la diplomatie chinoise, Zhao Lijian.

Alors que Pékin est depuis un an et demi engagé dans une vive tension avec Canberra, M. Zhao a considéré que l'acquisition des sous-marins américains contredisait les engagements de l'Australie en matière de non-prolifération nucléaire.

La Chine n'a pas été mentionnée dans le communiqué conjoint des dirigeants australien, américain et britannique, qui évoque la «paix et la stabilité dans la région indo-pacifique». Mais il ne fait aucun doute que la nouvelle alliance vise d'abord à faire face aux ambitions régionales de Pékin.

Le chef de la Maison blanche répète depuis son élection qu'il entend se confronter à la Chine, comme son prédécesseur Donald Trump, mais de manière très différente, sans s'enfermer dans un face-à-face.

ATS