Varsovie veut rester dans l'UE, dit le premier ministre polonais

ATS

8.10.2021 - 12:52

Le premier ministre polonais Mateusz Morawiecki a assuré vendredi que son pays souhaitait rester dans l'Union européenne, au lendemain d'une décision de justice historique qui, selon des experts, pourrait conduire au «Polexit».

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8.10.2021 - 12:52

epa09461139 Polish Prime Minister Mateusz Morawiecki at a press conference with German Chancellor Angela Merkel (not pictured) at a press conference in The Royal Lazienki in Warsaw, Poland, 11 September 2011. The German chancellor is on an official visit to Poland. EPA/Wojciech Olkusnik POLAND OUT
«La place de la Pologne est et sera dans la famille européenne des nations», estime le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki. (archives)
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La décision de la Cour constitutionnelle polonaise a contesté la primauté du droit européen sur le droit polonais, déclarant plusieurs articles des traités européens «incompatibles» avec la Constitution du pays.

Le tribunal a aussi averti les institutions européennes de ne pas «agir au-delà de leurs compétences» en s'ingérant dans les réformes du système judiciaire polonais, qui constituent une pomme de discorde majeure avec Bruxelles.

«L'entrée de la Pologne et des pays d'Europe centrale dans l'Union européenne est l'un des faits marquants de ces dernières décennies. Pour nous, mais aussi pour l'UE elle-même», a déclaré M. Morawiecki.

«La place de la Pologne est et sera dans la famille européenne des nations», a-t-il ajouté dans une publication sur Facebook après que l'ancien président du Conseil européen, et actuel chef de l'opposition centriste dans le pays, Donald Tusk a appelé à un rassemblement dimanche à Varsovie «pour défendre une Pologne européenne».

La Commission européenne a réagi sévèrement jeudi, le commissaire à la justice Didier Reynders avertissant que l'UE utiliserait «tous les outils» à sa disposition pour garantir la primauté du droit communautaire.

Avant le jugement, l'Union européenne avait prévenu que l'affaire pourrait avoir des «conséquences» pour le versement à la Pologne des fonds européens de relance, les projets polonais concernés n'ayant toujours pas reçu l'approbation de Bruxelles.

Présence dans l'UE «réellement en jeu»

Le ministre français des Affaires européennes, Clément Beaune, a qualifié vendredi le jugement du tribunal polonais d'"attaque contre l'UE». «C'est gravissime (...). C'est le risque d'une sortie de facto» de l'UE, a-t-il déclaré à BFM-TV. L'Allemagne a elle aussi appelé la Pologne à appliquer «pleinement» les règles communes de l'UE.

Icône de la liberté en Pologne, Lech Walesa, chef historique du syndicat Solidarité et premier président de la Pologne post-communiste, a appelé à de nouvelles élections nationales pour «sauver l'honneur de la Pologne».

La Pologne et d'autres pays d'Europe centrale et orientale ont rejoint l'Union européenne en 2004, 15 ans après que le mouvement syndical de Lech Walesa avait contribué à renverser le régime communiste.

Dans son message sur Facebook, M. Morawiecki a cherché à minimiser les implications de l'arrêt en déclarant que le principe de la supériorité du droit constitutionnel sur les autres sources de droit avait déjà été énoncé par les tribunaux d'autres Etats membres.

«Nous avons les mêmes droits que les autres pays. Nous voulons que ces droits soient respectés. Nous ne sommes pas un invité malvenu dans l'Union européenne. Et c'est pourquoi nous n'acceptons pas d'être traités comme un pays de deuxième catégorie», a écrit M. Morawiecki.

Mais selon des experts, cette décision, qui doit encore être publiée officiellement pour avoir force de loi, pourrait constituer un premier pas vers une sortie de la Pologne de l'UE.

«Le jugement est absolument incompatible avec le droit de l'Union européenne et il devrait tout simplement être ignoré dans les jugements des tribunaux ordinaires», a déclaré Piotr Bogdanowicz de l'Université de Varsovie. «Notre présence dans l'UE est réellement en jeu», a assuré M. Bogdanowicz à la radio TOKFM.

Adam Bodnar, ancien médiateur polonais pour les droits de l'homme, a estimé sur TOKFM que le jugement constituait un Polexit «sans le nommer».

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