Le Premier ministre renversé a été ramené chez lui

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27.10.2021 - 08:41

Le Premier ministre soudanais Abdallah Hamdok a été ramené chez lui mardi soir et reste «sous surveillance renforcée» au lendemain d'un coup d'Etat mené par le chef de l'armée, le général Abdel Fattah al-Burhane, et contesté par des manifestants. Ils ont de nouveau essuyé des tirs de grenades lacrymogènes.

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27.10.2021 - 08:41

epa09537108 People chant during demonstrations in support of the civilian government, in Khartoum, Sudan, 21 October 2021. Thousands of people marched during a demonstration called by the Alliance of Forces for Freedom and Change, the Central Council Group to support the government of Abdullah Hamdok, while the army and police forces closed the roads leading to government headquarters and main markets. EPA/MOHAMMED ABU OBAID
Les manifestants n'en démordent pas, ils veulent que l'ensemble des autorités civiles de transition soient réinstituées.
KEYSTONE

Alors que les Soudanais, sortis en masse pour tenter de relancer une transition post-dictature brutalement interrompue lundi matin, ne cessent de réclamer l'aide de la communauté internationale, le Conseil de sécurité de l'ONU a renoncé à dénoncer le putsch «dans les termes les plus forts», assure un diplomate à l'AFP.

Au même moment, rappelle le bureau du Premier ministre Abdallah Hamdok, tout juste revenu avec son épouse à son domicile, «plusieurs ministres et dirigeants politiques sont toujours en état d'arrestation dans des endroits inconnus», alors que des témoins ont rapporté à l'AFP que les forces de sécurité tiraient des grenades lacrymogènes sur des manifestants.

Le général Burhane avait bien tenté de rassurer mardi en assurant que le chef du gouvernement – qu'il a dissout lundi – était à son propre domicile, mais face aux appels incessants venus de nombreuses capitales, il a semblé céder en soirée.

«Non au pouvoir militaire!»

Les manifestants n'en démordent pas, ils veulent que l'ensemble des autorités civiles de transition soient réinstituées. Ils continuent donc de bloquer par milliers les principaux axes de Khartoum sous une nuée de drapeaux soudanais et aux cris de «Non au pouvoir militaire!».

En face, les forces de l'ordre, selon des militants, ont arrêté plusieurs dirigeants de partis politiques, attaqué des étudiants sur le campus de l'Université de Khartoum et tiré des grenades lacrymogènes pour disperser des manifestants dans le remuant quartier de Bourri, dans l'est de la capitale.

Alors que le scénario du pire est dans tous les esprits, deux ans après la révolte contre l'autocrate Omar el-Béchir qui s'est soldée par plus de 250 morts, «un usage de la force n'entraînerait pas seulement un bain de sang», prévient International Crisis group, «il pourrait aussi mener à un face-à-face prolongé qui fermerait la porte à la résolution de la crise».

Lundi déjà, quatre manifestants avaient été tués par des tirs de l'armée, selon un syndicat de médecins pro-démocratie, et plus de 80 blessés, au premier jour d'un putsch condamné en Occident, qui a coûté à ce pays pauvre d'Afrique de l'Est une aide américaine cruciale et pourrait lui causer la perte du soutien financier européen.

Après la proclamation de la «désobéissance civile», les manifestants veulent, disent-ils, «sauver» la révolution qui a renversé en 2019 le régime Béchir, tombé sous la pression de la rue et de l'armée. «On ne quittera la rue qu'une fois le gouvernement civil réinstallé», a affirmé à l'AFP Hocham al-Amine, ingénieur de 32 ans.

Aides en péril

Lors d'une conférence de presse à Khartoum mardi, le général Burhane, nouvel homme fort du Soudan, a défendu son coup de force et l'armée. Il a affirmé avoir dissous les autorités chargées de mener la transition vers un pouvoir civil et des élections car «certains attaquaient l'armée», «composante essentielle de la transition». Et le général Burhane a indiqué que M. Hamdok était «chez lui» avant l'annonce du retour de ce dernier à son domicile.

Dans ce contexte explosif, les vols vers et depuis l'aéroport de Khartoum ont été suspendus jusqu'à samedi.

Englué depuis deux ans dans une transition tuée dans l'oeuf, le Soudan est désormais plongé dans l'inconnu, alors que la chute du régime Béchir et la signature d'accords avec les rebelles avaient fait croire à une issue après des décennies de crises.

Après le coup d'Etat, les Etats-Unis ont annoncé lundi la suspension de 700 millions de dollars d'aide à Khartoum. Et mardi, l'Union européenne a menacé de suspendre son soutien financier si les militaires ne rendent pas le pouvoir immédiatement.

Avant le retour «chez lui» de M. Hamdok, le chef de l'ONU Antonio Guterres avait appelé à le libérer «immédiatement» de même que les autres responsables «détenus illégalement».

«Ambassades du peuple»

Mardi, des ambassadeurs soudanais auprès de la France, de la Belgique et de l'Union européenne ainsi que de la Suisse ont dénoncé le coup d'Etat et proclamé leurs ambassades comme celles du «peuple et de sa révolution».

Pour manifestants et experts, la possibilité d'un retour au règne sans partage des militaires est plus réaliste que jamais.

Seul Moscou a vu dans le coup de force «le résultat logique d'une politique ratée» accompagnée d'"une ingérence étrangère d'ampleur», dans un pays où Russes, Turcs, Américains ou encore Saoudiens se disputent l'influence surtout sur les ports de la mer Rouge, stratégiques pour leurs flottes.

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