Cause palestinienneLe reste de la gauche contre l’hégémonie idéologique de LFI
Basile Mermoud
17.6.2025
Avec l'intensification des opérations militaires israéliennes à Gaza, la gauche hors-LFI hausse le ton sur la question palestinienne, sujet que s'est vite accaparée La France insoumise après les attaques du Hamas le 7 octobre 2023 - et la réplique du gouvernement de Benjamin Netanyahu.
Pendant longtemps, le PCF a bien été le fer de lance de la défense de la cause palestinienne au sein de la gauche française. Mais, avec son déclin électoral, il se retrouve moins audible sur ce sujet.
AFP
Agence France-Presse
17.06.2025, 17:56
Basile Mermoud
Mardi matin, Olivier Faure, Marine Tondelier et Fabien Roussel - les dirigeants du PS, des Ecologistes du PCF - étaient réunis pour une conférence de presse où ils ont appelé à la reconnaissance d'un Etat palestinien.
Pour les Insoumis, le député Eric Coquerel était bien convié mais n'a pas honoré l'invitation, ne souhaitant pas s'afficher avec Olivier Faure - en raison des propos du député socialiste Jérôme Guedj à propos de Jean-Luc Mélenchon, qualifié de «salopard antisémite». Il n'empêche que la photo des trois principaux chefs de parti de gauche - hors Manuel Bompard pour LFI - reste significative.
Et rappelle une autre initiative récente fin mai, quand les trois mêmes dirigeants s'étaient réunis lors d'un rassemblement pour dénoncer le «génocide» en cours à Gaza, alors que la pression internationale se renforce sur Israël pour qu'il cesse son offensive et rouvre les accès à l'aide humanitaire.
C'était la première fois qu'Olivier Faure utilisait ce terme publiquement. Pas suffisant pour totalement convaincre les Insoumis. «Même les soutiens les plus tardifs sont les bienvenus dans la lutte pour la fin du génocide à Gaza», note Manuel Bompard.
«Il n'y pas de course à l'échalote avec LFI sur ce sujet», tempère un proche de Marine Tondelier, qui a été très impliquée sur Gaza depuis un an et demi.
«On s'est souvent retrouvé en manifestation pour la Palestine avec les Ecolos, contrairement au PC et aux socialistes», abonde le député insoumis Eric Coquerel.
Le week-end dernier, lors du congrès du PS à Nancy, Olivier Faure est revenu sur son évolution sémantique: «J'ai, après et sans doute avant beaucoup d'autres, choisi de parler de +génocide+. Je connais le sens et le poids des mots. C'est pourquoi j'ai longuement hésité à employer celui-ci».
Mais «nous n'avons pas bégayé le 7-Octobre, en hésitant sur la nature terroriste de ses actes. Et c'est ce qui nous distingue de la gauche radicale», a-t-il ajouté.
Un tacle à LFI qui avait mis du temps après le 7-Octobre - quand 1.219 Israéliens, surtout des civils avaient été tués - à qualifier l'attaque du Hamas de «terroriste», et s'était ainsi vu reprocher une ambiguïté vis-à-vis du mouvement islamiste.
Le PCF s'affiche avec l'OLP
A l'inverse, alors que depuis le début de la guerre environ 55.000 Palestiniens, en majorité des civils, ont été tués par l'armée israélienne (selon les chiffres du ministère de la Santé du Hamas jugés fiables par l'ONU), les Insoumis s'enorgueillissent d'avoir utilisé le terme «génocide» très tôt dans le conflit - dès le début de l'année 2024 - et revendiquent une forme de magistère moral sur cette question.
«Maintenant, on ne peut plus parler de la question palestinienne sans passer pour un LFI», reconnaît ainsi un député de droite.
«C'est de notre faute, il faut arrêter de se laisser donner des bons et mauvais points», répond pour sa part un cadre socialiste.
Dernièrement, les quatre partis de gauche ont été unanimes pour condamner l'attaque de l'Iran par Israël.
Les communistes ont de leur côté organisé au début du mois une conférence avec l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), qui rassemble la majorité des mouvements politiques palestiniens - hors Hamas et Jihad islamique.
Pendant longtemps, le PCF a bien été le fer de lance de la défense de la cause palestinienne au sein de la gauche française. Mais, avec son déclin électoral, il se retrouve moins audible sur ce sujet.
«Avant le 7-Octobre, Mélenchon n'en avait rien à cirer de la Palestine. Les anciens du parti m'ont raconté qu'en 2012 (lorsque le PCF était allié avec Jean-Luc Mélenchon au sein du Front de gauche, ndlr), on lui avait demandé de parler de la reconnaissance de la Palestine pendant la campagne et que ça ne l'intéressait pas», assure un cadre communiste. Pas de quoi inquiéter les Insoumis cependant.
«Quand je vois qui mobilise dans la rue, entre le reste de la gauche et nous, malheureusement il y a encore un écart», note Eric Coquerel. «C'est ce qu'on appelle une victoire idéologique», ajoute un cadre du mouvement. «Mais c'est trop tard pour eux», assène-t-il.