Ukraine: Biden et Poutine tentent de désamorcer les tensions

ATS

7.12.2021 - 22:57

Joe Biden et Vladimir Poutine ont eu mardi un échange à haut risque de deux heures, avec pour principal enjeu la crainte d'escalade militaire en Ukraine.

Joe Biden et Vladimir Poutine ont dialogué par vidéoconférence (Photo prétexte)..
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7.12.2021 - 22:57

La discussion entre les présidents américain et russe avait débuté à 16h07 (suisse) précises, selon Washington, par un échange de politesses diffusé par la télévision russe. «C'est bon de vous revoir», a déclaré Joe Biden.

«Je vous salue, monsieur le président», a dit Vladimir Poutine, souriant, assis à une longue table, face à un écran sur lequel apparaissait son homologue. Le président russe se trouvait dans sa résidence de Sotchi, station balnéaire au bord de la mer Noire.

Le président américain a participé à la conversation depuis la «Situation Room» de la Maison Blanche, une salle ultra-sécurisée d'où l'exécutif américain pilote les interventions militaires sensibles, et fermée aux journalistes.

Informer les alliés européens

Les Etats-Unis, accusés de faire cavalier seul lors du retrait d'Afghanistan et de mener certains dossiers internationaux sans trop d'égards pour leurs alliés, insistent lourdement sur leur étroite coordination avec les Européens et les Ukrainiens.

Joe Biden et les alliés européens des Etats-Unis ont à nouveau souligné mardi leur attachement à «l'intégrité territoriale de l'Ukraine», après le sommet virtuel entre le président américain et le président russe Vladimir Poutine.

M. Biden a informé les dirigeants français, allemand, italien et britannique de sa discussion avec le chef d'Etat russe, avec qui il a évoqué «les graves conséquences d'une intervention militaire russe en Ukraine et le besoin d'une désescalade et d'un retour à la diplomatie», précise le communiqué de la Maison Blanche.

Joe Biden doit également, dans les jours qui viennent, rendre compte de la conversation au président ukrainien Volodymyr Zelensky, avait annoncé l'exécutif américain lundi.

«Stable» et «prévisible»

L'espoir du président américain d'établir une relation «stable» et «prévisible» avec la Russie, exprimé en juin lors d'un sommet en personne entre les deux hommes à Genève, semble avoir vécu, au moins pour le moment.

Washington, l'Otan et Kiev accusent Moscou de masser des troupes à la frontière avec l'Ukraine en vue d'attaquer le pays. Le scénario rappelle 2014 et l'annexion russe de la péninsule de Crimée, puis le déclenchement dans l'est ukrainien d'un conflit armé qui a fait plus de 13'000 morts.

Le Kremlin dément tout projet d'invasion. Et Moscou reproche à Washington de négliger ses propres préoccupations: l'activité accrue des pays de l'Otan en mer Noire, la volonté ukrainienne de rejoindre l'alliance atlantique et l'ambition de Kiev de s'armer auprès de l'Occident.

«La Russie n'a jamais eu l'intention d'attaquer qui que ce soit mais nous avons des lignes rouges», a assuré lundi Dmitri Peskov, le porte-parole du Kremlin.

Beaucoup d'observateurs, en Europe et aux Etats-Unis, pensent que Vladimir Poutine bluffe avec le déploiement de forces aux frontières de l'Ukraine, mais peu écartent complètement l'hypothèse d'une attaque.

Sanctions

Si Moscou devait passer à l'acte, un haut responsable de la Maison Blanche a prévenu que les Etats-Unis «répondraient favorablement» à une demande de présence militaire américaine accrue en Europe de l'Est et soutiendraient davantage l'armée ukrainienne.

Washington brandit aussi la menace de sanctions économiques contre le régime russe. Et assure qu'elles seraient plus douloureuses que celles qui se sont empilées sans grand effet sur la Russie depuis 2014.

«Nous savons bien que la partie américaine a une addiction aux sanctions», a ironisé mardi le porte-parole du Kremlin.

L'Union européenne est elle aussi prête à adopter des sanctions supplémentaires contre la Russie, a prévenu mardi la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.

Vladimir Poutine a en outre proposé mardi à Joe Biden de lever toutes les mesures de rétorsion visant les missions diplomatiques de leurs deux pays prises ces derniers mois en pleines tensions entre les Etats-Unis et la Russie. Selon le Kremlin, les relations entre Moscou et Washington «ne sont pas dans un état satisfaisant».

La tenue de ce sommet virtuel Biden-Poutine est déjà un succès pour la Russie, qui se veut une puissance géopolitique incontournable et arrache ainsi au moins temporairement le président américain à sa grande priorité stratégique, la rivalité avec la Chine. Cela faisait quelques semaines que le Kremlin réclamait un face-à-face entre les deux présidents.

Au-delà de l'Ukraine, les deux parties ont souligné l'importance de travailler ensemble contre la cybercriminalité, alors que l'Occident accuse la Russie de piloter des attaques informatiques contre ses rivaux. Et les dirigeants ont dit «espérer» une reprise constructive des négociations sur l'accord concernant le nucléaire iranien.

ATS