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Signaler maintenantUn siècle après la disparition de Félix Vallotton (1865–1925), Lausanne, sa ville natale, lui rend hommage. Dès vendredi et jusqu'au 15 février 2026, le Musée cantonal des Beaux-Arts (MCBA) accueille plus de 300 de ses oeuvres. Il s'agit de la plus vaste rétrospective jamais consacrée à cet artiste à l’esprit lucide et critique, et à l’humour incisif.
L’exposition «Vallotton Forever. La rétrospective», qui se tient sur le site de Platefome 10, retrace sur près de 1400 m2 le parcours d’un créateur aux multiples facettes: peintre, graveur, illustrateur et dessinateur de presse.
«Dans ses dépôts, le MCBA conserve la plus grande collection de l'artiste. Cent soixante ans après sa naissance et à l'occasion du centenaire de sa disparition, il était grand temps de le ramener dans sa ville natale», a déclaré la conservatrice en chef du MCBA Catherine Lepdor. «Il était également important de proposer une nouvelle vision du parcours de l'artiste de sa carrière, grâce aux recherches menées par la Fondation Vallotton».
Le parcours, à la fois chronologique et thématique, revient sur les grandes étapes de sa carrière. Il retrace les efforts déployés par l'artiste qui quitte Lausanne à seize ans seulement pour devenir peintre, ses débuts au Salon officiel, sa reconnaissance comme maître de la gravure sur bois, ses dessins de presse qui témoignent de son engagement social et ses illustrations de livres.
Membre du groupe des Nabis dès 1893 qui bataillent pour un art symboliste et post-impressionniste, Vallotton expose avec ces derniers «Le Bain un soir d'été», «un tableau qui sera moqué», a raconté Katia Poletti, conservatrice de la Fondation Vallotton. «Un peu vexé il se consacrera à la gravure sur bois, domaine dans lequel il connaîtra un succès croissant. Fin observateur, il décrit la vie parisienne, les foules, les accidents, les faits divers».
Après le spectacle de la rue, l'artiste s'intéresse au spectacle tout court, et surtout à son effet sur le public. Il collabore à la Revue blanche, une célèbre revue d'avant-garde et anarchiste. Il créera pour elle la série «Intimités» proposant dix sujets de situation sentimentale. Il est aussi engagé dans la défense du capitaine Dreyfus, a poursuivi Mme Poletti.
Vers la fin du siècle, Valloton revient à ses premières amours, la peinture et surprend en se tournant vers un réalisme singulier et une esthétique beaucoup plus épurée. «Il va peindre de nouveaux formats, restant en marge des mouvements dominants», a expliqué Catherine Lepdor.
Devenu une figure incontournable, il se consacre à la peinture dans toutes ses dimensions: il revisite les genres traditionnels, nus, portraits, paysages, natures mortes et scènes d’histoire. Son art, nourri d’une réflexion profonde et d’un dialogue constant avec les maîtres anciens, annonce une nouvelle voie pour la peinture figurative alors en crise.
Mme Lepdor a cité en exemple le célèbre tableau «La Blanche et la Noire» (1913), un «coup de force qui a marqué l'histoire de l'art». La femme noire n'y est pas une esclave ou une servante comme elle était hiérarchisée par ses prédécesseurs Ingres et Manet, mais une amante installée au premier plan, a-t-elle déclaré, soulignant par ailleurs la puissance des femmes chez l'artiste.
La conservatrice du MCBA a également mis en avant une «qualité technique impressionnante» et «un sens du mystère très présent» chez Vallotton. La fin de sa vie sera notamment marquée par des «paysages somptueux», presque étranges» et qui sont «sa marque de fabrique».
Si les grands plateaux du MCBA accueillent les œuvres abouties de l’artiste, une exposition satellite «Vallotton. L’ingénieux laboratoire» propose de s’intéresser à la genèse de sa création: ses modèles, ses procédés, ses techniques. Le Mudac proposera lui des tatouages avec des sujets de Vallotton.
En 1992-1993, une rétrospective présentée au Musée cantonal des Beaux-Arts avait déjà confirmé l’importance de l’artiste. Trente ans plus tard, Vallotton est devenu un incontournable, au bénéfice d’expositions à Paris, Amsterdam, Tokyo, Londres ou encore New York qui, toutes ensemble, ont accueilli près d’un million de visiteurs, a rappelé le directeur Juri Steiner directeur du MCBA.
L'année Vallotton a d'ailleurs été célébrée en Suisse par plusieurs expositions au Musée Jenisch à Vevey, au Kunst Museum Winterthur et au Museo Castello San Materno d'Ascona.