Submergée par le Covid Shanghaï isole aussi les cas négatifs

ATS

3.5.2022 - 07:02

Négatifs et envoyés de force en quarantaine: en dépit d'un confinement à Shanghaï et de mesures anti-Covid-19 drastiques, des habitants sains se retrouvent, eux aussi, à l'isolement pour enrayer la contagion.

Des personnes échangent des équipements de protection par-dessus la clôture dans la rue, au milieu du verrouillage de la ville de Covid-19 à Shanghai, Chine, le 2 mai 2022.
Des personnes échangent des équipements de protection par-dessus la clôture dans la rue, au milieu du verrouillage de la ville de Covid-19 à Shanghai, Chine, le 2 mai 2022.
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ATS

3.5.2022 - 07:02

Largement épargnée depuis deux ans, la Chine affronte ces dernières semaines sa pire flambée épidémique depuis le printemps 2020. Dans la métropole de Shanghaï, de loin la plus touchée et dont les 25 millions d'habitants sont confinés depuis un mois, toute personne testée positive, même asymptomatique, est envoyée dans un centre de quarantaine collective – au confort et à l'hygiène variables.

Il arrive que des habitants soient mis dans des cars en pleine nuit pour être évacués. Beaucoup d'habitants sont exaspérés par ces mesures d'isolement, d'autant qu'un test négatif n'est plus forcément synonyme de tranquillité.

Plusieurs personnes testées négatives racontent à l'AFP avoir été forcées de quitter leur domicile pour s'isoler en dehors de Shanghaï. Certaines à des centaines de kilomètres de la ville.

«Pas eu le choix»

«On n'a pas eu le choix», affirme Lucy, une habitante qui préfère taire son nom de famille par crainte d'éventuelles représailles. «La police nous a dit qu'il y avait trop de cas positifs dans notre résidence».

Selon les forces de l'ordre, rester, c'était prendre le risque d'être contaminé et, in fine, d'alourdir le bilan officiel alors que la Chine poursuit une politique de zéro Covid. Shanghaï a fait état lundi de 7137 nouveaux cas positifs, un chiffre en léger repli sur 24 heures.

Déplacée avec ses voisins au beau milieu d'une nuit, Lucy a été envoyée à plus de 400 km de chez elle, dans un centre de quarantaine de fortune de la province de l'Anhui (est). Cette habitante ne sait pas quand elle pourra retourner chez elle.

Sa mésaventure est loin d'être un cas isolé. L'AFP a pu s'entretenir avec d'autres Shanghaïens également envoyés à l'isolement dans d'autres provinces. Une habitante du quartier de Jing'an, connu pour son temple éponyme et ses cafés branchés, témoigne sous couvert d'anonymat.

Dans sa résidence, les cas négatifs ont «tous reçu un appel» afin de quitter leur domicile, indique-t-elle. Les cas positifs étaient quant à eux «transférés dans des hôtels pour être isolés», précise cette habitante, qui se retrouve, elle aussi, dans l'Anhui dans un centre de quarantaine «effrayant».

«Mesures excessives»

Au vu des conditions sommaires, les compagnons d'infortune de sa résidence ont «perdu toute confiance dans les autorités de Shanghaï», selon elle. Un autre habitant interrogé par l'AFP assure que la ferme opposition de ses voisins n'a en rien dissuadé les autorités de les confiner hors de Shanghaï.

La mesure controversée reflète la «forte pression» du pouvoir sur les autorités locales pour atteindre le zéro cas, estime Yanzhong Huang, spécialiste des questions de santé au Council on Foreign Relations aux Etats-Unis.

Des fonctionnaires sont régulièrement limogés pour des manquements supposés, après l'apparition d'un foyer épidémique. Pour se prémunir d'une telle sanction, certains responsables sont donc tentés d'avoir recours à «des mesures excessives», relève M. Huang.

Déplacer des patients négatifs peut toutefois aussi relever de la «prévention», les autorités anticipant une augmentation des cas de contamination dans un périmètre déterminé.

Selon l'agence officielle Chine nouvelle, plusieurs dizaines de milliers de cas contact ont été mis à l'isolement dans des provinces limitrophes de Shanghaï. Mais les médias ne font en revanche aucune mention de cas négatifs.

ATS