«Fantasme discrédité»Tambour battant, Donald Trump bouleverse l'ordre mondial
Gregoire Galley
15.1.2026
Un an après son retour au pouvoir, Donald Trump bouleverse comme jamais auparavant l'ordre établi après la Seconde Guerre mondiale, et pourrait laisser derrière lui un monde méconnaissable une fois son deuxième mandat terminé.
Donald Trump bouleverse comme jamais auparavant l'ordre établi après la Seconde Guerre mondiale.
ats
Agence France-Presse
15.01.2026, 08:11
Gregoire Galley
Le président américain, qui aura 80 ans en juin, a entamé la nouvelle année avec une série d'actions qui défient ouvertement l'ordre établi depuis des décennies et défendu par les Etats-Unis.
Le 3 janvier, il a ordonné une attaque contre le Venezuela, pays riche en pétrole, qui a fait plus de 100 morts et au cours de laquelle des commandos américains ont enlevé le président de gauche Nicolas Maduro, ennemi de longue date des Etats-Unis.
Depuis lors, Donald Trump a menacé d'utiliser la force contre ses amis comme contre ses ennemis. Le dirigeant républicain a multiplié les appels à s'emparer du Groenland, territoire autonome rattaché au Danemark, allié de l'Otan, et a menacé de frapper l'Iran alors que le régime clérical réprime violemment les manifestations.
Il a également envisagé une action militaire en Colombie et au Mexique, mais semble avoir fait marche arrière après s'être entretenu avec les présidents de ces deux pays.
Le président américain, qui manie les droits de douane comme une arme, a aussi abandonné les méthodes traditionnelles de gouvernance, promettant de faire cavalier seul dans le cadre de sa vision de «l'Amérique d'abord». Il s'est ainsi retiré de dizaines d'organismes internationaux, y compris des agences de l'ONU.
«De nombreuses organisations internationales servent désormais un projet mondialiste ancré dans le fantasme discrédité de la +fin de l'histoire+», a justifié le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio.
Stephen Miller, l'architecte de la campagne anti-immigration de Trump, qui joue un rôle de plus en plus important dans la politique étrangère en tant que chef de cabinet adjoint de la Maison Blanche, a déclaré qu'il était temps de dépasser les «subtilités internationales».
«Nous vivons dans un monde, dans le monde réel... qui est régi par la force, qui est régi par la puissance, qui est régi par le pouvoir», a déclaré M. Miller dans une interview à CNN.
Parlant de «réalisme pragmatique» en politique étrangère, l'émissaire et gendre du président, Jared Kushner, confiait récemment lors d'une interview à CBS, que cela signifiait de «parfois privilégier les intérêts plutôt que les valeurs».
Les Etats-Unis ont été à l'origine de la création des institutions internationales de l'après-guerre, des Nations unies à l'Otan, que Donald Trump a dénoncées comme étant injustes envers les Etats-Unis.
Les dirigeants américains ont souvent été accusés d'hypocrisie, comme en 2003 lorsque George W. Bush a envahi l'Irak après avoir contourné les Nations unies.
La différence, selon certains observateurs, réside dans le fait que Donald Trump ne fait pas semblant de poursuivre des principes «universels» plus nobles, tels que la promotion de la démocratie.
Au Venezuela, où M. Rubio et d'autres ont longtemps qualifié Maduro d'illégitime, Donald Trump a rejeté l'opposition et déclaré vouloir travailler avec la vice-présidente de Maduro, dirigeante par interim.
Selon lui, la priorité est de contrôler le pétrole vénézuélien et il a brandi la menace de la force pour maintenir le pays dans le droit chemin.
Le président français Emmanuel Macron a averti que la nouvelle approche américaine pourrait marquer le début d'une ère de «nouveau colonialisme et nouvel impérialisme», quatre ans après l'invasion de l'Ukraine par la Russie.
Les Etats-Unis sont une puissance qui «se détourne progressivement de certains de ses alliés et s'affranchit des règles internationales qu'elle promouvait encore récemment», a déploré M. Macron.
Selon Melanie Sisson, chercheuse à la Brookings Institution, pendant longtemps les Etats-Unis ont réussi «sans avoir à attaquer, conquérir et envahir».
«Nous avons généralement réussi à obtenir ce que nous voulions, le plus souvent en utilisant d'autres outils d'influence, exercés par le biais d'organisations et d'alliances internationales», relève-t-elle. Mais, ajoute-t-elle, à présent d'autres puissances suivront certainement l'exemple du président américain en poursuivant leurs propres intérêts.
«Je ne pense pas qu'il y aura une reconstruction de l'ordre international d'après-guerre tel que nous le connaissons», dit-elle, en relevant que Donald Trump «est en train de remodeler la politique internationale d'une manière qui sera durable».
Un diplomate d'un pays allié, s'exprimant sous couvert d'anonymat, confie cependant que même si les méthodes américaines pouvaient choquer, le moment était venu de changer. «Il était clair que l'ordre mondial ne fonctionnait pas, même si nous prétendions le contraire», dit-il.
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