Les chiites enterrent leurs morts après un vendredi sanglant

ATS

16.10.2021 - 15:37

La communauté chiite d'Afghanistan enterrait à nouveau ses morts samedi, au lendemain d'un attentat-suicide à Kandahar (sud) revendiqué par le groupe Etat islamique-Khorasan (EI-K), qui a fait 60 morts. Cette attaque a fragilisé la promesse des talibans d'assurer un retour à la sécurité dans le pays.

Les talibans bloquent la zone après des attentats-suicides lors des prières de l'assemblée du vendredi à la mosquée des musulmans chiites de Kandahar, en Afghanistan, le 15 octobre 2021.
Les talibans bloquent la zone après des attentats-suicides lors des prières de l'assemblée du vendredi à la mosquée des musulmans chiites de Kandahar, en Afghanistan, le 15 octobre 2021.
EPA

ATS

16.10.2021 - 15:37

Pour le deuxième vendredi consécutif, un attentat sanglant a visé une mosquée chiite du pays au moment de la prière hebdomadaire, cette fois-ci à Kandahar, la deuxième plus grande ville d'Afghanistan et le fief historique des talibans.

Comme souvent en Afghanistan, le bilan de telles attaques meurtrières reste imprécis. Des sources locales, notamment religieuses, évoquent, elles, 60 morts et 70 blessés.

Dans le cimetière chiite de la ville, des dizaines d'hommes sont venus samedi creuser à la hâte des rangées de fosses, où sont enterrées, les unes après les autres, les victimes recouvertes d'un linceul blanc.

Mahmmad Agha a perdu son frère, «père de deux enfants, qui avait tout ce que l'on peut souhaiter dans la vie», dit-il à l'AFP. «Je n'ai pas les mots pour décrire la peine que j'ai dans le coeur».

Vestes explosives

Le groupe djihadiste Etat islamique a revendiqué dans la nuit de vendredi à samedi l'attaque, la première qu'il mène dans le berceau des talibans.

Dans un communiqué diffusé sur ses chaînes de la messagerie Telegram, le groupe a indiqué qu'un «premier kamikaze a fait exploser sa veste explosive (...) dans un couloir de la mosquée, tandis que le second kamikaze a fait exploser sa veste explosive au centre de la mosquée».

Cette attaque survient exactement une semaine après un autre attentat-suicide meurtrier contre une mosquée chiite, cette fois-ci à Kunduz (nord-est), à la même heure et avec le même mode opératoire, également revendiqué par l'EI-K.

Depuis leur arrivée au pouvoir le 15 août, les talibans, qui font du retour de la sécurité dans le pays leur priorité après 20 ans de guerre, sont confrontés à une vague d'attentats sanglants menés par l'EI. Sa branche locale, l'EI-K, anciennement connue comme ISKP, a ciblé ces dernières semaines les talibans et la minorité chiite afghane.

Menace commune

Washington a condamné l'attaque, par la voix du porte-parole du département d'Etat américain, Ned Price, et réitéré son appel aux «talibans pour qu'ils respectent l'engagement qu'ils ont pris en matière de lutte contre le terrorisme, et en particulier pour qu'ils s'attaquent à la menace commune à laquelle nous sommes confrontés», celle de l'EI-K.

Les talibans ont mené ces dernières semaines plusieurs raids contre des cellules de l'EI-K, notamment à Kaboul après un attentat contre une mosquée de la capitale et annoncé la création d'unités spéciales.

Le chef de la police talibane à Kandahar, Maulvi Mehmood, a assuré lors d'une conférence de presse que «tous les services» de sécurité talibans «sont à l'oeuvre pour retrouver les personnes impliquées et les punir».

Selon lui, la sécurité de la communauté chiite avait été jusqu'à présent assurée, à sa demande, par la communauté elle-même. Mais «à l'avenir, nous comptons prendre la responsabilité de tous ces lieux de culte en leur assignant des gardes», a ajouté M. Mehmood.

«Hérétiques»

L'EI-K, groupe sunnite rival des talibans qui se présente comme le seul garant d'une vision rigoriste de l'islam, a ciblé à de nombreuses reprises ces dernières années la minorité chiite, considérée comme «hérétique» – et en particulier les Hazaras.

Les talibans eux-mêmes s'en sont souvent pris dans le passé aux chiites, qui représentent entre 10% et 20% de la population afghane (environ 40 millions d'habitants au total), avant d'affirmer vouloir désormais garantir leur sécurité.

Dans un communiqué, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres a condamné une «attaque odieuse (...) contre des civils en Afghanistan exerçant leur droit de pratiquer librement leur religion».

ATS