Monténégro

L'intronisation du chef de l'Eglise orthodoxe serbe fait des vagues

ATS

5.9.2021 - 18:07

Une cinquantaine de personnes ont été blessées dimanche au Monténégro lors de heurts entre la police et des manifestants. Ceux-ci tentaient d'empêcher l'intronisation du nouveau chef de l'Eglise orthodoxe serbe dans le petit Etat des Balkans où les tensions identitaires sont montées d'un cran.

ATS

5.9.2021 - 18:07

Des manifestants affrontent la police lors d'une manifestation contre l'intronisation de l'évêque orthodoxe serbe à Cetinje, au Monténégro, le 5 septembre 2021.
Des manifestants affrontent la police lors d'une manifestation contre l'intronisation de l'évêque orthodoxe serbe à Cetinje, au Monténégro, le 5 septembre 2021.
KEYSTONE

La police a également annoncé huit arrestations à l'issue des violences qui ont entaché la brève cérémonie d'intronisation à Cetinje, l'ancienne cité royale dans le sud du pays.

L'évêque Joanikije a dû être transporté par hélicoptère de la capitale Podgorica jusqu'au monastère de la ville afin de contourner les barricades qui bloquaient depuis la veille les routes d'accès de Cetinje.

Tensions identitaires

Les tensions liées à l'identité du Monténégro et à ses relations avec la Serbie ont redoublé dans le pays depuis l'annonce de la tenue de la cérémonie dans ce monastère du XVème siècle.

Car si cet édifice abrite maintenant le siège de l'Eglise orthodoxe serbe au Monténégro, il a été pendant des siècles le siège des dirigeants monténégrins, et une partie des habitants y voit un symbole de la «souveraineté» monténégrine.

Le Monténégro est devenu indépendant de la Serbie en 2006 après quelque 90 ans de vie commune mais un tiers des 620'000 habitants s'identifient comme Serbes et certains nationalistes dénient au Monténégro une identité séparée.

L'Eglise orthodoxe serbe est dominante dans ce pays peuplé à 72% d'orthodoxes. Mais ses adversaires l'accusent de servir les intérêts de Belgrade, et demandent à ce que soit reconnue comme autocéphale l'Eglise orthodoxe monténégrine, actuellement minoritaire et non reconnue par le monde orthodoxe.

Périmètre de sécurité

Selon des images diffusées par l'Eglise, l'évêque Joanikije et le patriarche Porfirije, chef de l'Eglise serbe au Monténégro, ont été déposés par hélicoptère sur la pelouse du monastère où ils se sont engouffrés pendant que les cloches sonnaient à la volée.

Un périmètre de sécurité avait été mis en place autour de l'édifice par les policiers pour protéger la cérémonie à l'issue de laquelle les dignitaires religieux sont repartis à Podgorica.

Les forces de l'ordre ont tiré des gaz lacrymogènes ainsi que des bombes assourdissantes pour chasser les protestataires des abords du monastère.

Selon le directeur adjoint de la police, Dragan Gorovic, cité par la télévision nationale, une vingtaine de policiers ont été blessés. D'après les médias, plusieurs manifestants ont également été blessés.

Barricades

La veille, des milliers de manifestants avaient mis en place des barricades sur les routes à l'aide de rochers ou de voitures avant de les abandonner dans la matinée.

Beaucoup ont passé la nuit sur ces barrages autour de feux allumés pour se réchauffer, a rapporté une correspondante de l'AFP. Certains protestataires étaient armés et ont tiré en l'air tandis que d'autres ont incendié des pneus.

Les protestataires répondaient à l'appel d'organisations qui se proclament «patriotiques» ainsi que du parti DPS du président monténégrin Milo Djukanovic, formation battue voici un an aux législatives par une coalition proche de l'Eglise serbe.

Le président a accusé le gouvernement d'avoir «abusé brutalement des ressources de l'Etat, notamment de l'armée et de la police» pour introniser l'évêque «contrairement à la volonté d'une énorme majorité des habitants de Cetinje et d'un nombre important de citoyens du Monténégro».

Appel au calme

De leur côté, l'Eglise comme le nouveau gouvernement accusent pour leur part le président monténégrin d'attiser les tensions religieuses à des fins politiques, alors que les dernières législatives ont mis fin à trois décennies de règne de son parti.

«Les divisions ont été artificiellement provoquées», a lancé l'évêque Joanikije lors de la cérémonie, promettant de «servir la réconciliation fraternelle» au Monténégro.

Le chef du gouvernement Zdravko Krivokapic a appelé «tous les citoyens honnêtes monténégrins à ne pas céder à la manipulation de ceux qui sont prêts à pousser les frères dans un conflit, afin de garder leurs bénéfices et privilèges».

Alors que le président serbe Aleksandar Vucic félicitait le gouvernement monténégrin d'avoir assuré le maintien de la cérémonie, l'ambassade des Etats-Unis et la délégation de l'Union européenne ont appelé les responsables politiques à calmer la situation.

Joanikije succède à l'archevêque Amfilohije, décédé en 2020 des suites du Covid-19, après avoir dirigé l'Eglise serbe au Monténégro pendant trente ans.

ATS