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En Suisse, nous regarderons un quart de finale, un rendez-vous sportif exceptionnel, en pleine nuit. En Argentine, beaucoup regarderont un peu plus que cela. (Image d'illustration)
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À quelques heures du quart de finale entre la Suisse et l'Argentine, blue News a pris le pouls du pays champion du monde. Entre espoir et humilité, une évidence s'est imposée : personne ne considère la Nati comme un adversaire facile. Mais au fil des conversations, les Argentins ont surtout raconté une autre histoire : la leur.
« Attends... ne raccroche pas. Il faut que tu parles avec lui aussi. »
Au bout du fil, le téléphone change de mains. J'entends des voix, des rires, le crépitement d'un barbecue. Mathias est en train de partager un asado avec des amis. L'un d'eux veut absolument me donner son avis sur la Suisse. Puis un deuxième intervient. Un troisième corrige le premier.
Pendant quelques minutes, je ne suis plus vraiment en Suisse. Je suis assis avec eux, quelque part en Argentine.
Depuis ce matin, je multiplie les appels. À Buenos Aires. À Córdoba. À des amis, supporters et journalistes.
Mon idée est simple : comprendre comment les Argentins vivent ce quart de finale contre la Suisse.
Je pensais que les conversations commenceraient par Messi, ou peut-être par la présence ou non de notre nouveau "chouchou" Manzambi.
Mais, non...
Le premier à me répondre s'appelle Lucas.
Quand je lui demande ce qu'il pense de la Suisse, il me parle d'abord du prix des courses. Du travail qui manque. De l'inquiétude qui s'est installée depuis plusieurs années.
« Ici, beaucoup de gens vivent avec l'angoisse du lendemain », me dit-il calmement. Puis il s'interrompt quelques secondes.
« Mais pendant un match de Coupe du monde... on oublie tout. »
Il n'a pas besoin d'en dire davantage.
Pendant quatre-vingt-dix minutes, le football fait taire le reste. Les soucis attendront la fin du match.
En continuant mes appels, je remarque quelque chose d'étrange.
Ils finissent tous par raconter la même histoire qui ne commence jamais avec la Suisse. Elle commence toujours en 2022, avec la défaite face à ... l'Arabie saoudite.
« Nous étions convaincus d'être les meilleurs », me raconte Lucas.
Quelques semaines plus tard au Qatar, l'Argentine devenait championne du monde .Je m'attends à ce qu'il me parle de Messi. Il me parle d'autre chose :
«Cette Coupe du monde nous a rendu quelque chose que nous avions perdu : l'humilité.»
Je note la phrase.
Puis Fernando me dit presque la même chose.
Puis Patricio.
Personne ne prononce exactement les mêmes mots.
Mais tous décrivent le même changement.
Les Argentins ne regardent plus seulement leur équipe. Ils regardent aussi celle d'en face.
Et justement, quand ils parlent enfin de la Nati, un autre détail me saute aux yeux.
Les mots reviennent sans cesse.
- Robuste.
- Organisée.
- Disciplinée.
- Physique.
On dirait qu'ils se sont concertés. Ils ne l'ont évidemment pas fait.
«Chez nous, la Suisse, c'est d'abord les montres, les banques, le chocolat... », sourit César, journaliste dans une radio de Córdoba.
Il laisse passer un silence.
« Mais sur un terrain de football, personne ne la prend à la légère. »
Fernando insiste sur le milieu de terrain suisse.
Mathias admire la solidité d'Akanji.
Feli résume tout en une phrase : « Ils peuvent arriver dans la surface en trois passes. »
Je relis mes notes. À aucun moment je n'ai écrit le mot « facile ».
Puis César me raconte une expression que tous les Argentins semblent comprendre immédiatement.
«Avec l'Argentine, il faut la tuer deux fois»
Il pense immédiatement au match contre l'Égypte.
L'Argentine est menée. Elle a déjà laissé passer un penalty. Le temps file.
Beaucoup imaginent que cette Coupe du monde est en train de s'arrêter.
Et pourtant...
Elle revient.
Encore.
« C'est ça, cette équipe », me répond-il.
« Tu peux croire qu'elle est morte. Elle trouve encore une manière de revenir. »
Je repense alors à une phrase de Fernando.
« Ils ressemblent plus à une bande d'amis qu'à une équipe de football. »
Je crois que c'est cette confiance-là dont parlent tous les Argentins.
Pas celle qui consiste à penser qu'on est meilleur que les autres.
Une autre. Plus discrète. Plus profonde.
La conviction que, tant que l'arbitre n'a pas sifflé, tout reste possible.
Le plus étonnant, finalement, c'est que personne ne me promet une victoire de l'Argentine
Mathias trouve même que la Suisse possède un avantage physique.
Pato attend toujours le grand match de Julián Álvarez, de retrouver le meilleur De Paul ou le grand "Dibu".
Tous reconnaissent que l'Argentine n'a pas encore montré son meilleur visage.
Puis, comme souvent en Argentine, la conversation glisse vers Messi.
Pas le génie. L'homme. Celui dont personne ne veut voir le dernier match arriver.
« Les joueurs se battent pour que cela n'arrive jamais... », me dit Fernando.
Il ne parle pas de tactique. Il parle presque d'une promesse.
Avant de raccrocher, Pato se met à rêver.
Il imagine un Argentine-Angleterre. Il évoque 1986. Maradona. Messi. L'histoire.
Puis il s'arrête.
Il éclate de rire.
« Mais non... d'abord, il faut battre la Suisse. »
Je referme mon carnet.
En haut de la page, j'avais écrit une seule question.
À la fin de toutes ces conversations, je n'avais pas seulement trouvé une réponse.
J'avais surtout compris un peu mieux l'Argentine.
En Suisse, nous regarderons un quart de finale. Un rendez-vous sportif exceptionnel, en pleine nuit.
En Argentine, beaucoup regarderont un peu plus que cela.
Puis l'arbitre sifflera la fin.
Et la vie reprendra son cours.
Jusqu'à la prochaine parenthèse.