Un nouveau président fin janvier: Mario Draghi favori

ATS

4.1.2022 - 11:28

Le parlement italien est convoqué le 24 janvier pour élire le président de la République. Un poste prestigieux pour lequel l'actuel Premier ministre Mario Draghi est donné favori, au risque de déstabiliser la péninsule bien en peine de lui trouver un successeur.

Mario Draghi est crédité d'avoir réussi à gérer la crise sanitaire et amorcé des réformes (archives).
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4.1.2022 - 11:28

Même si ses fonctions sont en théorie essentiellement honorifiques, le président de la République italienne a un rôle-clé en cas de crise gouvernementale.

C'est d'ailleurs dans ce contexte que le président sortant Sergio Mattarella, dont le septennat s'achève le 3 février, a recouru en février 2021 à l'ex-chef de la Banque centrale européenne pour succéder à Giuseppe Conte, qui avait perdu sa majorité au parlement.

Large coalition

Mario Draghi, 74 ans, est depuis cette date à la tête d'une large coalition gouvernementale allant de la gauche à la Ligue souverainiste de Matteo Salvini en passant par la droite de Silvio Berlusconi, qui à 85 ans se verrait bien président mais est jugé clivant, sans oublier ses casseroles judiciaires.

A la tête de cet attelage hétéroclite, ce personnage apprécié des partenaires internationaux de la péninsule, notamment Bruxelles, est crédité d'avoir réussi à gérer la crise sanitaire et amorcé des réformes (numérisation, réforme de l'administration publique, transition écologique...), tout en utilisant la manne du méga-plan de relance européen post-pandémie.

La troisième économie de la zone euro en est la première bénéficiaire avec 191,5 milliards d'euros (198,6 milliards de francs) prévus sur la période 2021-2026.

Draghi, qui s'est bien gardé de s'exprimer publiquement sur son éventuel intérêt pour la présidence, «est par défaut le candidat favori, parce que je ne vois personne d'autre qui puisse actuellement être soutenu par tous les partis politiques», estime Lorenzo Codogno, professeur invité à la London School of Economics, dans un entretien avec l'AFP.

Le problème de la succession

L'accession de M. Draghi à la présidence de la République poserait le problème épineux de lui trouver un successeur capable de maintenir la cohésion de la majorité actuelle, qui tire déjà à hue et à dia, et pourrait conduire à des élections anticipées.

Nombreux sont ceux qui préféreraient d'ailleurs le voir rester à son poste de Premier ministre jusqu'aux élections législatives prévues en 2023 afin de poursuivre les réformes qu'il a entamées depuis un an.

«Draghi a fait un bon boulot, mais la plupart des chantiers qu'il a lancés sont encore en cours et loin d'être finis», s'inquiète Lorenzo Codogno. «Il sera crucial d'avoir un nouveau gouvernement aussi impliqué dans l'application des réformes que l'actuel».

M. Draghi n'est pas le seul en course: la presse italienne se fait l'écho depuis des semaines des différents noms circulant pour succéder à M. Mattarella, un Sicilien de 80 ans qui a su incarner l'unité dans la tempête.

Parmi les plus cités figurent notamment l'ancien président démocrate-chrétien de la Chambre des députés, Pier Ferdinando Casini, les anciens chefs de gouvernement Paolo Gentiloni, actuel commissaire européen à l'Economie, et Giuliano Amato, un fervent européen de 82 ans qui a participé à la rédaction de la Constitution européenne.

«Le moment est arrivé d'élire une femme», ont affirmé ce week-end dans une tribune des personnalités du monde de la culture. Dans ce scénario inédit, l'actuelle ministre de la Justice Marta Cartabia, 58 ans, aurait une carte à jouer, tout comme Paola Severino, 73 ans, elle aussi ministre de la Justice entre 2011 et 2013 dans le gouvernement de Mario Monti.

Election complexe

Le mode d'élection du président est plutôt complexe. Les députés et sénateurs, rejoints par des représentants de 20 régions italiennes, soit environ un millier de personnes au total, se réunissent pour voter.

Aux trois premiers tours de scrutin, une majorité des deux tiers est nécessaire, mais à partir du 4ème tour de vote la majorité simple suffit. Le vote a lieu à bulletins secrets, ce qui a réservé bien des surprises par le passé, nombre de votants n'hésitant pas à s'affranchir de la discipline partisane.

L'incertitude reste donc forte sur l'issue de cette présidentielle, «ce qui est typique de la politique italienne», observe Lorenzo Codogno avec philosophie.

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