Russie

Les Russes se rendent aux urnes

ATS

13.9.2020 - 22:22

Le scrutin se déroule depuis vendredi, sur trois jours, avec aussi dans des bureaux de vote mobiles et en plein air (archives).
Source: KEYSTONE/AP/Dmitri Lovetsky

Les Russes se sont rendus aux urnes dimanche pour des élections régionales en pleine affaire Alexeï Navalny. Dans 41 des 85 régions, les électeurs étaient appelés à élire des gouverneurs, des assemblées régionales ou municipales et 4 députés du Parlement national.

Le scrutin se déroule depuis vendredi, sur trois jours, avec aussi dans des bureaux de vote mobiles et en plein air, officiellement pour limiter les risques liés au coronavirus comme lors du référendum constitutionnel de l'été ayant autorisé Vladimir Poutine à rester au pouvoir jusqu'en 2036.

Pour l'opposition, ces méthodes qui rendent très difficile le travail des observateurs des élections, favorisent les fraudes, voulant pour preuve des participations électorales suspectes. Dans certains scrutins, la participation dépassait les 50% après deux jours de vote, comme au Tatarstan ou dans la Région autonome juive, en Extrême-Orient.

Pour la présidente de la Commission électorale centrale, Ella Pamfilova, ces accusations «ne sont pas objectives et assez malveillantes». L'ONG d'observation électorale indépendante Golos a elle dénoncé «l'arbitraire» des responsables de nombreux bureaux de vote qui refusent notamment d'enregistrer les plaintes d'observateurs.

A Novossibirsk, troisième ville du pays, l'équipe de M. Navalny a revendiqué la victoire de Sergueï Boïko, à la tête d'une coalition en lice pour l'élection du conseil municipal, qui défiait le parti du Kremlin avec le soutien de l'organisation du principal opposant russe. «Sergueï Boïko à Novossibirsk l'a remporté!«, a indiqué sur Twitter la porte-parole de M. Navalny, Kira Iarmych.

A Tomsk, autre ville sibérienne, l'opposition a revendiqué l'obtention de deux sièges au conseil municipal, dont un pour Ksenia Fadeeva, candidate de 28 ans et directrice du bureau de campagne local de l'organisation d'Alexeï Navalny. Une victoire à Tomsk serait symbolique pour l'opposition car c'est dans cette ville que M. Navalny a été empoisonné, selon ses alliés.

Les résultats officiels ne sont pas encore connus dans ces deux villes comme dans le reste du pays et sont attendus lundi.

Poutine peu soutenu

Dans un contexte économico-social difficile, d'accusations de corruption et d'une impopulaire réforme des retraites, la popularité du parti de Vladimir Poutine s'est érodée avec seulement 30% d'opinions favorables, à un an des législatives. Russie unie devrait néanmoins remporter l'écrasante majorité des sièges en jeu dimanche.

Ces élections sont néanmoins l'occasion pour le Fonds de lutte contre la corruption d'Alexeï Navalny de tester l'efficacité de sa tactique du «vote intelligent», qui consiste à appeler à voter pour le candidat le mieux placé pour faire perdre celui du pouvoir. La méthode avait fait ses preuves l'été dernier à Moscou, lors d'élections municipales. Russie Unie avait alors perdu de nombreux sièges.

Empoisonnement en pleine campagne

Le spectre de l'affaire Navalny, plane aussi sur la campagne. Car selon ses partisans et ses médecins allemands, il a été empoisonné fin août à l'aide d'un agent neurotoxique militaire. Il était alors en Sibérie pour soutenir ses candidats et achever des enquêtes sur la corruption des élites locales. L'opposant de 44 ans, hospitalisé à Berlin, est sorti du coma lundi.

Les Occidentaux ont appelé les autorités russes à s'expliquer et à traduire les responsables en justice, sous peine de sanctions. Le Kremlin a rejeté la version de l'empoisonnement, dénonçant des accusations infondées.

S'ajoute à cela la voie tracée par la ville de Khabarovsk en Extrême-Orient. Des élections n'y sont pas prévues, mais depuis deux mois Moscou n'arrive pas à y juguler d'importantes manifestations dénonçant l'arrestation du gouverneur régional élu plus tôt contre un favori du Kremlin.

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ATS