Pourquoi l'Allemagne n'est plus la «bonne élève» contre le Covid-19

ATS

20.12.2020 - 09:39

En Allemagne la croissance du PIB au troisième trimestre a été revue à la hausse de 0,3 points, à 8,5%, par rapport à l'estimation initiale, «compensant en grande partie» le plongeon du printemps (archives).
L'Allemagne a ainsi battu jeudi son record d'infections quotidiennes, avec plus de 30'000 nouveaux cas.
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«Bonne élève» de l'Europe au début de la pandémie de Covid-19, l'Allemagne voit désormais virer au rouge tous ses voyants. L'impossibilité a imposé ces derniers mois des mesures drastiques à l'ensemble du pays est pointée.

L'Allemagne a ainsi battu jeudi son record d'infections quotidiennes, avec plus de 30'000 nouveaux cas. La veille, elle avait enregistré 950 décès, là aussi, un nombre jamais atteint. 83% des lits de réanimation sont occupés, selon l'institut Robert Koch (RKI).

Merkel se heurte aux Länder

Vanté avant l'été pour sa souplesse, le système fédéral allemand est désormais montré du doigt. Partisane d'une ligne dure, la chancelière allemande Angela Merkel n'a pas le pouvoir d'imposer, lors de leurs régulières négociations, des mesures aux seize Länder.

De l'aveu des décideurs, le coche a été manqué à la fin octobre, quand des régions ont tenu tête au gouvernement fédéral qui souhaitait alors un durcissement. Des experts plaidaient pour un «verrouillage dur» de trois semaines en novembre pour que le taux d'infection soit contenu en deçà de 50 pour 100'000.

Les autorités sanitaires, soutenues par Mme Merkel, souhaitaient réduire au maximum les contacts entre jeunes ou une mise à l'isolement des personnes enrhumées. Mais nombre de Länder, soucieux de voir leur économie repartir et inquiets devant la montée en puissance du mouvement anti-masques, ont refusé. Des tribunaux ont aussi cassé les restrictions d'hébergement et de déplacement des vacanciers pendant les congés d'automne, ajoutant à la cacophonie.

La chancelière, dont la popularité est au zénith, s'était alors dit «insatisfaite», mais n'a rien pu imposer. Un temps précieux a ainsi été perdu. «Il s'agit sans doute de la plus grande erreur de calcul politique de l'année», déplorait samedi l'hebdomadaire Der Spiegel.

Malgré la fermeture des bars, restaurants et lieux culturels, seuls six Länder ont vu leur incidence sur sept jours baisser depuis le 2 novembre.

Le relâchement des comportements

Souvent caricaturés en peuple discipliné, les Allemands ont les pires difficultés à reproduire les efforts consentis au printemps. Les stands de vin chaud, une tradition avant les fêtes de fin d'année, attirent dans les rues des foules compactes.

Les fermetures de restaurants et des bars ont été contournées grâce à la vente à emporter, qui permet en fait aux clients de consommer avec des «contacts».

«Lors du confinement du printemps, nous avons réduit les contacts de 63%. Pour le moment, nous n'avons pu réduire les contacts que de 43%, ce qui n'est tout simplement pas suffisant», résume le virologue Christian Drosten. Le RKI estime à 60% une réduction efficace des contacts.

L'application anti-Covid-19 montre aussi ses limites. Elle a été téléchargée par 23,5 millions de personnes, mais moins de la moitié des utilisateurs positifs ont déclaré leur contagiosité.

L'ex-RDA frappée de plein fouet

La situation est particulièrement dramatique dans des régions d'ex-Allemagne de l'Est, en particulier la Saxe et la Thuringe, dont les taux d'infection atteignaient jeudi 407 et 255, au-dessus de la moyenne fédérale (179,2).

A part le district bavarois de Regen, le plus touché d'Allemagne, les localités où le virus est le plus actif, comme Görlitz ou Bautzen, figurent toutes en Saxe. Leur taux d'incidence est supérieur à 600/100'000.

Après avoir critiqué «l'hystérie» du gouvernement, le dirigeant conservateur de la Saxe, Michael Kretschmer, a dû reconnaître que la pandémie y avait été «sous-estimée» et imposer en catastrophe des restrictions. Coïncidence ou corrélation, cette région se caractérise par le dynamisme du mouvement anti-masques et l'enracinement de l'extrême droite.

Le drame des maisons de retraite

«Nous constatons malheureusement de plus en plus de foyers dans les maisons de retraite», déplore le président du RKI, Lothar Wieler. Dans la seule ville de Berlin, le nombre de pensionnaires testés positifs a plus que doublé depuis mi-novembre, pour dépasser les 2000 cas, selon le Sénat de la capitale.

Cette situation influe sur le nombre de décès, qui dépasse en Allemagne les 24'000. 87,2% des personnes décédées du Covid-19 avaient plus de 69 ans, selon l'institut Statista.

Dans tout le pays, les établissements s'alarment d'un manque de personnel qui ne permet pas de tester et d'isoler rapidement pensionnaires et aides-soignants. Seuls 17% du personnel soignant juge suffisantes les mesures de dépistage qui lui sont destinées, selon la fédération Diaconie.

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ATS