Espagne «Tout le monde se sent très mal»: l’Andalousie bouleversée après le drame ferroviaire

Basile Mermoud

19.1.2026

Quand les sirènes des ambulances et des voitures de police ont déchiré le silence de la nuit, Manuel Muñoz a immédiatement compris que quelque chose de grave s'était passé dans sa petite ville d'Andalousie. Il s'est aussitôt précipité pour prêter main forte aux secours.

La collision entre deux trains à grande vitesse dimanche soir en Andalousie, dans le sud de l'Espagne, a fait au moins 39 morts, selon le dernier bilan confirmé lundi matin à l'AFP.
La collision entre deux trains à grande vitesse dimanche soir en Andalousie, dans le sud de l'Espagne, a fait au moins 39 morts, selon le dernier bilan confirmé lundi matin à l'AFP.
AFP

Agence France-Presse

«La première chose que l'on a faite a été de venir au centre municipal d'accueil. On a commencé à ramener de l'eau, des couvertures, tout ce qu'on pouvait», raconte lundi à un journaliste de l'AFP cet habitant de 60 ans d'Adamuz, petite ville de 4.000 habitants où s'est produite dimanche soir une collision entre deux trains qui a fait au moins 39 morts.

Manuel Muñoz a été l'un des tout premiers habitants à proposer son aide, déchargeant notamment des fourgonnettes remplies de produits de première nécessité, pendant que les services de secours s'affairaient sur le lieu du drame, à quelques kilomètres de là.

«Nous sommes arrivés en même temps que les premiers blessés. On est partis ensuite car on commençait à gêner le travail des professionnels», poursuit cet employé d'une usine d'huile d'olive. Le village est «très bouleversé», dit-il.

Adamuz, baigné d'un soleil éclatant lundi, offre l'image typique du village andalou, avec ses collines d'oliviers à perte de vue et sa douceur hivernale. Mais après la tragédie survenue dimanche, cette commune située à une trentaine de kilomètres de Cordoue connaissait lundi une agitation inhabituelle, avec de nombreux journalistes présents.

Venu aux côtés d'autres membres de son gouvernement et de représentants des autorités régionales, le Premier ministre Pedro Sánchez a promis une «transparence absolue» et la «vérité» sur les causes de cet accident ferroviaire qui a provoqué une onde de choc dans tout le pays.

«Tout le monde se sent très mal»

Dans la salle municipale où il s'est adressé à la presse, des couvertures données par les habitants sont empilées ça et là. Pour Mariana Costa, 65 ans, l'élan «merveilleux» de «solidarité» observé depuis quasiment 24 heures n'est pas surprenant face à «la peine» ressentie collectivement.

Fermé le dimanche, un magasin a rouvert ses portes exceptionnellement pour distribuer «du pain, des sandwiches, des boissons, de tout», se rappelle-t-elle. «Aujourd'hui, tout le monde a un peu le moral en berne», poursuit-elle. «Ce n'est pas possible...», soupire-t-elle.

Dans l'après-midi, le maire d'Adamuz, Rafael Angel Moreno, a «remercié» les habitants qui «se sont mobilisés depuis le début». «Tout ce que l'on avait sous le coude a été mis à disposition», a-t-il affirmé, déplorant un accident «tragique» lors d'une prise de parole au côté du Premier ministre et du président de la région.

Mais cet élan de solidarité et d'entraide est loin de pouvoir faire oublier les messages de désespoir publiés sur les réseaux sociaux par de nombreuses familles de victimes, certaines toujours sans nouvelles des leurs.

«Tout le monde se sent très mal», résume simplement Sonia, femme de ménage de 49 ans qui n'a pas souhaité donner son nom de famille. «Que notre village soit connu pour (ce drame)... Si seulement ça l'était parce qu'on avait gagné à la loterie ou pour quelque chose de joyeux. Mais ça... On n'arrive pas à y croire», souffle-t-elle.