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Cette photo prise le 30 mai 2025 montre la chamane Yang Su-bong tenant des drapeaux rituels après une interview avec l'AFP à son domicile à Incheon. Le résultat des élections présidentielles de cette semaine en Corée du Sud est encore inconnu, mais la chamane Yang Su-bong a déclaré à l'AFP que le vainqueur lui était apparu dans une vision il y a plusieurs années. (Photo par Pedro Pardo / AFP) / À LIRE AVEC « SKOREA-VOTE-RELIGION-SHAMANS, FOCUS » PAR SHIM KYU-SEOK
AFP
Le résultat de la présidentielle de mardi en Corée du Sud n'est pas encore connu, mais la chamane Yang Su-bong affirme à l'AFP que le vainqueur lui est apparu dans des visions il y a des années. «Depuis le début, j'ai vu Lee Jae-myung devenir président», assure-t-elle.
«J'ai vu en lui une aura présidentielle», ajoute la chamane dans son bureau de la ville portuaire d'Incheon, à l'ouest de Séoul. Lee Jae-myung, le candidat du parti démocrate de centre-gauche, est donné favori dans les sondages face au conservateur Kim Moon-soo.
Yang Su-bong, une «mudang», chamane traditionnelle coréenne, raconte avoir été confrontée à des «critiques et même des menaces» à cause de sa prédiction favorable au premier. «Mais je ne peux pas mentir sur ce que je vois. Ce n'est pas la voie d'une véritable chamane», se défend-elle.
Le chamanisme façonne la culture et les croyances des Coréens depuis des siècles. Les Sud-Coréens continuent de consulter régulièrement des chamanes pour tous les sujets, de leur vie amoureuse à leurs décisions professionnelles les plus importantes. Le registre de la plus grande organisation chamanique du pays compte 300'000 praticiens.
Les «mudang» disent agir comme des intermédiaires entre le monde des esprits et la vie quotidienne. Leurs cérémonies élaborées, appelées «gut», peuvent durer des heures, mêlant musique cacophonique, chants et prières pour éloigner les mauvais esprits ou favoriser une bonne récolte.
Certains chamans utilisent aujourd'hui les réseaux sociaux pour exercer, diffusant en direct sur YouTube et prodiguant des conseils en visioconférence.
Des films à succès comme «Exhuma», un thriller dans lequel un groupe de chamans affronte un esprit maléfique, ont ravivé l'intérêt du public pour le sujet.
Mais cette religion populaire a aussi été mise sous les projecteurs pour de mauvaises raisons. Deux destitutions présidentielles ont été liées à des soupçons d'influence indue de chamans.
En 2017, la présidente Park Geun-hye a été démise de ses fonctions pour un scandale de trafic d'influence commis sous l'influence d'une mystérieuse «conseillère chamanique», devenue son éminence grise.
Le président déchu Yoon Suk-yeol et son épouse Kim Keon-hee ont également été accusés d'avoir consulté des chamans douteux pour prendre des décisions capitales, y compris, selon certains, la déclaration de la loi martiale.
Ce genre d'allégations suscite une «réaction émotionnelle intense» dans la société sud-coréenne, en partie parce que l'histoire du pays est marquée par des dirigeants égarés par des conseillers spirituels sans scrupules, explique à l'AFP Lee Won-jae, sociologue à l'université KAIST. «Lorsqu'il s'agit de dramatiser la politique, rien n'est aussi efficace que d'invoquer des thèmes chamaniques», souligne-t-il.
Le chaman Lee Dong-hyeon, connu sous le nom d'Ohbangdoryeong – «gardien des cinq directions» -, affirme avoir été approché par des politiciens locaux après avoir prédit il y a trois ans la chute soudaine de M. Yoon.
«Pour devenir une grande personne, il faut apprendre à porter des fardeaux» et Yoon Suk-yeol «n'a pas cette destinée», déclare-t-il à l'AFP. «Malgré son âge, il manque de jugement».
Basé à Busan (sud-est), Ohbangdoryeong pratique des «rituels de l'épée»: il lèche la lame tranchante d'un couteau pour recevoir des messages des divinités.
Il doute que Lee Jae-myung, le favori de la présidentielle, parvienne à mettre fin à la tourmente politique en Corée du Sud. «Les choses se stabiliseront pendant deux ans. Mais ensuite il y aura des effusions de sang, des purges politiques», présage-t-il sombrement.
Une prophétie que partage Hong Myeong-hui, une chamane basée à Daegu (sud-est). Selon elle, le candidat conservateur Kim Moon-soo porte en lui un «feu calme», alors que l'énergie de Lee Jae-myung est «rapide et dévorante, comme un feu de forêt au printemps».
«Son mandat sera orageux», augure Mme Hong, qui se fait appeler Sundol. «La prophétie n'est pas là pour faire plaisir. Elle est là pour dire la vérité. Et la vérité peut être inconfortable», ajoute-t-elle.
A Incheon, la chamane Yang reconnaît que des personnes influentes viennent la consulter, mais se refuse à livrer leur nom. Les riches et les puissants sont attirés par les chamans, car «ce que nous disons résonne», dit-elle.
«Ils veulent des conseils sur l'avenir», explique-t-elle. «Parfois, une petite impulsion change leur trajectoire. C'est ce qu'ils viennent chercher».