Football, Shakespeare et éléphantKeir Starmer en Chine pour une visite «historique»
ATS
30.1.2026 - 14:26
Le Premier ministre britannique Keir Starmer achève samedi une visite en Chine qu'il a qualifiée d'«historique» pour les relations bilatérales et durant laquelle il a parlé commerce, football et éléphant avec Xi Jinping, mais s'est montré plus discret sur les sujets qui fâchent.
British Prime Minister Keir Starmer visits Yuyuan Garden on Friday, Jan. 30, 2026 in Shanghai, China. (Carl Court/Pool Photo via AP)
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30.01.2026, 14:26
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Une visite «historique»
«On dit que huit semaines c'est long en politique, alors imaginez huit années», a lancé Keir Starmer à son arrivée à Pékin pour souligner la portée de sa visite, premier voyage officiel en Chine d'un chef du gouvernement britannique depuis 2018.
«C'est une visite historique», a-t-il encore déclaré en entamant ses entretiens jeudi avec les responsables chinois, dont le président Xi Jinping, même si à part quelques gains diplomatiques, les retombées concrètes sont loin d'être massives.
Les deux dirigeants ont échangé pendant environ trois heures, au-delà du temps initialement prévu, s'est notamment félicité Downing Street, malgré les critiques du président américain Donald Trump qui a jugé «très dangereux» un rapprochement de Londres avec Pékin.
La métaphore de l'éléphant
Devant des chefs d'entreprises jeudi, Keir Starmer a résumé sa stratégie envers la Chine en reprenant une histoire évoquée devant lui un peu plus tôt par le président Xi Jinping.
«Le président Xi a raconté l'histoire d'hommes aveugles placés devant un éléphant. Le premier touche la patte (de l'animal) et dit 'c'est un oreiller'. L'autre touche son ventre et dit 'c'est un mur'», a décrit le dirigeant britannique.
«Et cela reflète souvent comment la Chine est perçue. Mais je crois profondément que le dialogue plus large et plus approfondi que nous mettons en avant toute cette semaine est notre manière de voir l'éléphant en entier et ainsi de construire une relation plus sophistiquée, adaptée à notre époque», a conclu Keir Starmer.
Plus directement, il a insisté à plusieurs reprises sur le fait qu'il était «vital» pour Londres d'entretenir des relations plus apaisées et une «approche globale» avec Pékin malgré leurs différends.
Une position approuvée par Xi Jinping pour qui les deux pays «doivent renforcer leur dialogue et leur coopération».
La diplomatie du football
La Premier League anglaise est le championnat de football le plus suivi au monde et Keir Starmer manque rarement une occasion de parler de ce sport avec ses interlocuteurs étrangers.
Jeudi, il a offert à Xi Jinping un ballon de la récente rencontre entre Arsenal, club de coeur de Starmer, et Manchester United, dont M. Xi est un supporteur.
Les deux hommes ont alors échangé sur le championnat anglais et le président chinois a évoqué les clubs de Manchester City et de Crystal Palace. Xi Jinping a aussi partagé avec Keir Starmer son amour pour les oeuvres de Shakespeare, qu'il a lues en intégralité dans sa jeunesse.
Bénéfique pour les Britanniques
En difficulté au Royaume-Uni, où il peine à concrétiser ses promesses de campagne de réduire l'immigration illégale, de relancer la croissance ou de lutter contre la cherté du coût de la vie, Keir Starmer a longuement insisté sur les retombées que sa visite en Chine aura sur les Britanniques.
Il a ainsi vanté les bienfaits de l'obtention d'une exemption de visa pour les séjours de moins de 30 jours en Chine. Cette mesure entrera en vigueur «une fois les procédures nécessaires accomplies», a précisé Pékin.
Ou encore la baisse des droits de douanes sur les exportations de whisky, qui rapportera 250 millions de livres en cinq ans aux exportateurs, selon Downing Street.
Aux chefs d'entreprises de sa délégation, il a aussi enjoint de saisir les «opportunités» offertes en Chine, mais pour que «cela profite au Royaume-Uni» et aux Britanniques dont «la principale préoccupation» est «le coût de la vie».
De même Downing Street a insisté sur un accord de coopération pour lutter contre l'immigration illégale, pour perturber la chaîne logistique des réseaux de passeurs qui organisent des traversées de migrants par la Manche.
Discrétion sur le sujets qui fâchent
Le Premier ministre s'est en revanche montré bien plus discret sur les sujets de différends avec Pékin, comme la situation de la minorité musulmane des Ouïghours dans le Xinjiang.
S'il a assuré avoir évoqué le cas de Jimmy Lai avec Xi Jinping, il n'a pas indiqué si cela pourrait déboucher sur la libération prochaine de l'ex-magnat hongkongais des médias.
Keir Starmer a évoqué une «discussion respectueuse» sur ces sujets, et un responsable britannique au fait des discussions a assuré qu'ils ont fait l'objet d'une attention appropriée.
Plus largement le Premier ministre britannique estime que sa stratégie de rapprochement avec Pékin lui permet de «soulever les sujets difficiles». Et d'avoir pu obtenir la levée des sanctions imposées en 2021 à des parlementaires britanniques par Pékin.