Violences sexuellesAffaire Bétharram : Bayrou convoqué par la commission d’enquête parlementaire
ATS
10.4.2025 - 23:40
Le Premier ministre français François Bayrou va être entendu en tant qu'ancien ministre de l'Education nationale par une commission d'enquête parlementaire, dans un scandale d'agressions sexuelles dans un collège-lycée catholique qu'il est accusé d'avoir voulu étouffer, a annoncé jeudi la commission.
Mis en cause pour son rôle dans un scandale d’agressions sexuelles dans un établissement catholique, le Premier ministre François Bayrou sera entendu le 14 mai par une commission d’enquête, malgré ses dénégations répétées.
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Keystone-SDA
10.04.2025, 23:40
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Accusé par la gauche d'avoir menti sur sa connaissance des violences et agressions sexuelles dans le collège-lycée de Bétharram, dans le sud-ouest de la France -, François Bayrou «récuse» tout mensonge, parlant de «polémiques artificielles».
L'institution fondée en 1837, de sinistre réputation dans la région, a été fréquentée par plusieurs de ses enfants et son épouse y a enseigné, un temps, le catéchisme.
L'entourage du Premier ministre a confirmé à l'AFP qu'il se rendra bien le 14 mai devant la commission sur les violences et les contrôles de l'Etat dans les établissements scolaires.
Critiquée pour ne pas s'être penchée sur Bétharram depuis trois décennies, l'Education nationale s'est décidée à programmer en mars une inspection académique qui confronte la direction actuelle à des «manquements», selon son rapport par ailleurs dévoilé jeudi.
Dans son viseur notamment, le cas de deux enseignants accusés de «remarques blessantes et humiliantes et de moqueries», a précisé jeudi l'actuelle ministre de l'Education Elisabeth Borne. Elle a mandaté une enquête plus poussée de sa haute administration.
Sur d'autres points problématiques, l'Education nationale va transmettre des mises en demeure. «La mise en conformité doit être extrêmement rapide», a intimé Mme Borne, que la commission d'enquête a également annoncé vouloir rencontrer, comme d'autres anciens ministres de l'Éducation nationale.
Accusations maintenues
Un ancien gendarme et un ex-juge, entendus jeudi devant la commission d'enquête parlementaire née du scandale Bétharram, ont maintenu des propos qui vont à l'encontre des dénégations de François Bayrou.
Alain Hontangs et Christian Mirande, qui furent chargés d'enquêter sur la première plainte pour viol ayant visé un religieux de l'établissement scolaire catholique, s'étaient déjà exprimés dans la presse mais ils l'ont fait cette fois sous serment.
Le premier, âgé de 71 ans, officiait à la section de recherches de Pau – la grande ville voisine, dont M. Bayrou est actuellement le maire – quand il s'est rendu le 26 mai 1998 au palais de justice local pour y présenter au juge Mirande le père Carricart, mis en cause par un ancien élève.
Ce jour-là, le juge Mirande «m'attendait devant la porte de son bureau» et il «m'a dit: 'La présentation est retardée, le procureur général demande à voir le dossier, il y a eu une intervention de M. Bayrou'», a relaté Alain Hontangs aux deux corapporteurs de la commission, les députés Violette Spillebout (le parti présidentiel Renaissance) et Paul Vannier (La France insoumise, LFI, gauche radicale).
Il avait déjà tenu ces propos à la mi-février lors d'un reportage à la télévision française. Deux jours plus tard à l'Assemblée nationale, le Premier ministre avait affirmé n'être «jamais» intervenu, «ni de près, ni de loin», dans ce dossier, niant tout contact, «avec qui que ce soit», à son propos.
L'actuel chef du gouvernement nie plus largement avoir eu connaissance, dans le passé, des agressions physiques et sexuelles dénoncées aujourd'hui par 200 anciens élèves de Notre-Dame-de-Bétharram.
La position de M. Bayrou est contestée par des témoins qui rappellent notamment sa venue à Bétharram en 1996, comme ministre de l'Education nationale, après la plainte d'un élève – camarade de classe d'un de ses fils – victime d'une violente claque d'un surveillant, qui lui perça le tympan.
Le juge Mirande a répété aussi que M. Bayrou était venu le voir chez lui durant l'affaire de viol, en 1998, pour évoquer cette dernière, ce que l'intéressé a d'abord nié, avant d'évoquer une rencontre fortuite.
Autant de propos qui «contredisent point par point» les déclarations du chef de gouvernement, a conclu le député Vannier devant la presse après les auditions.