Serbiel'Assemblée adopte une loi pour permettre au gendre de Trump de construire un hôtel de luxe
Alix Maillefer
7.11.2025
Le Parlement serbe a adopté mardi une loi spéciale permettant d'accélérer la destruction de l'ancien siège de l'état-major yougoslave, en plein cœur de Belgrade, un terrain sur lequel le gendre de Donald Trump, Jared Kushner, envisage de construire un hôtel de luxe.
Jared Kushner et Ivanka Trump écoutent le président Donald Trump s'exprimer lors du Liberty Ball, organisé dans le cadre de la 60e cérémonie d'investiture présidentielle, le lundi 20 janvier 2025, à Washington (archives).
KEYSTONE
Agence France-Presse
07.11.2025, 15:55
07.11.2025, 16:12
Alix Maillefer
Le sujet est sensible en Serbie, car il s'agit d'un immeuble bombardé plusieurs fois en 1999 lors de la campagne aérienne de l'Otan emmenée par les États-Unis pour mettre fin à la guerre au Kosovo.
Le siège de l'état-major, au cœur de la capitale, Belgrade, n'a jamais été reconstruit. Éventré par les bombardements, le bâtiment construit en 1965 a été déclaré en 2005 par le gouvernement serbe «bien culturel» protégé. Il jouxte notamment les bâtiments des ministères de la Défense et des Affaires étrangères.
Affinity Partners, l'entreprise de Jared Kushner - accueilli plusieurs fois en Serbie par le président Aleksandar Vucic - a signé l'année dernière un contrat de location d'une durée de 99 ans avec le gouvernement serbe pour réaménager le site, dont le statut de «bien culturel» venait tout juste d'être révoqué.
Mais le projet a été suspendu en mai en raison de soupçons selon lesquels des documents utilisés pour lever la protection du site auraient été falsifiés - une enquête est toujours en cours.
Cela n'a pas empêché les députés de la majorité d'adopter la loi spéciale qui qualifie le réaménagement d'urgent - ce qui oblige l'administration à délivrer des permis rapidement.
Les députés ont adopté la loi spéciale par 130 voix pour, 40 contre.
Le deuxième partenaire du projet est le promoteur immobilier Eagle Hills des Émirats arabes unis, qui a été impliqué dans un projet controversé de réaménagement d'une grande partie des rives de la Save, un affluent du Danube, qui a suscité l'opposition de l'opinion publique en 2016.
- «Bonnes relations avec les États-Unis» -
Avant l'adoption de la loi, les débats ont été houleux au Parlement, les députés de la majorité affirmant que l'opposition - vent debout contre le projet - tentait de nuire aux «bonnes relations avec les États-Unis».
«Le siège de l'état-major a été bombardé et laissé en ruines pendant 26 ans», a déclaré Miljenko Jovanov, député du Parti progressiste serbe (SNS) du président Vucic.
Le député a souligné qu'il soutenait «de bonnes relations avec les Etats-Unis que beaucoup cherchent à compromettre».
Le député du Front Vert-Gauche (opposition) Radomir Lazovic a accusé le gouvernement de tenter de «raser» le quartier général de l'armée et d'invoquer selon lui le faux prétexte selon lequel le projet hôtelier était «d'intérêt national».
Lors d'une conférence de presse devant le bâtiment, plusieurs experts et architectes ont appelé à la préservation de l'ancien QG de l'état-major, «un chef-d'œuvre architectural unique», selon Miljan Salata, architecte et membre de l'Association des architectes de Serbie.
«Ce bâtiment est sûr, peut être reconstruit et devrait rester accessible au public en tant que mémorial aux victimes des bombardements de l'Otan», a-t-il ajouté.
La loi «établit un précédent dangereux», permettant à tout monument culturel d'être vendu et démoli, a mis en garde Estela Radonjic Zivkov, conservatrice de l'Institut pour la protection des monuments culturels.
L'adoption de la loi pourrait alimenter la colère d'une partie des Serbes, qui manifestent depuis un an contre la corruption, notamment dans l'attribution et la réalisation des grands chantiers de travaux publics lancés par le président.
Plus de 100.000 personnes ont manifesté samedi pour demander des élections, et la mère de l'une des victimes de l'accident de la gare de Novi Sad, dont l'auvent s'est effondré quelques semaines après la rénovation du bâtiment, est depuis en grève de la faim.