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«Ils piétinent la Constitution et l'État»

Le Kosovo s’enfonce dans la plus grave crise politique de son histoire

Conférence de presse du Premier ministre du Kosovo, Albin Kurti, le 21 juillet 2025.

Conférence de presse du Premier ministre du Kosovo, Albin Kurti, le 21 juillet 2025.

IMAGO/Anadolu Agency

Secoué par des mois de crise politique, le Kosovo est sur le point de franchir ce weekend une limite cruciale, fixée par la Cour constitutionnelle : les députés ont jusqu'à minuit samedi pour désigner leur président. Une élection qui a déjà échoué à 51 reprises depuis février.

AFP

AFP

25.07.2025, 07:18

Sans président élu d'ici là à la tête de l'Assemblée, le pays le plus jeune d'Europe plongerait dans la plus grave crise politique de son histoire, aux conséquences imprévisibles.

«C'est sans précédent, le chaos pourrait être infini car la constitution ne dit pas quoi faire ensuite», analyse pour l'AFP Mazllum Baraliu, professeur de droit constitutionnel à l'université de Pristina.

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«Quand ce fut mon tour, vers minuit...»

Kosovo: «Violer était devenu aussi normal que de prendre une douche»

La crise a commencé avec les élections remportées par le parti au pouvoir Vetëvendosje ("Autodétermination" – VV, centre gauche). La formation du Premier ministre sortant Albin Kurti, avec 48 sièges sur 120, n'a pas obtenu de majorité absolue et ne parvient pas à trouver de partenaire de coalition. Conséquence: le parlement issu des législatives se réunit tous les deux jours, et échoue à chaque fois à élire son ou sa présidente. Or sans parlement totalement constitué, pas de gouvernement, dit la loi.

Pour tenter de résoudre la situation, la Cour Constitutionnelle est intervenue le 26 juin et a donné 30 jours aux députés pour élire leur président ou présidente - 29 jours plus tard, le parlement est plus divisé que jamais - et toujours sans personne à sa tête. «Cent vingt députés piétinent la Constitution et l'État au lieu de les protéger. C'est absurde», balaye Mazllum Baraliu.

Cirque

Militants associatifs, experts, observateurs... nombreux sont ceux qui tiennent les parlementaires et leurs partis pour responsables «C'est sans doute la plus sérieuse, la plus longue et la plus grave crise de l'histoire du Kosovo, en tout cas depuis l'indépendance» de la Serbie déclarée en 2008, estime Eugen Cakolli, l'un des responsables de l'Institut démocratique du Kosovo (KDI), une ONG.

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160'000 personnes

La diaspora kosovare en Suisse, le lien entre les deux pays

«La situation a dépassé toutes les limites et est devenue intolérable. Le parlement s'est transformé en cirque», ajoute-t-il. Pour Safet Gerxhaliu, professeur d'Economie, «ce sont les citoyens qui vont payer le prix le plus fort de cette ... expérience politique. Qui risque de plonger le pays dans une impasse institutionnelle».

«Le Kosovo est dans une situation inquiétante. Sous sanctions européennes. Le processus d'adhésion [à l'UE, ndlr] est gelé. Le Kosovo a été oublié par l'UE», s'alarme M. Gerxhaliu.

Coût

La paralysie institutionnelle pourrait coûter 883 millions d'euros au pays, met en garde Njomza Arifi, chercheuse au sein du Groupe d'études politiques et économiques (GLPS). De l'argent que le Kosovo «devrait recevoir dans le cadre du plan de croissance» pour les Balkans occidentaux mis en place par l'UE.

«On court le risque de devoir reprendre les négociations [pour ce plan d'aide] du début, et donc de prendre du retard dans le versement des fonds. On court même peut-être le risque que ces fonds soient attribués à d'autres pays des Balkans occidentaux», s'inquiète-t-elle. Si la frustration est grande, elle n'a jusqu'à présent donné lieu à aucune manifestation d'ampleur.

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Attaque d'un canal crucial

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Un avocat, Arianit Koci, a toutefois décidé de mener sa propre guerre contre les parlementaires en multipliant les actions spectaculaires. Lundi, il s'est rasé le crane devant l'Assemblée, pendant qu'à l'intérieur les députés échouaient pour la 50e fois à élire un président. Quelques jours avant, il avait fait venir des ânes - une allusion à peine voilée à ce qu'il pense des membres de l'Assemblée.

La présidente du Kosovo, Vjosa Osmani, a demandé mardi à la Cour constitutionnelle de donner son interprétation des conséquences si les parlementaires ne se mettaient pas d'accord avant samedi minuit.

«C'est une tentative d'empêcher des conséquences irréparables pour l'ordre constitutionnel du pays», a-t-elle mis en garde. Quant au Premier ministre sortant, Albin Kurti, interrogé lundi sur ce qui pourrait se passer après le délai donné par la justice, il s'est contenté de répondre qu'il «ne savait pas».

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