Même Djokovic s’en mêle L’UE craint une «escalade des tensions» en Serbie

Basile Mermoud

3.7.2025

L'Union européenne a condamné «très fermement» jeudi les «actes de haine et de violence» et appelé à éviter «toute escalade des tensions», quelques jours après une large manifestations au cours de laquelle des heurts ont éclaté entre police et manifestants.

Un manifestant tente d’empêcher la police de retirer une poubelle bloquant une rue lors d’une manifestation antigouvernementale à Belgrade, le 30 juin 2025.
Un manifestant tente d’empêcher la police de retirer une poubelle bloquant une rue lors d’une manifestation antigouvernementale à Belgrade, le 30 juin 2025.
AFP

Agence France-Presse

«Nous regardons la situation de très près et nous appelons à éviter l'escalade des tensions. Nous condamnons fermement tous les actes de haine et de violence. Le droit de manifester pacifiquement, la liberté de réunion et la liberté d'expression doivent être préservés», a posté la délégation de l'UE en Serbie sur X.

Le maintien de l'ordre «doit être proportionné et respecter les droits fondamentaux», a-t-elle poursuivi. «Nous attendons une enquête rapide, transparente et crédible sur les allégations d'usage excessif de la force».

Samedi dernier, alors que le mouvement paraissait s'essouffler, 140.000 personnes ont manifesté à Belgrade, l'un des rassemblements plus importants depuis l'effondrement le premier novembre du toit d'une gare dans la ville de Novi Sad, dans le nord du pays. Cette tragédie, qui a fait 16 morts, a été imputée par beaucoup à la corruption.

Gaz lacrymogènes et de grenades assourdissantes

A la fin de la manifestation organisée pour demander des élections législatives anticipées, des heurts ont éclaté et la police a usé de gaz lacrymogènes et de grenades assourdissantes contre les manifestants dont certains ont lancé des fumigènes.

Les étudiants ont appelé à une nouvelle forme d'action, les «blocages éphémères» : par groupes, les citoyens installent des poubelles ou des barrières aux intersections et s'en vont lorsque la police arrive. D'autres traversent sans s'arrêter le même passage piéton pendant plusieurs dizaines de minutes pour empêcher les voitures de circuler.

Plusieurs dizaines de personnes ont été interpellées sur ces blocages à travers le pays - dont 70 uniquement dans la nuit de mercredi à jeudi à Belgrade. Le communiqué rappelle également que «toute mesure de privation de liberté ou sanction pénale doit être fondée sur des soupçons raisonnables d'avoir commis une infraction et doit être justifiée et proportionnée». Des dizaines de personnes ont été arrêtées.

Djokovic s’en mêle 

Au tournoi de Wimbledon, le champion de tennis serbe Novak Djokovic a célébré jeudi sa victoire sur le Britannique Daniel Evans en «pompant» avec les bras, un geste devenu symbolique de la protestation dans son pays et de la pression que les manifestants entendent mettre sur le pouvoir.

Le mouvement de contestation est le plus important depuis l'arrivée au pouvoir du président Aleksandar Vucic (droite nationaliste) il y a plus de 10 ans, mais ce dernier a affirmé dimanche qu'il ne cèderait pas aux demandes des manifestants et a brandi la menace de nouvelles arrestations.

Le président est omniprésent dans les médias - il est apparu 220 fois à la télévisions sur les 181 premiers jours de l'année 2025 - où il fustige régulièrement des manifestants «payés par l'étranger» qu'il accuse de vouloir fomenter un coup d'Etat.