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Des policiers tentent d’éteindre une voiture en feu à L’Estaque, un quartier de Marseille, dans le sud de la France, le 8 juillet 2025, alors qu’une fumée provenant d’un incendie de forêt s’élève.
AFP
«On nous a jetées sur le bord de la route», témoignent, encore très secouées, trois femmes évacuées de leur maison gagnée par les flammes, sur les hauteurs du 16e arrondissement de Marseille, dans le nord de la ville.
Elles déjeunaient tranquillement sur leur terrasse, sur les hauteurs du quartier Saint-Henri, au dessus de la cité de la Castellane. Et puis la piscine est devenue verte d'un seul coup. Elles comprennent que le feu arrive.
Puis elles voient les flammes arriver. «On tournait en rond, on paniquait. On a fermé les fenêtres, mis du linge humide sous les portes. A un moment, on a voulu sortir mais on a vu le résultat, il y avait des étincelles partout, on avait peur que nos cheveux prennent feu», témoigne Jackie Moeneclaey, retraitée, grands yeux bleus encadrés d'un carré blond.
«Le crépitement des flammes tout autour de la maison, c'était l'horreur. Les voisins avaient des lauriers roses magnifiques sur leur terrasse, ça brûlait, j'avais peur. On s'est vu mourir, on a été encerclées, on a eu peur», ajoute Farida, qui n'a pas souhaité donner son nom de famille.
Puis les pompiers sont arrivés. Ils ne savaient plus où donner de la tête, expliquent-elles. «Ils sont venus nous chercher, ils nous ont dit de ne rien prendre, on a laissé nos sacs avec l'argent dedans, la maison toute ouverte. Ensuite on nous a mis dans une ambulance puis des policiers nous ont pris en charge et ils nous ont jetées là, sur ce rond-point, même pas dans une mairie ou un gymnase pour nous reposer», ajoute Jackie Moeneclaey.
Farida, 76 ans, a «les jambes en coton». Elles ont juste leur téléphone et une petite bouteille d'eau et attendent qu'un ami vienne les chercher.
Alors que les évacuées racontent leur fuite forcée, des policiers bloquent plusieurs sorties du rond-point, situé entre les quartiers Saint-André et Saint-Henri. Sur les autres artères, de longs embouteillages donnaient un air d'exode, plus tôt dans l'après-midi, à ces quartiers déshérités du nord de la deuxième ville de France.
Des hélicoptères bombardiers d'eau survolent la scène et les rues sont plongées dans une fumée épaisse, balayées par des bourrasques très violentes. Un homme à trottinette passe et s'arrête pour distribuer gentiment des masques à chaque passant, car l'air est irrespirable.
Un livreur en scooter tente de passer. «Pour l'instant, la commande je m'en tamponne, il y a un feu, vous descendez par là bas», tonne un policier municipal.
Deux femmes qui s'occupent d'un cabinet médical viennent demander conseil à la police: elles ont des adolescents venus consulter, coincés avec elles. Qu'elles restent confinées pour l'heure, leur disent les autorités.
Au même moment, tout le monde reçoit sur son téléphone une «alerte extrême» des autorités pour «feu de forêt»: «confinez-vous dans un bâtiment en dur. Fermez volets et portes», enjoint le message.
De l'autre côté du rond-point une quinzaine d'enfants sont assis par terre, ils attendent leurs parents. Juste avant cet ordre de confinement, on leur a demandé d'évacuer une école qu'ils occupaient pour un centre de loisirs d'été. Certains se protègent sous des serviettes de plage. Les animateurs tentent de les faire rire.
«On nous a demandé d'évacuer l'école. On avait 70 enfants à rapatrier, c'est un peu le cirque. Là il nous en reste une quinzaine mais les parents sont bloqués. Si les gens restaient chez eux sans bouger ça irait mieux. On a un petit qui a eu un peu peur car une maman est arrivée et elle a affolé tout le monde», explique Nadine Ruopoli, présidente de l'association «Une autre image», qui gère un centre de loisirs.
«Franchement j'ai peur parce que c'est choquant, j'hésite à partir mais je sais pas où aller. J'ai vite couru pour venir le chercher», raconte Ida, qui s'est précipitée pour récupérer son fils à pied. «On arrive pas à respirer ni à voir, ça nous pique les yeux», ajoute-t-elle.