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Semion Skrepetski s'était fait connaître par ses caricatures parfois provocatrices, visant des figures politiques russes de premier plan (ici, à Berlin, le 12 juin).
IMAGO/SOPA Images
Le caricaturiste russe Semion Skrepetsky, connu comme un critique du président Vladimir Poutine, a été tué par balles lundi en Pologne où la police a arrêté deux Bélarusses en lien présumé avec le meurtre.
De son vrai nom Robert Kouzovkov, cet artiste et dessinateur politique de 44 ans publiait des caricatures parfois provocatrices visant de célèbres figures politiques russes, du président Vladimir Poutine et du dirigeant soviétique Joseph Staline à l'opposant Alexeï Navalny et au chef tchétchène Ramzan Kadyrov.
«Une enquête est en cours (...) sur le meurtre d'un citoyen de la Fédération de Russie âgé de 44 ans (...) connu dans les médias sous le nom de Semion Skrepetski», a déclaré aux journalistes Marcin Kozak, le porte-parole du parquet de Lublin, voïvodie (région) orientale frontalière du Bélarus, allié de la Russie.
Aussitôt après le meurtre, deux ressortissants bélarusses ont été arrêtés à proximité du consulat de leur pays à Biala Podlaska, où le meurtre a été commis, a-t-il ajouté. Mais selon le porte-parole de la police de Lublin, le sous-inspecteur Andrzej Fijolek, la traque pour retrouver l'auteur présumé du crime se poursuit.
«Nous recherchons toujours l'homme qui a commis ce crime», a-t-il indiqué en précisant qu'un groupe spécial d'enquête avait été mis sur pied.
Selon les autorités polonaises, le caricaturiste russe a été tué lundi matin dans la rue par un homme non identifié qui a tiré trois coups de feu avec une arme de poing. Lorsque l'artiste est tombé, l'assaillant s'est approché de lui et a tiré à deux reprises à bout portant.
«L'affaire est évidemment grave (...)», a déclaré mardi à la presse Adam Szlapka, le porte-parole du gouvernement polonais, qui précise que la Pologne avait proposé une protection au dessinateur qui l'a déclinée.
Après le meurtre, la presse polonaise assurait mardi que la famille de M. Skrepetski a été mise en sécurité dans un lieu tenu secret.
L'affaire pourrait raviver les tensions historiques entre la Pologne et sa voisine la Russie, soulignées notamment par le crash de drones attribué à Moscou à l'automne 2025.
Selon Bartosz Grodecki, chef du bureau de la sécurité nationale auprès du président polonais (BBN) sur X: «si le caractère politique de ce crime se confirme, nous serons confrontés à une nouvelle manifestation de l'escalade des actions menées par la Russie en dehors de ses frontières. La Pologne ne peut pas devenir un espace pour de telles actions».
Semion Skrepetski s'était fait connaître par ses caricatures parfois provocatrices, visant des figures politiques russes de premier plan.
L'une de ses oeuvres les plus célèbres réinterprète une icône orthodoxe classique, représentant Staline tenant Poutine dans ses bras, telle la Sainte-Vierge portant l'enfant Jésus.
Semion Skrepetski s'était installé en Pologne en 2021, disant craindre des persécutions politiques en Russie.
En exil, il avait maintenu sa posture iconoclaste, participant à des événements de l'opposition russe, tout en critiquant ouvertement cette même opposition.
Plusieurs opposants au pouvoir russe ont été victimes à l'étranger d'attaques physiques ou au poison, comme au Royaume-Uni, où l'ex-agent du FSB Alexandre Litvinenko est décédé d'un empoisonnement au polonium en 2006, tandis que l'ex-agent double russe Sergueï Skripal et sa fille Ioulia ont survécu à un empoisonnement au Novitchok en 2018, qui a par ailleurs tué une Britannique.
En Allemagne, le meurtre en 2019 de Zelimkhan Khangoshvili, vétéran séparatiste de la guerre en Tchétchénie, abattu par balles par un ressortissant russe, avait provoqué une crise diplomatique entre Berlin et Moscou. En 2024, la Lituanie avait estimé qu'il était «probable» que l'agression au marteau à Vilnius de Léonid Volkov, ex-bras droit du défunt Alexeï Navalny, ait été organisée par la Russie.
Moscou a toujours démenti toute implication dans ces attaques.