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François Bayrou déroute à gauche comme à droite, cultivant le flou sur son identité politique.
IMAGO/Le Pictorium
Il évite la censure des socialistes tout en se faisant acclamer par le RN en évoquant un «sentiment de submersion» migratoire. S'érige en rénovateur de la démocratie en défendant le cumul des mandats: François Bayrou déroute à gauche comme à droite, cultivant le flou sur son identité politique.
«Certains découvrent que Bayrou n'est pas un dangereux Bolchevik», s'amuse un de ses proches. Les socialistes notamment, qui se sont étranglés en entendant le Premier ministre évoquer un «sentiment de subversion» migratoire sur LCI.
Les négociations avec le PS pour éviter la censure ont beau être engagées depuis mi-décembre, cet emprunt au vocabulaire de l'extrême droite manque tout faire capoter.
De droite, François Bayrou ? Lors de sa déclaration de politique générale, le centriste a cité Marc Sangnier (1873-1950), figure du christianisme social. «Il vient de la famille démocrate-chrétienne. Il peut être libéral et conservateur, et en même temps il tient à la justice sociale. Mais il est plus à droite que ce que les gens pensent», explique une députée MoDem.
Dans sa longue entreprise d'autonomisation du centre par rapport à la droite, amorcée par son refus de l'absorption de l'UDF au sein de l'UMP en 2002, le Béarnais a donné quelques gages à la gauche, de son refus de choisir entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal en 2007 à son vote pour François Hollande au second tour en 2012.
«Comme il s'est affranchi de la droite, les gens ont pensé qu'il était de gauche. Mais il ne s'est affranchi que de la tutelle de la droite. Et sur le plan économique comme sociétal, il est plutôt dans le registre des conservateurs», explique un compagnon de route.
Le fondateur du MoDem, auteur de grandes embardées publiques sur certains thèmes, sait aussi se montrer discret. «Il sort du bois parfois sabre au clair, parfois avec une prudence de Sioux», s'amuse la même source.
M. Bayrou n'en a jamais fait grande publicité, mais il lui est arrivé de se trouver en désaccord avec ses propres troupes à l'Assemblée. Notamment avec son ex-suppléant Jean-Paul Mattei et ses nombreuses initiatives pour rehausser la fiscalité.
Ou bien sur le dossier de la fin de vie, cette grande loi en préparation depuis plusieurs années que le Premier ministre a préféré scinder en deux textes (soins palliatifs et aide active à mourir). Contre l'avis d'une partie de ses députés, dont certains sont en pointe sur ce dossier.
Influence religieuse pour un dirigeant dont la réticence sur l'aide à mourir est connue ("Ne faisons pas un service public pour donner la mort", déclarait-il en 2023) ? «Ce qui est gênant, c'est un Premier ministre qui prend des décisions politiques avec sa foi comme grille de lecture», cingle une députée macroniste.
Mauvaise analyse, assure-t-on au MoDem, où l'on rappelle que François Bayrou s'était prononcé dès 2005 en faveur de l'adoption pour les couples homosexuels, et qu'il l'avait incluse, tout comme «l'union civile» pour les personnes de même sexe, dans son programme présidentiel de 2007.
«François Bayrou est le produit de sa culture et de son imprégnation. Mais il ne va pas prendre ses ordres au Vatican». Et «il est plus pape François que Jean-Paul II», glisse un proche.
Le leader centriste a également pu varier sur certains sujets. La fin du cumul des mandats pour les députés figurait à son programme présidentiel en 2007 et en 2012. Ce qui ne l'a pas empêché d'en prôner le rétablissement dès son arrivée à Matignon, depuis la mairie de Pau.
De même, François Bayrou estimait en 2024 qu'il n'y avait «rien de plus démocratique que le 49.3». Arme constitutionnelle dont il voulait la suppression en 2002.
En 2005, il prônait une «VIe République» avec un président qui «serait chargé, à la place du gouvernement, de déterminer et de conduire la politique de la nation». Avant de se transformer en défenseur du gaullisme, du président qui préside et du gouvernement qui gouverne.
Premier ministre dans une Assemblée sans majorité, à la tête d'un gouvernement mêlant droite et centre-gauche, François Bayrou se retrouve où il a toujours souhaité être: au centre du jeu. «S'il arrive à traiter à la fois les socialistes et le RN, sur des enjeux différents, ça peut tenir longtemps», juge un député macroniste.
«Il est sur une ligne de crête qui fait dix centimètres de large, il y a un ravin des deux côtés. C'est un exercice difficile dont, objectivement, jusqu'à présent il se sort plutôt bien», observe un ministre.