Un polar dans l’atlantiqueQue cache le pétrolier saisi par Trump sous le nez des Russes?
Philipp Dahm
8.1.2026
C’est de la matière à film d’espionnage. Un pétrolier en provenance d’Iran défie les garde-côtes américains dans les Caraïbes, puis, en pleine cavale, repeint à la hâte un drapeau russe sur sa coque. La fuite s’achève loin au nord, près de l’Islande. Là, Washington frappe finalement, presque sous le nez de Moscou. Que se joue-t-il vraiment dans l’Atlantique?
On ignore encore si les membres d’équipage russes sont de véritables marins ou des agents d’un service secret.
AFP
Philipp Dahm
08.01.2026, 17:10
08.01.2026, 20:57
Philipp Dahm
Que s'est-il passé exactement ? Les États-Unis capturent un pétrolier - la marine russe observe
7 janvier, Atlantique Nord, entre l’Islande et l’Écosse. Depuis plusieurs jours, le USCGC Munro, un cotre des garde-côtes américains, file le pétrolier Marinera, ex-Bella 1. Cette fois, les États-Unis passent à l’action. Des hélicoptères surgissent, des forces spéciales descendent en rappel et prennent le contrôle du navire. La scène est filmée – la vidéo est à voir en tête d’article.
The Russian-flagged Marinera (formerly Bella 1) was boarded around 290 km (160 nautical miles) south from Iceland. It is now heading East-South-East, possibly Orkney or Shetlands Islands.
L’opération aurait été accompagnée d’un AC-130J Ghostrider pour le soutien aérien rapproché, ainsi que d’un Boeing P-8 Poseidon, utilisé pour la chasse aux sous-marins et la reconnaissance maritime à distance. Reuters rapporte que des navires de la marine russe se seraient également trouvés à proximité, dont un sous-marin.
La Grande-Bretagne a apporté son soutien à Washington dans cette opération : la Royal Air Force aurait dépêché un avion de surveillance RC-135, tandis que la Royal Navy fournirait un ravitailleur, rapporte la BBC.
A qui appartenait le navire? Le passé sulfureux du pétrolier
Pourquoi les Russes s'intéressent-ils au Marinera? Le pétrolier bat pavillon russe. Son port d'attache est indiqué comme étant Sotchi, sur la mer Noire. Le propriétaire est la société russe Burevestmarin.
Le problème: le drapeau russe n'est peint sur le navire que le 30 décembre dans les Caraïbes, rapporte CNN. Ce n'est que le 1er janvier qu'il est apparu sous un nouveau nom dans le registre maritime russe. Auparavant, il avait appartenu à la société turque Louis Marine Shipholding Enterprises, sanctionnée par les Etats-Unis depuis 2024.
Le Marinera a déjà porté un nombre inhabituel de noms
Le navire a quitté l'Iran le 1er août pour se rendre au Venezuela afin d'y apporter du nouveau pétrole. Les Etats-Unis ont fait valoir que le Marinera fait partie de la flotte fantôme internationale qui contourne les sanctions.
La réaction de Moscou
Le droit international ne prévoit pas qu'un navire puisse changer de propriétaire au cours d'un voyage. Pourtant, le 6 janvier, Moscou a demandé à Washington d'abandonner la poursuite du navire nouvellement naturalisé russe, ce que Washington a refusé. Le même jour, le "Wall Street Journal" rapporte qu'un sous-marin russe est en route pour prendre en charge le Marinera.
❗️According to a U.S. official who spoke to The Wall Street Journal, Russia has deployed a submarine and other naval forces to the North Atlantic to escort the Iranian-linked sanctioned crude oil tanker—previously registered under the Guyana flag as Bella 1 and now under the Russian flag as Marinera—
Comme décrit précédemment, la marine russe n'est pas intervenue. Et même le gouvernement se tient sensiblement en retrait : selon les informations, seul le ministère des Transports a émis de maigres protestations. On s'est contenté de dire que les Etats-Unis violaient la Convention des Nations unies sur le droit de la mer et que le changement de propriétaire serait également légal.
Un jeu du chat et de la souris
En réalité, les garde-côtes américains cherchent à arraisonner le Marinera — encore appelé Bella 1 à l’époque — dès le 17 décembre dans les Caraïbes. Le pétrolier refuse cependant de se soumettre, prend le large vers l’Atlantique Nord et coupe son signal d’identification.
Tanker Bella 1 is attempting to evade a U.S. blockade by repainting a Russian flag and claiming protection at sea. Windward has also observed other sanctioned VLCCs making U-turns near Venezuela, signaling widening disruption to oil exports. windward.ai/blog/tanker-...
Selon Reuters, les forces spéciales, les Maritime Security Response Teams, ne parviennent pas à arrêter le navire. Les garde-côtes continuent de poursuivre le Bella 1, dont l’équipage peint un drapeau russe sur la coque le 30 décembre, avant que le pétrolier ne réapparaisse officiellement sur la scène le 1er janvier.
The route of Bella 1/ Marinera tanker.
Source: The Telegraph
Il faudra encore attendre six jours avant que les États-Unis n’interviennent. Il est possible que le Marinera ait d’abord dû se rapprocher de la zone où les forces spéciales américaines pouvaient agir, au large de la Grande-Bretagne.
Que se cache-t-il dans ce pétrolier?
La porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, minimise l’incident, renvoyant à une ordonnance judiciaire existante: le navire aurait enfreint des sanctions.
The humiliation never ends for Putin.
Trump admin is holding a whole herd of Russians, captured from the shadow fleet tanker Marinera, going to put them on trial in the US. pic.twitter.com/Den5JlyyD5
D’un autre côté, on peut s’interroger: pourquoi les États-Unis déploient-ils autant d’efforts et poursuivent-ils pendant des semaines un pétrolier parti vide du Golfe persique? Pourquoi ce changement de drapeau, si brusque et incongru? Et pourquoi Moscou envoie-t-elle des bâtiments de la marine et un sous-marin pour escorter le Marinera?
Il se pourrait, bien sûr, que les États-Unis cherchent avant tout à envoyer un signal en matière de sanctions. Dernièrement, de plus en plus de navires de la «flotte fantôme» ont arboré le pavillon russe, espérant y trouver une meilleure protection, note le New York Times, citant la Lloyd’s List.
An old, rusty tanker (Bella 1) sat off Venezuela for weeks. Empty or not?
Then suddenly it: * Changed its name to Marinera * Flew a “Russian” flag (allegedly hand-drawn) * Broke through a U.S. blockade * Headed toward Russia Univision
D’autres motifs sont également envisageables, même s’ils restent spéculatifs. L’ancien Bella 1 aurait pu larguer des cargaisons sanctionnées en provenance d’Iran. Ou alors, le pétrolier aurait une activité secondaire de navire-espion, et le Pentagone chercherait à examiner de plus près le type d’informations collectées et leurs destinataires.
Ce qui frappe, c’est la réaction du ministère des Affaires étrangères russe : «Au vu des rapports indiquant que des citoyens russes font partie de l’équipage», le retour en toute sécurité des marins est exigé. Le New York Times précise toutefois que le Marinera n’a pas transporté de pétrole russe «ces dernières années» et qu’il a principalement assuré des liaisons avec l’Iran.
U.S. Army 160th SOAR Night Stalkers’ MH-6 Little Bird helicopters were highlighted for their ability to insert from unpredictable directions during the tanker Marinera boarding operation, underscoring the platform’s small size and transport flexibility.https://t.co/lB0RKqvHSU
On ignore encore si ces membres d’équipage russes sont de véritables marins ou des agents d’un service secret. Le Kremlin, lui, reste silencieux, tandis que les blogueurs militaires russes se déchaînent sur l’incident.
Notice sur l’IA: cet article a été traduit de l’allemand à l’aide de l’intelligence artificielle.