RetraitesBayrou redit son opposition au retour aux 62 ans
ATS
18.3.2025 - 17:05
François Bayrou persiste: revenir à un âge de départ en retraite à 62 ans «n'est pas possible», a-t-il redit mardi, prenant le risque de torpiller le «conclave» des partenaires sociaux, déjà affaibli par le départ de l'U2P et les hésitations de la CGT.
Abroger la mesure phare de la réforme de 2023, qui a décalé l'âge légal de départ à 64 ans, «je dis comme citoyen, comme observateur, que ce n'est pas possible», a affirmé François Bayrou (archives).
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Keystone-SDA
18.03.2025, 17:05
ATS
Après une première déclaration dimanche qui avait mis le feu aux poudres, le Premier ministre a été appelé à clarifier sa position devant l'Assemblée nationale. Abroger la mesure phare de la réforme de 2023, qui a décalé l'âge légal de départ à 64 ans, «je dis comme citoyen, comme observateur, que ce n'est pas possible», a réaffirmé François Bayrou à quelques heures d'un rendez-vous avec la CFDT mardi soir.
Il a cité le récent rapport de la Cour des comptes, selon lequel le déficit du système de retraites atteindra 6,6 milliards d'euros en 2025 et 30 milliards à horizon 2045. «J'ai répondu en conscience» dimanche et «je suis persuadé que les partenaires sociaux, dans leur ensemble, en viendront à une conclusion de cet ordre», a-t-il affirmé.
Or les concertations sur les retraites, engagées fin février entre partenaires sociaux et prévues pour durer trois mois, ont aujourd'hui du plomb dans l'aile. Après le départ de Force ouvrière le 27 février, qui avait dénoncé une «mascarade», l'organisation patronale U2P a aussi décidé de claquer la porte mardi, voyant dans ces négociations un «jeu de dupes».
«Un piège»
«L'U2P a pris conscience» ces derniers jours que «ce conclave n'était pas équilibré», que les syndicats et l'opposition politique «ne négocieraient rien sans un retour de l'âge de départ en retraite à 62 ans», qui financièrement «est impossible», a expliqué lors d'une conférence de presse Michel Picon, président de cette organisation patronale, qui représente artisans, commerçants et professions libérales.
Dans le contexte économique actuel de «déficits structurels» et de tensions internationales, où la France doit économiser pour financer l'effort de réarmement, revenir à 62 ans supposerait de «dépouiller les entreprises», et «alourdir le coût du travail», a-t-il estimé.
Dimanche, M. Bayrou a pris une position «courageuse» en refusant ce «retour en arrière», a encore estimé M. Picon. Mais le «concert d'effarouchements» qui a suivi, les «déclarations» médiatiques des syndicats comme des partis d'opposition, du RN à LFI en passant par le PS, «nous ont fait dire +on est dans un piège+», a-t-il dit.
Car tout éventuel accord entre syndicats et patronat doit être soumis au Parlement. Et l'U2P a aujourd'hui «acquis la certitude que les équilibres politiques» y aboutiront à un retour aux 62 ans et «une augmentation des charges des entreprises». «C'est un jeu de dupes, donc il faut arrêter», a résumé Michel Picon.
L'organisation entend travailler plutôt sur un «scénario à 65 ans», assorti de mesures compensatoires pour les carrières les plus usantes.
L'U2P est la plus petite des trois organisations patronales représentatives, mais la première à quitter la table des négociations.
La CGT bientôt dehors?
Interrogé par l'AFP, le Medef, principale organisation patronale, a dit «partager le diagnostic» de l'U2P sur le contexte actuel, qui «oblige à (se) réinterroger sur le bien-fondé de ce conclave», sans pour autant annoncer son départ. La CPME, elle, «reste», se disant «toujours aussi volontaire pour arriver à un accord».
Côté syndicats, FO avait claqué la porte dès le premier jour, expliquant ne pas vouloir «participer à une mascarade» dont le but serait d'allonger la durée du travail.
Mardi, le syndicat Solidaires, représentatif dans la fonction publique et à ce titre invité à une réunion d'information spécifique et distincte du «conclave» ce mercredi, a annoncé son boycott y voyant un «simulacre de négociation».
Les regards sont tournés vers la CGT qui doit soumettre mercredi une déclaration aux membres de son parlement interne avant de préciser sa position officielle, pas avant mercredi soir, selon des sources internes.
Les autres syndicats – CFDT, CFTC et CFE-CGC – restent pour le moment à la table. La CFDT doit rencontrer le Premier ministre mardi soir, un rendez-vous fermé à la presse, avant une intersyndicale mercredi pour «réfléchir à une réponse aux déclarations récentes du président de la République» sur l'effort de guerre.