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Si plusieurs dizaines de fusillades ont été décomptées à Nantes l'an dernier, aucun mort lié au narcotrafic n'avait été enregistré, de même qu'en 2024 (archives).
AFP
Le dernier mort est tombé en plein jour, près d'une allée fréquentée. Avant lui, depuis la fin avril, trois autres jeunes hommes ont été tués à Nantes sur fond de narcotrafic. «Ça s'arrêtera quand?», s'interrogent les riverains, apeurés par cette poussée de violence.
Éducateur au club de foot du quartier populaire de la Bottière, où deux jeunes hommes ont été tués ces dernières semaines, Wahib, 50 ans, explique: «Il y avait déjà des fusillades ici, mais on a passé un cap, un degré de violence.»
Sweat-shirt noir, lunettes à monture dorée, il se souvient d'un soir, l'an dernier, où des tirs ont résonné tout près du stade alors que les 12-13 ans terminaient l'entraînement. «Avant ils tiraient dans le décor ou dans les jambes, maintenant ils donnent la mort», soupire l'éducateur.
Jeudi, aux alentours de 12h30, un jeune homme de 18 ans a été visé par les tirs en rafale d'individus cagoulés aux commandes de deux motos électriques.
Ce nouveau «meurtre en bande organisée» s'inscrit «sans qu'il soit possible d'en douter» dans le cadre d'un «règlement de comptes sur fond de narcotrafic» et de «guerre de territoire», a affirmé le procureur de la République de Nantes, Antoine Leroy.
Le magistrat n'a pas d'«explication univoque» à donner sur l'enchaînement de ces faits mais note une sérialité «inédite» à Nantes.
À la Bottière, aux pieds des barres d'immeubles, des habitants redoutent la «balle perdue». «Ça s'arrêtera quand? Jeudi c'était à 500 mètres d'une école. Et si un enfant passait par là? On sait qu'il y en a, des victimes collatérales», s'inquiète une mère de famille de 41 ans, qui comme la plupart des habitants croisés par l'AFP préfère rester anonyme.
Le 14 mai dans la soirée, c'est un adolescent de 15 ans qui a été tué, et deux autres jeunes blessés, dans le quartier du Port Boyer, sur un point de deal «très convoité», expliquent les autorités. Selon les premiers éléments de l'enquête, la victime n'était pas liée au narcotrafic.
D'après le préfet de Loire-Atlantique, Fabrice Rigoulet-Roze, ce point de deal a depuis été démantelé. Une source policière en dénombre une trentaine à travers la ville.
«Non seulement il n'y a aucun découragement, mais il y a une volonté de mener ce combat dans l'intérêt des habitants», a affirmé à l'AFP le préfet, qui a engagé une présence policière «renforcée» dans plusieurs quartiers.
31 armes longues ont par ailleurs été saisies entre janvier et juin, selon la préfecture, contre 14 à la même période en 2025. Si plusieurs dizaines de fusillades ont été décomptées à Nantes l'an dernier, aucun mort lié au narcotrafic n'avait été enregistré, de même qu'en 2024.
«Chaque année, on a des blessés», rappelle le directeur interdépartemental adjoint de la police nationale, Éric Eudes. Il note à l'heure actuelle une «tension conjoncturelle» avec des narcotrafiquants qui «tentent de s'accaparer des points de deal».
Une source syndicale explique de son côté que «le processus est partout le même»: «Ils veulent récupérer le point du voisin et c'est celui qui est le plus puissant, ou le plus violent, qui gagne la mise à la fin.»
Peu avant 22h00 le 26 mai, dans le quartier la Halvêque, tout près du stade de la Beaujoire, deux individus le visage masqué, là encore juchés sur un deux-roues, ont pris en chasse un jeune homme de 20 ans. Touché par balle, il est mort sur place, près de riverains qui prenaient l'air en cette soirée de canicule.
À Port Boyer, «cela fait un moment qu'on voit des très jeunes garçons qui dealent devant certains immeubles ou dans le hall», observe un homme d'une cinquantaine d'années, qui se dit «inquiet» pour ses jeunes voisins.
La maire PS de Nantes, Johanna Rolland, appelle de son côté à une «mobilisation générale contre le narcotrafic», visant à la fois la «prévention» auprès des jeunes et le «démantèlement des réseaux».
Une réunion de quartier s'est tenue vendredi à la Bottière, entre habitants et acteurs associatifs notamment. «Une assistante sociale qui se déplace d'immeuble en immeuble se demandait si elle pouvait continuer à travailler comme elle le fait», raconte Wahib, l'éducateur sportif. Il ajoute: «Les associations veulent continuer d'exercer, mais simplement en sécurité. On ne peut pas abandonner les jeunes.»