HongrieL'antifasciste Maja T. écope de huit ans de prison
ATS
4.2.2026 - 17:30
La justice hongroise a condamné mercredi l'antifasciste non-binaire de nationalité allemande Maja T. à huit ans de réclusion pour des violences commises sur des participants néonazis à une manifestation en Hongrie en 2023.
Maja T., 25 ans, qui se définit comme non binaire – un terme qui se rapporte aux personnes qui ne s'identifient ni comme homme ni comme femme – fait partie d'un groupe de 19 antifas européens accusés par la Hongrie de violences commises à l'aide de matraques sur neufs militants d'extrême droite en marge d'un rassemblement néonazi à Budapest.
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Keystone-SDA
04.02.2026, 17:30
ATS
Cette peine inclut le temps déjà passé en prison par Maja T., après son arrestation à Berlin en décembre 2023 et son extradition dans des conditions critiquées vers la Hongrie en juin 2024, a précisé le tribunal.
Maja T., 25 ans, qui se définit comme non binaire – un terme qui se rapporte aux personnes qui ne s'identifient ni comme homme ni comme femme – fait partie d'un groupe de 19 antifas européens accusés par la Hongrie de violences commises à l'aide de matraques sur neufs militants d'extrême droite en marge d'un rassemblement néonazi à Budapest. Les victimes avaient souffert de multiples contusions, selon l'accusation.
«Nous savons tous quel verdict le Premier ministre de ce pays veut», a déclaré avant le verdict Maja T., estimant que sa condamnation était destinée «à renforcer leur récit d'un mouvement Antifa meurtrier traquant des gens». Maja T. a ajouté que le procureur lui avait proposé «14 ans de prison en échange d'aveux».
Il n'était pas clair pour l'heure si Maja T. pourra effectuer sa peine dans son pays d'origine comme réclamé par sa famille et ses soutiens, qui ont dénoncé un procès politique au pays du Premier ministre nationaliste Viktor Orban, qui a désigné le mouvement Antifa comme organisation terroriste en 2025 et interdit les marches des Fiertés la même année.
Selon le député allemand Martin Schirdewan (Die Linke), le jugement «prévoit bien que la personne soit expulsée du territoire hongrois. Ce qui signifie qu'un renvoi en Allemagne se rapproche probablement (...)». Mais cela dépendra aussi si la condamnation fait l'objet d'un appel, a-t-il ajouté appelant le gouvernement allemand à «se mobiliser à présent par la voie diplomatique» pour permettre ce retour.
«Triste point culminant»
Contacté par l'AFP, le ministère allemand des Affaires étrangères n'avait pas réagi dans les premières heures suivant la condamnation. «C'est le triste point culminant de l'injustice faite à mon enfant», a réagi le père de Maja T. Wolfram Jarosch auprès de l'AFP appelant aussi le chef de la diplomatie allemande Johann Wadephul à agir.
Le porte-parole de Viktor Orban, Zolatan Kovacs, s'est lui réjouit de cette condamnation, qualifiant Maja T. de «terroriste antifa» dans un message sur X. Le parquet avait requis une peine bien plus lourde et Maja T. risquait jusqu'à 24 ans de prison.
Son sort attire d'autant plus l'attention que son extradition par l'Allemagne a suscité interrogations et critiques. Elle a été désavouée quelques mois plus tard par la Cour constitutionnelle allemande, pour qui les conditions de détention en Hongrie n'avaient pas été suffisamment examinées, relevant en outre que Maja T. risquait, en tant que personne non-binaire, une discrimination structurelle. La Hongrie ne reconnait que deux genres, le masculin et le féminin.
Antifa élue au Parlement européen
Pointé du doigt, le parquet général à Berlin avait mis en avant les «garanties» offertes par Budapest pour un retour vers l'Allemagne en cas de condamnation.
Sollicitée par l'AFP, la police criminelle de Saxe, où Maja T. était alors en détention, a justifié l'extradition éclair, effectuée par hélicoptère – dans la nuit suivant l'autorisation – par les «appels lancés sur Internet» par des militants d'extrême gauche pour «empêcher» l'opération.
L'année dernière, le Conseil de l'Europe avait exprimé des préoccupations concernant les violences carcérales en Hongrie. Ilaria Salis, une Italienne membre du même groupe antifa, avait été libérée par la Hongrie après son élection au Parlement européen en juin 2024.
Invoquant un risque de violation des droits fondamentaux, l'Italie et la France ont depuis refusé d'accéder aux demandes de coopération judiciaire concernant deux des accusés. Paris examine cependant la procédure d'un Syrien âgé de 22 ans, placé sous contrôle judiciaire. En Allemagne, d'autres antifa ont préféré se rendre d'eux-mêmes pour éviter une extradition. Hanna S. a ainsi été condamnée à cinq ans de prison.