Les géants du pétrole n’en veulent pas Le grand plan de Trump pour le pétrole vénézuélien ne fonctionne pas

Philipp Dahm

14.1.2026

Le Venezuela détient les plus importantes réserves de pétrole au monde. Donald Trump souhaite voir les entreprises américaines y extraire l’or noir. Mais, entre instabilité politique, sanctions et insécurité juridique, celles-ci ont de solides raisons de renâcler à investir des milliards de dollars.

La réponse des compagnies pétrolières invitées à la Maison Blanche met en lumière le manque de solidité des plans pétroliers de Trump.
La réponse des compagnies pétrolières invitées à la Maison Blanche met en lumière le manque de solidité des plans pétroliers de Trump.
KEYSTONE

Philipp Dahm

Pas le temps? blue News résume pour toi

  • Ceux qui pensent que le coup de force de Donald Trump au Venezuela fera tomber économiquement la Russie en faisant chuter les prix du pétrole se trompent.
  • La réaction des compagnies pétrolières invitées à la Maison Blanche révèle que les plans pétroliers de Trump sont mal ficelés.
  • Face à l’avis catégorique du PDG d’Exxon, qui a qualifié le Venezuela de «pays où il ne faut pas investir», le président semble avoir décidé de passer outre cette entreprise.
  • Infrastructures vétustes, sécurité incertaine et pétrole extrêmement difficile à traiter: voilà ce qui explique la prudence des majors américaines.

«À cause de Trump! D’immenses difficultés pétrolières en Russie», titre le tabloïd allemand Bild, après l’annonce de la capture à Caracas du président vénézuélien Nicolás Maduro par des troupes américaines. La panique gagnerait le Kremlin, poursuit le journal: des groupes américains pourraient s’installer au Venezuela et y doper la production de pétrole, provoquant une chute des prix de l’or noir.

Si les Etats-Unis mettent plus de pétrole sur le marché et que les prix baissent, les revenus de Moscou chuteront également. Or, le budget de Vladimir Poutine dépend de ces fonds, écrit le journal allemand.

Il est vrai que la Russie dépend fortement de ses recettes pétrolières : selon l’Oxford Institute for Energy Studies, celles-ci représentent entre 30 % et 50% du budget national. Mais l’or noir ne se remettra pas à couler de sitôt au Venezuela, et la rentabilité même d’une relance de l’extraction reste, à ce stade, incertaine.

Le patron d'une compagnie pétrolière : "Pas fait pour investir".

L’indicateur le plus révélateur du décalage entre les espoirs de Washington et la réalité économique du sous-sol vénézuélien tient à la réaction des grandes compagnies pétrolières américaines appelées à exploiter ces ressources. Le 9 janvier, leurs dirigeants étaient reçus à la Maison Blanche, où le président leur a réclamé des investissements à hauteur de 100 milliards de dollars.

Donald Trump rencontre le 9 janvier à la Maison Blanche des représentants de l'industrie pétrolière et gazière. Entre-temps, il prend le temps de regarder par la fenêtre la salle de bal en construction.
Donald Trump rencontre le 9 janvier à la Maison Blanche des représentants de l'industrie pétrolière et gazière. Entre-temps, il prend le temps de regarder par la fenêtre la salle de bal en construction.
Image : Keystone

Selon Bloomberg, c’est le PDG d’ExxonMobil qui exprime les «réserves les plus marquées». «Si l’on considère les cadres juridiques et économiques ainsi que les conditions générales, ce n’est pas un environnement propice à l’investissement», déclare Darren Woods, rappelant que son groupe a déjà été exproprié à deux reprises dans le pays.

Trump’s reality check on Venezuela oil: He rolled out the red carpet for Big Oil at the White House, bragged about reviving Venezuela’s oil and pushing for $100 billion in U.S. investment. Exxon’s chief flat-out called Venezuela “uninvestable” without massive legal and commercial changes.

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— Christopher Webb (@cwebbonline.com) 10. Januar 2026 um 04:09

«Quelle est la pérennité de cette protection d’un point de vue financier ? Quels seront les retours sur investissement?», s’interroge le sexagénaire. «Quelles seront les mesures économiques et le cadre juridique?» Autant de questions qui, insiste-t-il, devront être tranchées pour anticiper la trajectoire des affaires sur les décennies à venir.

Donald Trump : "Je n'ai pas aimé la réponse".

Si ni ExxonMobil ni d’autres géants du secteur, comme Chevron ou ConocoPhillips, n’ont consenti à formuler des engagements concrets à la Maison Blanche, Donald Trump réserve néanmoins une irritation particulière à Darren Woods, dont il désapprouve ouvertement l’attitude.

Trump on American oil companies' work in Venezuela: "They're gonna taking the oil and they're gonna bring oil prices down"

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— Aaron Rupar (@atrupar.com) 9. Januar 2026 um 22:17

«Je n’ai pas aimé la réponse d’Exxon», s’est emporté le dirigeant de 79 ans le 11 janvier, à bord d’Air Force One. «J’aurais plutôt tendance à laisser Exxon de côté. Leur réponse ne m’a pas plu. Ils se comportent de manière trop mignonne», a-t-il lancé, dans un registre mêlant irritation et sarcasme.

La prudence des barons du pétrole n’a rien de surprenant. Plusieurs obstacles majeurs s’opposent à toute aventure industrielle au Venezuela. À commencer par l’ampleur des investissements requis pour remettre sur pied des infrastructures lourdement dégradées par des années de sous-investissement et de mauvaise gestion.

L’entreprise norvégienne Rystad Energy estime, selon la BBC, qu’il faudrait investir 8 à 9 milliards de dollars par an pour décupler la production de pétrole du Venezuela d’ici 2040. Francisco Monaldi, de l’université Rice, avance pour sa part un chiffre légèrement supérieur, de l’ordre de 10 milliards de dollars par an, selon Bloomberg.

Outre ces coûts d’entrée élevés, la sécurité de l’investissement reste un enjeu majeur. D’une part, les compagnies savent qu’une nouvelle nationalisation des activités vénézuéliennes n’est pas à exclure, comme l’ont expérimenté ExxonMobil et ConocoPhillips. D’autre part, la protection des employés contre les menaces criminelles constitue un impératif supplémentaire pour toute entreprise souhaitant s’implanter dans le pays.

The crackdowns are intensifying. The Maduro regime remains in power, with Delcy Rodríguez in command. This was never about democracy or protecting the people of Venezuela. They continue to live in danger and fear while Trump cuts deals with the regime to seize their oil.

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— MeidasTouch (@meidastouch.com) 11. Januar 2026 um 00:52

Même une fois les infrastructures rénovées et la sécurité juridique et physique assurée, rien ne garantit que l’exploitation pétrolière sera rentable dans ce pays d’Amérique du Sud.

Le pétrole vénézuélien est "très dense, très sale, très dur".

Un autre obstacle vient s’ajouter : le pétrole vénézuélien est extrêmement lourd et difficile à traiter. «Il est très dense, très sale, très dur. Et il est aussi très acide», explique Diego Rivera Rivota, de l’université de Columbia, à l’Associated Press, soulignant la forte teneur en soufre qui complique son extraction et son raffinage.

Cette caractéristique alourdit considérablement les coûts d’extraction, de transport et de raffinage. Si le prix du pétrole reste bas, l’exploitation du sous-sol vénézuélien pourrait s’avérer peu rentable. À cela s’ajoute l’augmentation des émissions générées par le processus, souligne l’Agence AP. Les États-Unis disposent toutefois des raffineries capables de traiter ce type de pétrole, note The Guardian.

It's about the oil, stupid! Venezuela has ~1/5 of the world’s proven crude reserves, or an estimated 303 billion barrels. Most other major deposits are concentrated in the Middle East. OPEC’s figures exclude Canada’s oil sands, which if included, would place Canada fourth globally in 2024.

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— Fiona "Fi" Webster 🌎🌍🌏 (@fiona-webster22.bsky.social) 3. Januar 2026 um 17:26

«Il sera difficile d’obtenir de grandes déclarations d’engagement tant que la situation politique ne sera pas complètement stabilisée, et il est impossible de dire quand ce sera le cas», prévient Claudio Galimberti, de Rystad Energy, auprès de la BBC. ConocoPhillips, géant pétrolier basé à Houston, au Texas, partage le même constat.

«ConocoPhillips suit de près l’évolution de la situation au Venezuela et son impact potentiel sur l’approvisionnement énergétique mondial et la stabilité», a déclaré un porte-parole à l’agence Reuters. «Il serait prématuré de spéculer sur les activités commerciales ou les investissements futurs», a-t-il ajouté. On peut supposer que ces réponses ne «plaisent pas» non-plus au président américain.


Notice sur l’IA: cet article a été traduit de l’allemand à l’aide de l’intelligence artificielle.