Risque d'arrestation Machado aidée par l'administration Trump pour sortir du Venezuela

ATS

11.12.2025 - 14:58

L'opposante vénézuélienne Maria Corina Machado a déclaré jeudi avoir obtenu le soutien de Washington pour sortir du Venezuela et rejoindre Oslo, où elle a reçu le prix Nobel de la paix. Un voyage entouré de mystère pour lequel des personnes «ont risqué leur vie».

María Corina Machado est recherchée au Venezuela pour «conspiration, incitation à la haine et terrorisme» (archives).
María Corina Machado est recherchée au Venezuela pour «conspiration, incitation à la haine et terrorisme» (archives).
sda

Keystone-SDA

«Nous avons reçu un soutien du gouvernement américain pour arriver ici», a dit Mme Machado, qui vivait cachée dans son pays, lors d'une conférence de presse dans la capitale norvégienne.

Selon le Wall Street Journal, elle portait une perruque et un déguisement quand elle a commencé son évasion lundi après-midi. Elle devait d'abord se rendre de la banlieue de Caracas, où elle se cachait depuis un an, à un village de pêcheurs côtier.

Elle a effectué mardi une traversée périlleuse de la mer des Caraïbes, dont l'armée américaine avait été avertie, pour être accueillie à Curaçao par un spécialiste de ce genre d'opération fourni par l'administration Trump. Elle a ensuite emprunté un vol privé mercredi pour Oslo, ajoute le journal.

Action «décisive» de Trump

Récompensée en octobre pour ses efforts en faveur d'une transition démocratique au Venezuela, l'opposante de 58 ans avait dédié son Nobel, quelques heures après l'avoir reçu, au président américain Donald Trump.

La réapparition de l'opposante – sa première apparition publique depuis près d'un an – a lieu en pleine crise entre le Venezuela et les Etats-Unis, qui ont déployé depuis août une imposante flottille en mer des Caraïbes, officiellement pour lutter contre le narcotrafic, causant 87 morts. Le président vénézuélien Nicolas Maduro accuse Washington de vouloir le renverser pour s'emparer du pétrole de son pays.

Maria Corina Machado, bête noire de M. Maduro, est critiquée par certains pour la proximité de ses idées avec celles de Donald Trump et soutient ce déploiement américain. Le président des Etats-Unis a annoncé mercredi la saisie d'un pétrolier au large des côtes du Venezuela.

«Je crois que chaque pays a le droit de se défendre. Dans notre cas, je pense que les actions du président Trump ont été décisives pour en arriver là où nous en sommes aujourd'hui, à savoir un régime (vénézuélien, ndlr) plus faible que jamais, car celui-ci pensait auparavant pouvoir tout faire», a-t-elle justifié jeudi.

Rentrer coûte que coûte

Arrivée dans la nuit, trop tard pour recevoir son Nobel en personne, Mme Machado a promis qu'elle «fera tout (son) possible» pour rentrer dans son pays, malgré les risques d'être arrêtée, et indépendamment du départ, ou non, de M. Maduro.

«Je suis venue pour recevoir le prix au nom du peuple vénézuélien et je le ramènerai au Venezuela au moment adéquat», a-t-elle déclaré en visitant le Parlement norvégien. «Je ne dirai pas quand ni comment cela se fera mais je ferai tout (mon) possible pour pouvoir rentrer et aussi mettre fin à cette tyrannie très bientôt», a-t-elle dit, assurant qu'il fallait «finir le travail» pour établir la démocratie.

Mme Machado a aussi remercié «tous ces hommes et ces femmes qui ont risqué leur vie pour que je puisse être ici aujourd'hui». «Un jour, je pourrai vous raconter, car je ne veux certainement pas les mettre en danger maintenant», a-t-elle ajouté.

Risque d'arrestation

L'opposante était entrée en clandestinité au Venezuela en août 2024, quelques jours après la présidentielle à laquelle elle avait été empêchée de participer. Mercredi, c'est sa fille Ana Corina qui a reçu en son nom le prix et a lu pour elle un discours de remerciements. Le comité Nobel a évoqué «un voyage en situation de danger extrême» en référence à l'absence de la lauréate.

Au Venezuela, la justice la recherche pour «conspiration, incitation à la haine et terrorisme» et des doutes subsistent sur la manière par laquelle elle compte parvenir à retourner dans son pays.

«Elle risque d'être arrêtée si elle rentre, même si les autorités ont fait preuve de plus de retenue avec elle qu'avec beaucoup d'autres parce qu'une arrestation aurait une portée symbolique très forte», a expliqué Benedicte Bull, spécialiste de l'Amérique latine de l'Université d'Oslo. «Pour avoir la démocratie, nous devons être prêts à nous battre pour la liberté», a déclaré sa fille mercredi.

Les Etats-Unis, l'Union européenne et de nombreux pays d'Amérique latine refusent de reconnaître les résultats de la présidentielle de l'an dernier, qui a permis au socialiste Nicolas Maduro d'enchaîner un troisième mandat de six ans. L'opposition accuse le pouvoir de fraude et a revendiqué la victoire de son candidat, Edmundo Gonzalez Urrutia, aujourd'hui en exil et également présent à Oslo mercredi.