Vitenam To Lam vers des pouvoirs élargis

ATS

19.1.2026 - 07:19

Les dirigeants du Vietnam se réunissent dès lundi pour un congrès quinquennal au cours duquel le secrétaire général To Lam cherchera à consolider sa mainmise sur le parti communiste. Un parti qui dirige l'une des économies les plus dynamiques d'Asie.

To Lam marche à l'extérieur du bâtiment de l'Assemblée nationale à Hanoï (archives).
To Lam marche à l'extérieur du bâtiment de l'Assemblée nationale à Hanoï (archives).
sda

Keystone-SDA

Le pays de 100 millions d'habitants est à la fois un Etat autoritaire à parti unique et un pôle économique régional grandissant, fort d'une croissance de 8% en 2025.

Plusieurs défis se dressent toutefois devant lui, notamment les tensions entre ses principaux partenaires commerciaux, les Etats-Unis et la Chine, ou des pressions environnementales et sociales de plus en plus fortes sur le plan intérieur.

Depuis son accession au poste suprême il y a seulement 17 mois, To Lam a mené une campagne anticorruption vigoureuse, réduit la bureaucratie et accéléré les investissements dans les infrastructures.

Selon des sources au sein du parti communiste, le dirigeant de 68 ans conservera son poste de secrétaire général à l'issue du congrès, organisé du 19 au 25 janvier.

Mais il vise également la présidence du pays, à l'instar de Xi Jinping chez le voisin chinois.

S'il y parvient, le Vietnam glissera d'un modèle de prise de décision collective à «un mode de gouvernement plus autoritaire», avance Le Hong Hiep, chercheur en sciences-politiques à l'institut ISEAS-Yusof Ishak de Singapour.

Réformateur

L'influence de To Lam dépendra de ceux qui obtiendront les autres postes clés du politburo pendant le congrès, en particulier au sein de la faction militaire plus conservatrice, qui s'oppose à ses réformes.

Son ascension jusqu'au sommet du pouvoir vietnamien s'est faite très rapidement après une longue carrière au sein du ministère de la Sécurité publique.

Il a été nommé président – le deuxième poste le plus important dans la hiérarchie politique vietnamienne – en mai 2024 après le limogeage de son prédécesseur pour corruption.

Moins de deux mois plus tard, le secrétaire général Nguyen Phu Trong est décédé et To Lam lui succède, abandonnant peu après la présidence.

Il a supprimé depuis des pans entiers de l'administration, abolissant huit ministères ou agences gouvernementales et réduisant de près de 150'000 le nombre de fonctionnaires, tout en lançant des projets ambitieux dans le ferroviaire et l'énergie.

Les experts estiment qu'il se concentrera désormais sur la stimulation du secteur privé, notamment dans le numérique.

Etonnamment résilient face aux nouveaux droits de douane de 20% imposés par le président américain Donald Trump, le Vietnam a enregistré une forte croissance l'an dernier.

«Inégalités»

Mais l'équilibre entre les Etats-Unis et la Chine est devenu plus difficile à trouver, tandis que les attentes augmentent au sein de la jeunesse en matière d'accessibilité au logement ou de pollution.

«Je n'ai jamais envisagé d'avoir un jour la possibilité de m'acheter une maison» faute de moyens suffisants, témoigne Kim, chercheuse de 23 ans à Hô Chi Minh-Ville, toujours logée chez ses parents.

La jeune femme, qui espère que les dirigeants vietnamiens «s'occuperont davantage des inégalités «, a demandé à être identifiée uniquement par son prénom par crainte de représailles.

Le parti communiste tolère peu les voix dissidentes et emprisonne régulièrement ses opposants, dont plus de 160 sont derrière les barreaux, selon l'organisation Human Rights Watch.

Le pouvoir politique vietnamien n'a traditionnellement pas été concentré entre les mains d'un seul dirigeant.

Son système collectif de gouvernance repose sur cinq piliers: le secrétaire général du parti, le président, le Premier ministre, le président de l'Assemblée nationale et une fonction interne au parti communiste ajoutée l'an dernier.

Si To Lam venait à être nommé simultanément aux deux postes les plus élevés, le Vietnam «ressemblera davantage à la Chine et à la Corée du Nord», estime Derek Grossman, de l'Université de Californie du Sud.