Après le séisme Trump Le monde se retrouve à Séville pour relancer l'aide au développement

ATS

27.6.2025 - 08:45

Sous l'égide de l'ONU, dirigeants et experts du monde entier se retrouvent lundi à Séville, en Espagne, pour une conférence sur le financement du développement. Le secteur est ébranlé par les vastes coupes budgétaires du président américain Donald Trump et par les crises internationales.

Image commerciale publiée par Caritas Internationalis et l'équipe Glasgow Actions le 26 juin 2025. Des militants de Caritas Internationalis dévoilent une immense fresque murale dénonçant les conséquences de la crise de la dette, alors que les dirigeants des Nations unies se réunissent à Séville pour la 4e Conférence internationale sur le financement du développement (FFD4), le 26 juin 2025.
Image commerciale publiée par Caritas Internationalis et l'équipe Glasgow Actions le 26 juin 2025. Des militants de Caritas Internationalis dévoilent une immense fresque murale dénonçant les conséquences de la crise de la dette, alors que les dirigeants des Nations unies se réunissent à Séville pour la 4e Conférence internationale sur le financement du développement (FFD4), le 26 juin 2025.
KEYSTONE

Keystone-SDA

Au total, près de 70 chefs d'État et de gouvernement, mais aucun représentant des Etats-Unis, sont attendus de lundi à jeudi dans la capitale andalouse pour cette conférence dite «FfD4», aux côtés de 4000 représentants de la société civile et des principales institutions financières internationales.

L'objectif, selon le secrétaire général de l'ONU António Guterres est de trouver des «solutions» face aux énormes besoins des pays en voie de développement, qui «pâtissent d'un déficit de financement annuel estimé à 4000 milliards de dollars», soit 1500 milliards de plus qu'il y a dix ans.

Parmi les personnalités attendues aux côtés de M. Guterres et du chef du gouvernement espagnol Pedro Sánchez figurent le président français Emmanuel Macron, le président sud-africain Cyril Ramaphosa, le président équatorien Daniel Noboa et le président de la Banque mondiale, Ajay Banga.

Déjà des conséquences

Les Etats-Unis, eux, n'enverront personne: l'administration américaine a en effet claqué la porte des discussions à la mi-juin en raison d'un désaccord sur le texte soumis aux Etats membres, accusé de créer «de nouvelles structures faisant doublon» et d'empiéter «sur la souveraineté» des pays.

Cette conférence sur le développement, la première depuis celle d'Adis Abeba en 2015, survient alors que Donald Trump a engagé en janvier une réduction drastique de l'aide humanitaire, supprimant 83% des financements de programmes à l'étranger de l'agence de développement USAID.

Les Etats-Unis étaient jusque-là de très loin le principal pays donateur pour de nombreuses agences et organisations humanitaires, qui se sont retrouvées avec un gros trou dans leur budget, d'autant plus que d'autres capitales, comme Paris, Berlin et Londres, ont également revu leurs aides à la baisse.

Cette situation a déjà contraint l'UNICEF à licencier un millier d'enseignants dans des camps de réfugiés Rohingyas au Bangladesh. En République démocratique du Congo, l'ONU a réduit de moitié ses ambitions humanitaires. Et en Afrique australe, les progrès de la lutte contre le sida sont menacés.

«Immenses défis»

«Nous sommes aujourd'hui confrontés à d'immenses défis», a insisté dans un message vidéo Pedro Sánchez, en rappelant que ces problèmes de financement fragilisaient le multilatéralisme, mais aussi les «objectifs de développement durable» et la lutte contre «la crise climatique».

La situation des pays en voie de développement est d'autant plus délicate que le niveau de dette publique s'est envolé depuis la crise du Covid-19, obligeant ces Etats à consacrer davantage de ressources au remboursement de leurs emprunts qu'à la santé ou à l'éducation.

Ce sommet est organisé par ailleurs à un moment complexe pour l'économie mondiale, fragilisée par la hausse des droits de douane américains et les nombreux conflits en cours, notamment en Ukraine et au Moyen-Orient, qui ont entraîné une hausse des budgets militaires au détriment parfois des autres dépenses.

«Dans ce contexte mouvementé, nous ne pouvons laisser s'envoler nos ambitions», a mis en garde António Guterres, qui voit dans cette conférence «une opportunité unique pour réformer le système financier international», jugé «obsolète» et «dysfonctionnel».

«Un monde qui change»

Le projet de déclaration adopté en amont de la rencontre va dans ce sens, en soulignant que le système financier doit s'adapter «aux réalités d'un monde qui change», en accordant notamment plus de place aux pays du Sud au sein des institutions financières internationales.

Ce texte appelle aussi les banques de développement à «tripler» leur capacité de prêts, les bailleurs à «assurer un financement prévisible» pour les dépenses sociales essentielles et la communauté internationale à une meilleure «coopération» face à l'évasion fiscale.

Ce «compromis de Séville», qui sera complété durant la conférence par des annonces unilatérales, notamment dans le cadre d'une «plateforme d'action», a été salué par l'Union européenne, mais critiqué par les ONG, qui ont accusé les pays riches d'avoir affaibli le document final.

«Malgré des débuts de négociations prometteurs, le texte a été vidé de sa substance sous la pression des pays du Nord, qui ont privilégié leurs priorités politiques au détriment d'une véritable justice financière», a ainsi dénoncé le groupement d'ONG Coordination SUD.