Pesticides

Les pesticides se dispersent sur des kilomètres, dénonce Greenpeace

ro, ats

11.11.2020 - 16:47

Greenpeace demande l'interdiction de l'application de pesticides par hélicoptère (image d'illustration).
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Les pesticides se dispersent fortement dans l'air et peuvent être transportés sur plusieurs kilomètres, selon une étude de Greenpeace publiée mercredi. L'organisation demande des mesures pour protéger l'agriculture biologique, l'environnement et la population.

L'étude a été menée de mai à novembre 2019 dans quatre fermes biologiques de Suisse. Des scientifiques de l'Umweltinstitut de Munich ont utilisé des collecteurs dits passifs. Ils ont constaté des contaminations multiples sur tous les sites, explique Greenpeace.

Au total, «25 pesticides différents ont été détectés, dont certains sont considérés comme très toxiques pour l'homme et très problématiques pour l'environnement».

Risque important

Même lorsqu'ils sont correctement appliqués, les pesticides ne restent pas sur le lieu où ils sont utilisés, mais sont parfois transportés sur plusieurs kilomètres, explique Alexandra Gavilano, de Greenpeace Suisse. Même les substances peu volatiles, comme le glyphosate, adhèrent aux particules de poussière et se répandent avec le vent.

Ces produits contaminent les écosystèmes et les autres cultures agricoles et constituent un risque sanitaire important pour les agriculteurs et les habitants, ajoute l'organisation de défense de l'environnement.

Controverse autour de l'hélicoptère

L'exposition la plus élevée a été mesurée dans les vignes biologiques du Valais. Les viticulteurs traditionnels de la région appliquent les pesticides en partie grâce à des hélicoptères et des drones.

Pour les agriculteurs biologiques, l'épandage aérien est un problème. «Dans le pire des cas, ils doivent déclassifier leurs produits, ce qui a des conséquences financières dramatiques. Pour nous, c'est inacceptable», explique David Herrmann, responsable média à Bio Suisse, cité dans le communiqué.

Dans ce contexte, Greenpeace exige l'interdiction de l'application de pesticides par hélicoptère et une réglementation plus stricte de l'utilisation de drones. Une conclusion critiquée par l’Association romande pour le traitement des terres agricoles par voie aérienne (ARTTAVA).

Parmi les quinze produits phytosanitaires retrouvés dans les vignes, douze ne sont jamais appliqués par voie aérienne. Les trois autres peuvent l'être ainsi, mais aussi depuis le sol. On ne peut donc pas tirer de conclusion quant à la source de la présence de ces matières actives dans l’air, écrit l'ARTTAVA dans un communiqué.

Selon l'association, 60% des surfaces protégées en Valais par hélicoptère n’utilisent aucun produit phytosanitaire de synthèse aujourd'hui, contre 50% l'an dernier. Les conclusions à l’emporte-pièce de Greenpeace «démontrent un parti pris dogmatique, totalement déconnecté de la réalité», ajoute-t-elle.

Mesures exigées

Greenpeace demande également aux autorités de veiller à ce que l'agriculture biologique soit protégée contre la dérive des pesticides et que les consommateurs de produits bio conservent leur liberté de choix.

Estimant que la situation est «tout simplement ignorée», elle réclame un paquet de mesures de la Confédération et du Parlement: «l'écologisation de l'agriculture», qui est discutée dans le cadre de la Politique agricole 22+, doit être abordée «le plus rapidement possible malgré la résistance du lobby agricole».

L'organisation juge également nécessaire de lancer des études indépendantes visant à déterminer si certaines maladies liées aux pesticides, telles que les maladies de Parkinson et de Charcot ainsi que les lymphomes non hodgkinien, se produisent plus fréquemment que la moyenne dans les régions où l'utilisation de pesticides est élevée.

Elle demande en outre une surveillance numérique constante du recours aux pesticides et de leur propagation par voie aérienne afin de «mieux protéger la population conformément au principe de précaution».

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