François Bayrou «Tous les Français savent de quelle malédiction il s'agit»

Gregoire Galley

18.7.2025

François Bayrou a pris l'opinion à témoin sur son constat de finances publiques au bord de la «falaise», ce qui lui permet de casser son image de Premier ministre immobile et de mettre l'Assemblée nationale devant ses responsabilités.

Agence France-Presse

«Le surendettement, tous les Français savent de quelle malédiction il s'agit», a lancé mardi le Premier ministre en présentant sa cure d'amaigrissement et en évoquant une dette qui «chaque seconde» augmente de 5.000 euros. Avant d'espérer «qu'en écoutant ces phrases, un certain nombre de nos concitoyens disent +oui, peut-être qu'il a raison+», a-t-il ajouté.

François Bayrou a laissé ses ministres faire le service après vente mais «des explications de texte» sont prévues dans ses déplacements hebdomadaires qui se poursuivront tout l'été pour convaincre, explique son entourage.

Des arguments sont prêts à être distillés: l'Etat prend grandement sa part - la moitié - des 44 milliards d'économies prévues et l'effort est partagé, fait-on valoir.

Une manière pour le Premier ministre de passer par dessus l'Assemblée nationale, où il n'a pas de majorité, et un monde politique «en voie de division, de progressive violence et de délitement», selon ses termes.

«Irresponsabilité»

Un proche dénonce par exemple la «totale irresponsabilité» des députés sur les mesures de simplification, que François Bayrou va au final faire passer par ordonnances. Il faut qu'"on avance" même sans majorité, soutient un responsable du camp présidentiel.

François Bayrou n'a pas le choix, estime un député Renaissance. Jouer l'opinion «c'est sa seule façon de renverser le jeu» et de «faire changer d'avis les députés» sur la censure.

«Personne ne remet en cause l'Himalaya qui est en face de nous, la nécessité de faire des économies et de soutenir la croissance. C'est pour cela qu'on croit qu'il existe un chemin», fait valoir une source gouvernementale. Les oppositions «mettent la barre assez haut. Mais il vaut mieux travailler avec nous, essayer de négocier et attendre 2027 patiemment», ajoute-t-elle.

En exprimant sa disponibilité pour «dialoguer» avec les forces politiques à condition de rester dans le périmètre d'économies annoncé, François Bayrou contraint ainsi les parlementaires à trouver des solutions alternatives et donc, à défaut, à assumer la censure. «Est-ce que la 7e puissance mondiale peut se priver d'un budget pour la deuxième fois?», demande une source au sein de l'exécutif.

Avec son plan exposé au «pays tout entier», le chef du gouvernement parvient en outre à changer l'image de celui qui ne réformait pas et était accusé d'immobilisme. «L'idée qu'il ne fait rien devrait diminuer dans l'opinion», selon Brice Teinturier, directeur délégué de l'institut Ipsos.

«Nécessaire»

Le Premier ministre essaie «de jouer sur les deux tableaux», l'opinion et l'Assemblée, estime-t-il. «Il a besoin de points d'appui dans l'opinion pour surmonter les oppositions» mais ses remèdes de cheval auront du mal à le rendre populaire, alors qu'il est au plus bas dans les sondages sur cet aspect. «Ce n'est pas en proposant du sang et des larmes que vous embarquez les gens».

Reste à savoir, selon M. Teinturier, si les Français se montreront «résignés» à avaler la potion ou «en colère», à l'instar de la CGT qui a déjà appelé à la «mobilisation».

Si deux tiers des Français, selon l'institut Elabe, partagent le constat que le «pronostic vital» du pays «est engagé» sur la dette, ils sont partagés sur les solutions, opposés à la suppression de deux jours fériés mais favorables à revoir certaines niches fiscales.

Une majorité de Français (57%) jugent «nécessaire» le plan d'économies et soutiennent largement (74%) la contribution «de solidarité» pour les hauts revenus, selon l'Ifop, mais beaucoup moins les autres mesures.

Quand à l'impopularité du Premier ministre, elle lui donne «les coudées franches pour avancer des mesures» jugées radicales, avance une source au sein de l'exécutif.

Car «qu'importe le risque», a lancé mardi François Bayrou qui rêve de tomber - si c'était le cas - la tête haute comme son lointain prédécesseur Pierre Mendès France.

Sauf que ce dernier n'a pas été renversé sur un budget et avait tissé avec ses «causeries au coin du feu» un «lien direct» avec les Français «qui l'appréciaient», rappelle le constitutionnaliste Benjamin Morel.