«Poutine ne me paie pas...»Qui est ce général qui donne des sueurs froides à Giorgia Meloni ?
Gregoire Galley
6.3.2026
Un général italien à la retraite qui critique l'UE, souhaite renvoyer les migrants illégaux dans leur pays et estime que l'Ukraine devrait accepter un accord de paix avec la Russie, défie le gouvernement d'extrême droite italien sur son propre terrain.
Roberto Vannacci, 57 ans, a quitté le mois dernier le parti d'extrême droite la Ligue.
IMAGO/ZUMA Press Wire
Agence France-Presse
06.03.2026, 14:02
Gregoire Galley
Roberto Vannacci, 57 ans, a quitté le mois dernier le parti d'extrême droite la Ligue, partenaire de la coalition gouvernementale de la Première ministre Giorgia Meloni, et a créé un nouveau parti.
Les sondages d'opinion donnent à son Futuro Nazionale (FN) environ 3% des intentions de vote, provenant pour la plupart de la Ligue, -dirigée par le vice-Premier ministre Matteo Salvini-, mais aussi du parti d'extrême droite Fratelli d'Italia (FDI) de Mme Meloni.
FDI reste le plus populaire, avec plus de 29% des intentions de vote, un chiffre supérieur à celui obtenu lors des élections de 2022.
Militaire de carrière ayant participé aux guerres en Afghanistan et en Irak, Vannacci s'est fait connaître en 2023 avec la publication d'un livre controversé, «Le monde à l'envers».
«Chers homosexuels, vous n'êtes pas normaux, faites-vous une raison», y écrit-il. En s'en prenant aussi à une volleyeuse noire de l'équipe d'Italie: «Paola Enogu est de nationalité italienne, mais il est évident que ses traits somatiques ne représentent pas l'italianité».
Il a été suspendu de ses fonctions, le ministre de la Défense jugeant que ses «élucubrations (...) discréditent l'armée (...) et la Constitution». Il a été cependant récupéré par la Ligue et M. Salvini, lui permettant d'être élu au Parlement européen en 2024.
Le mois dernier, M. Vannacci a créé FN, auquel ont adhéré deux députés de la Ligue et un autre, ex-député de FDI. Il cible les électeurs déçus par Mme Meloni, qui a des racines d'extrême droite radicale mais qui, une fois au pouvoir, a adopté une approche plus pragmatique.
FN est «un parti de la vraie droite, pur, sincère, fier, qui n'a pas honte d'être de droite», a déclaré M. Vannacci jeudi à l'association de la presse étrangère.
Autrefois eurosceptique virulente, Mme Meloni a travaillé en étroite collaboration avec l'UE une fois au pouvoir, tandis que sa promesse phare de réduire l'immigration clandestine a été tempérée par une augmentation importante du nombre de visas accordés aux migrants légaux.
M. Vannacci a «une approche plus extrémiste sur des questions telles que l'immigration et la sécurité, où il parle explicitement de remigration», a déclaré à l'AFP Lorenzo Castellani, professeur de sciences politiques à l'université Luiss de Rome. Le général a appelé à renvoyer les migrants dans leur pays d'origine s'ils sont arrivés illégalement ou ont commis un crime.
Alors que Mme Meloni a pris ses distances avec le passé fasciste de l'Italie, M. Vannacci a été accusé de révisionnisme l'année dernière après avoir publié un message sur les réseaux sociaux défendant les références démocratiques du dictateur Benito Mussolini. M. Vannacci fustige par ailleurs l'UE pour son inefficacité au niveau mondial, notamment dans les deux guerres en cours, en Iran et en Ukraine.
Mme Meloni a fermement soutenu Kiev dans sa guerre contre la Russie, mais M. Vannacci s'oppose à toute aide militaire supplémentaire et estime que l'Ukraine et ses alliés européens devraient accepter maintenant un plan de paix. «Une paix juste n'existe pas», a-t-il déclaré jeudi aux journalistes.
Sa position, et le fait qu'il ait occupé le poste d'attaché militaire italien en Russie entre 2020 et 2022, le font soupçonner d'une trop grande proximité avec Moscou. Il a rejeté ces accusations: «Je ne suis pas pro-russe, Poutine ne me paie pas... Je suis un homme politique italien, je veille aux intérêts de l'Italie».
Les députés de M. Vannacci ont voté contre le renouvellement de l'aide militaire à l'Ukraine le mois dernier, mais ont soutenu un vote de confiance envers le gouvernement Meloni.
Cela démontre son «ambiguïté stratégique» quant à sa position politique, note M. Castellani. Les élections législatives sont prévues en 2027. S'il se présente seul, il risque de diviser le vote de droite, ce qui pourrait aider la gauche. Ou, sans un parti structuré derrière lui, il pourrait échouer à obtenir les 3% de votes nécessaires pour entrer au Parlement.