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Dans la capitale, Taipei, des personnes font la queue samedi matin dans des écoles et des temples transformés en bureaux de vote (archive).
AFP
Des électeurs taïwanais votent samedi pour décider de la révocation de députés taïwanais de l'opposition, un scrutin à fort enjeu puisqu'il pourrait conduire le camp du président Lai Ching-te à prendre le contrôle du Parlement.
Des organisations soutenues par le Parti démocrate progressiste (DPP) du chef de l'Etat cherchent à révoquer 31 députés du Kuomintang (KMT) qu'ils accusent d'être favorables à la Chine et de constituer une menace sécuritaire.
La Chine revendique en effet la souveraineté de l'archipel taïwanais et n'exclut pas de recourir un jour à la force pour en prendre le contrôle. Le KMT, qui souhaite des liens plus rapprochés avec Pékin et contrôle le Parlement avec le concours d'une autre formation, le Parti populaire taïwanais (TPP), a dénoncé ces référendums révocatoires, y voyant une manœuvre du parti présidentiel pour lui dérober le contrôle du Parlement.
Aux manettes du Parlement, KMT et TPP ont uni leurs forces pour entraver le programme du président Lai, élu en 2024, ce qui a abouti à des coupes budgétaires. Les bureaux de vote ont ouvert à 08H00 (00H00 GMT) à travers Taïwan pour trancher sur le sort de 24 députés. D'autres scrutins révocatoires concernant sept autres parlementaires du KMT doivent, eux, se tenir le 23 août.
Dans la capitale, Taipei, des personnes font la queue samedi matin dans des écoles et des temples transformés en bureaux de vote. L'AFP a vu un homme âgé arriver dans une école primaire en ambulance depuis un hôpital afin de voter en faveur de la destitution d'un parlementaire.
Une femme de 71 ans s'identifiant par son patronyme, Tseng, explique à l'AFP être opposée à la révocation des élus visés. Elle y voit une procédure «coûteuse» et argue que le gouvernement devrait plutôt «se concentrer sur l'amélioration de l'économie et de la protection sociale».
Pour espérer prendre le contrôle du Parlement, le parti du chef de l'Etat doit tabler sur au moins 12 révocations d'élus du KMT - un scénario probable à 60% selon Eurasia Group. Avant de tenter de remporter d'éventuelles élections partielles. Les résultats des scrutins doivent être publiés samedi soir.
Le PDP a perdu sa majorité parlementaire lors des élections de 2024 qui ont propulsé Lai Ching-te à la présidence. Depuis lors, le KMT et le TPP ont uni leurs forces pour contrecarrer le programme de Lai Ching-te et réduire le budget du gouvernement.
Une série de projets de loi de l'opposition, notamment des réformes visant à étendre les pouvoirs du Parlement, ont déclenché des bagarres au sein de l'assemblée législative et des manifestations massives l'année dernière. Le PDP a besoin qu'au moins 12 députés du KMT soient révoqués pour obtenir une «majorité législative éphémère», selon le cabinet de conseil en risques Eurasia Group, qui estime la probabilité d'un tel résultat à «60%».
Le parti de Lai Ching-te devrait alors remporter six sièges lors d'élections partielles plus tard dans l'année pour s'assurer le contrôle du parlement de 113 sièges, ce qui, selon Eurasia Group, serait «une tâche ardue». Les partisans du PDP se tiennent depuis des semaines devant les stations de métro, dans les parcs publics et sur les marchés alimentaires pour inciter les gens à voter en leur faveur.
Des milliers de personnes se sont rassemblées sous la pluie près du palais présidentiel jeudi pour montrer leur soutien à cette campagne. Les parlementaires du KMT, en lutte pour leur survie politique, sont également descendus dans la rue pour persuader les électeurs de s'opposer à leur révocation.
«Nous demandons sincèrement à tous nos concitoyens et amis de voter demain, à utiliser notre vote pour s'opposer à cette destitution et ramener à la normale la situation à Taïwan», a déclaré vendredi le législateur du KMT Hung Mong-kai, qui fait face à une révocation potentielle.
Dafydd Fell, politologue de la School of Oriental and African Studies de l'université de Londres estime qu'il reste néanmoins difficile pour le PDP de prendre le contrôle du parlement. «Même si certains parlementaires du KMT sont destitués, d'autres politiciens du parti pourraient regagner leurs sièges lors des élections partielles qui s'ensuivront», a-t-il détaillé.
Pour le politologue Liu Chia-wei, de l'Université nationale de Taipei, le scrutin est devenu un «duel idéologique» entre le PDP et le KMT, alors que la Chine pesait lourdement dans la balance.
Le principal organe politique taïwanais chargé des questions relatives à la Chine a déclaré cette semaine qu'il existait des «preuves tangibles» que Pékin tentait de «s'ingérer» dans le processus électoral.
La Chine considère que Taïwan fait partie de son territoire et n'exclut pas d'employer un jour la force pour placer l'île sous son contrôle. Le gouvernement de Lai Ching-te a mis en garde à plusieurs reprises contre la menace croissante que représentent l'espionnage, la désinformation et les cyberattaques de la part de la Chine. L'opinion publique apparaît divisée face à ces élections.
Aaron Yu, 32 ans, dit soutenir la campagne car «la plupart des projets de loi adoptés par les législateurs du KMT sont pro-Chine». Mais Sharon Chen, employée dans un restaurant, est plus critique: «Ce n'est pas parce qu'un certain parti a perdu qu'il ne peut pas accepter le résultat et qu'il veut maintenant révoquer quelqu'un que le peuple a choisi. Je trouve cela absurde», estime la sexagénaire.