Londres demande d'importantes concessions de l'UE

ATS

10.12.2020 - 18:59

European Commission President Ursula von der Leyen, right, welcomes British Prime Minister Boris Johnson prior to a meeting at EU headquarters in Brussels, Wednesday, Dec. 9, 2020. Leaders of Britain and the EU meet Wednesday for a dinner that could pave the way to a post-Brexit trade deal, or tip the two sides toward a chaotic economic rupture at the end of the month. (Olivier Hoslet, Pool via AP)
Le Premier ministre britannique Boris Johnson et la présidente de la Commission Ursula von der Leyen se sont quittés mercredi soir sur un constat de profondes divergences.
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A trois semaines de sa rupture avec l'Union européenne, le Royaume-Uni a conditionné jeudi un accord commercial post-Brexit à d'importantes concessions de Bruxelles. L'UE se prépare au redouté «no deal».

Malgré le manque de temps pour arriver à un compromis, le transcrire en loi et le ratifier d'ici au 31 décembre, le Premier ministre britannique Boris Johnson et la présidente de la Commission Ursula von der Leyen se sont quittés mercredi soir sur un constat de profondes divergences.

Leur dîner était censé tenter de sortir les négociateurs de l'impasse dans laquelle ils restent après huit mois de discussions. Qualifié de «franc» par Downing Street, de «vivant» par la Commission, il n'a permis que de les renvoyer autour de la table avant une décision promise dimanche sur «l'avenir des négociations».

S'il n'a pas totalement exclu une nouvelle prolongation des pourparlers après le week-end, le chef de la diplomatie britannique, Dominic Raab, l'a jugée jeudi «improbable», estimant qu'il était temps d'aboutir.

«Je ne pense pas que nous puissions continuer à ce rythme sans avoir certains progrès et une certaine flexibilité», a-t-il déclaré à la BBC.

L'UE doit «bouger» sur la pêche

M. Raab a jugé que pour parvenir à un accord, l'Union européenne devait «bouger significativement» sur les questions de l'accès aux zones de pêche et des garanties exigées de Londres par l'UE en matière de concurrence en échange d'un accès sans droits de douanes ni quotas à son marché.

Le Royaume-Uni, qui a officiellement quitté l'UE le 31 janvier, quittera définitivement le marché unique et l'union douanière le 31 décembre.

Il commercera alors de manière indépendante, et a ainsi passé des accords avec certains pays comme le Japon, le Kenya et jeudi matin Singapour, plateforme financière et commerciale majeure, cruciale en Asie.

Règles de l'OMC

Mais sans accord de libre-échange avec Bruxelles à cette date, les échanges entre Londres et l'UE, son principal partenaire, se feront selon les seules règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), synonymes de droits de douane et de quotas, au risque d'un nouveau choc pour des économies déjà fragilisées par le coronavirus.

Malgré l'urgence, ni le président français Emmanuel Macron ni la chancelière allemande Angela Merkel n'ont évoqué le sujet publiquement à leur arrivée au sommet européen qui s'est ouvert jeudi à Bruxelles.

Sans attendre l'échéance de dimanche, Ursula von der Leyen a présenté des mesures d'urgence applicables au 1er janvier en cas de «no deal». Elles visent à maintenir une connectivité dans le transport routier et aérien pendant six mois, à condition que Londres fasse de même, mais aussi à garantir l'accès réciproque aux eaux des deux parties pour les bateaux de pêche jusqu'au 31 décembre 2021.

«Rien ne garantit que, lorsqu'un accord aura été trouvé, il puisse entrer en vigueur à temps. Il nous incombe d'être préparés à toutes les éventualités», a expliqué la présidente de la Commission.

Downing Street a promis d'"examiner de très près les détails» du plan européen mais s'est montré particulièrement réservé sur la proposition en matière de pêche, rappelant que Londres avait l'intention de reprendre «le contrôle» de ses eaux au 1er janvier.

Ces mesures étaient réclamées de longue date par certains Etats membres, de plus en plus préoccupés par la perspective d'un échec avec le Royaume-Uni, mais la Commission se refusait jusqu'alors à les présenter afin de ne pas entraver les pourparlers.

Congestion dans les ports

Le chef de la diplomatie irlandaise Simon Coveney a assuré croire que Boris Johnson souhaite arriver à un accord. Un échec constituerait donc «un énorme échec polique» et serait «énormément coûteux et destructeur», a-t-il estimé sur le média public RTE.

Côté britannique, les effets concrets du bouleversement majeur qui s'annonce le 31 décembre, après presque un demi-siècle dans le club européen, se font déjà sentir. Les ports de marchandises sont débordés en préparation du grand saut, provoquant des difficultés d'approvisionnement en certains produits comme les jouets ou les pièces automobiles.

Pour aider l'Irlande du Nord, le gouvernement a octroyé 400 millions de livres (472 millions de francs) pour soutenir l'économie de cette province, en première ligne du Brexit.

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