Annonce de BayrouLes Français appelés à travailler tous et «davantage», une solution ?
ATS
17.7.2025 - 19:38
Supprimer deux jours fériés, renoncer à une semaine de congés payés contre rémunération: le gouvernement a égrené plusieurs pistes pour augmenter le temps de travail des Français – soupçonnés d'en faire moins que leurs voisins -, et censées booster l'économie. La comparaison est-elle juste et les solutions pertinentes?
Une employée de l'entreprise d'armement Ruag au travail (photo d'archives)
sda
Keystone-SDA
17.07.2025, 19:38
ATS
«Il faut travailler plus. Il faut que toute la nation travaille plus pour produire et (...) pour que la situation de la France s'améliore»: dans cette optique, le Premier ministre a proposé mardi la suppression de deux jours fériés, citant «comme exemple» le «lundi de Pâques» et le «8-Mai».
Au-delà des deux jours fériés, qui seraient payés mais désormais travaillés, Astrid Panosyan-Bouvet (Travail) va proposer aux partenaires sociaux de discuter notamment de «la possibilité de monétiser la cinquième semaine de congés payés», «un droit nouveau» selon elle.
L'idée est «soumise aux partenaires sociaux» mais, «ce n'est (absolument) pas une décision unilatérale du gouvernement», a-t-elle assuré jeudi dans un message sur les réseaux sociaux.
«Nous travaillons en France 100 heures de moins par habitant qu'en Allemagne», a affirmé mercredi, à l'issue du conseil des ministres, Amélie de Montchalin (Comptes publics) estimant que «le temps de travail en France est de 1607 heures par an» et doit passer à 1621 heures par an, soit deux jours de travail supplémentaires.
- Les Français travaillent-ils réellement moins que leurs voisins? -
Pour Marylise Léon, leader de la CFDT, «le mode de calcul est erroné!». «Quand la ministre des comptes publics affirme qu'on travaille moins, c'est qu'elle prend l'ensemble de la population, y compris les enfants, les retraités», a-t-elle épinglé jeudi matin sur France Inter. «Globalement, en terme de population active, nous travaillons plus que les Allemands.»
Selon une étude récente de l'OCDE (2024), la Grèce est le premier pays de l'Union européenne en nombre d'heures travaillées par travailleur et par an (1893 heures). La France arrive elle 13e (1489 heures) devant l'Allemagne (1335), dernière au classement. Les résultats sont obtenus en divisant le «nombre total d'heures effectivement travaillées» par «le nombre moyen de personnes occupant un emploi» par année, indique l'organisme.
Mais dans une étude publiée en décembre, l'organisme Rexecode assurait lui qu'en 2023 «la durée effective de travail des salariés à temps complet en France reste l'une des plus faibles d'Europe» pointant un écart «d'environ trois semaines de travail avec l'Allemagne».
La réalité, c'est que «tous les pays européens, à peu de choses près, sont dans l'épaisseur du trait», nuance François-Xavier Devetter, professeur de sciences économiques à l'université de Lille et chercheur à l'Ires (Institut de recherches économiques et sociales).
Les écarts «proviennent des calculs», selon lui: «Qui on intègre? Les fonctionnaires ou seulement les salariés du privé? ceux à temps partiels ou à temps complets? quid des auto-entrepreneurs ou des étudiants?».
- Qui peut travailler plus? -
Au-delà de la quantité de travail, la question est aussi celle du nombre de travailleurs. Ainsi, la négociation à venir entre les partenaires sociaux s'intitulera «Travailler tous, travailler davantage et travailler mieux», insiste la ministre du Travail, qui souhaite depuis longtemps augmenter le taux d'emploi des seniors et des jeunes.
«Sur l'ensemble des personnes en emploi, la durée de travail est plus longue en France que chez ses voisins européens les plus riches (Allemagne, Suède ou Pays-Bas), mais le taux d'emploi de la population en âge de travailler est plus faible», note Rexecode.
Selon les dernières données publiques, la France pâtit d'un taux d'emploi des seniors moins élevé que certains voisins -il était en 2023 de 58,4% pour les 55-64 ans contre 78% en Suède ou encore 74% en Allemagne-.
- Quel gain envisagé? -
Selon Matignon, la suppression de deux jours fériés est censée dégager «4,2 milliards» d'euros.
«C'est générateur de croissance» et «deux jours sur 365, ça revient à peu près à 0,5% d'activité en plus», a estimé pour sa part Amélie de Montchalin.
Pas si simple, selon François-Xavier Devetter: «Je travaille une heure de plus ne veut pas dire qu'il y a une heure de production en plus».
«C'est comme pour le travail du dimanche: en travaillant le dimanche on n'a pas eu de la production ou du commerce en plus proportionnellement» aux heures travaillées et la consommation s'est finalement répartie entre la semaine et le week-end.