Vous avez trouvé une erreur?
Signaler maintenant
Allié incontournable des Etats-Unis dans le Golfe, le Qatar accueille la plus grande base américaine de la région (archive).
KEYSTONE
Le président américain Donald Trump a signé cette semaine un décret accordant de très fortes garanties de sécurité au Qatar, après les frappes menées par Israël dans le pays du Golfe en septembre.
Les assurances de Washington sont sans précédent pour un allié arabe. Elles sonnent comme un geste de soutien au Qatar, médiateur clef dans la guerre à Gaza, et un revers pour Israël, estiment des experts, même si la portée de ces engagements reste floue.
Selon le décret, «les Etats-Unis considéreront toute attaque armée contre (...) le Qatar comme une menace pour la paix et la sécurité des Etats-Unis». Si une telle attaque devait survenir, «les Etats-Unis prendraient toutes les mesures légales et pertinentes - diplomatiques, économiques et, si nécessaire, militaires», y lit-on.
Pour Andreas Krieg, du King's College à Londres, le décret «transforme les attaques sur Doha en problèmes pour Washington». «Il rétablit une mesure de dissuasion mais laisse aux Etats-Unis une large appréciation sur la manière d'agir».
Les décrets présidentiels, contrairement aux traités ratifiés par le Sénat, ne sont pas contraignants et peuvent être annulés par les successeurs de Donald Trump, souligne Elizabeth Dent, du cercle de réflexion Washington Institute.
«Bien que le texte soit beaucoup plus fort que tout ce que nous avons vu jusque là concernant le Qatar, et la plupart des pays du Moyen-Orient, (...) il est grandement inapplicable et sans doute intentionnellement vague», affirme la chercheuse.
Allié incontournable des Etats-Unis dans le Golfe, le Qatar accueille la plus grande base américaine de la région, et entretient de bonnes relations avec Donald Trump, qui s'y est rendu en mai.
La frappe israélienne, qui a visé le mois dernier une réunion de responsables du mouvement islamiste palestinien Hamas à Doha, a fait six morts, dont un membre des forces de sécurité qataries. Elle a suscité l'indignation du riche Etat gazier et de ses voisins du Golfe, qui reposent largement sur les Etats-Unis pour assurer leur sécurité.
Le décret de Donald Trump «est une réponse aux inquiétudes exprimées dans la région sur un désengagement des Etats-Unis en matière de sécurité», estime Dania Thafer, directrice du Gulf International Forum.
Pour Elizabeth Dent, c'est «une victoire diplomatique et stratégique majeure» pour le Qatar, qui montre l'importance qu'accorde Washington à son rôle de médiateur, auprès du Hamas, mais aussi d'autres ennemis de Washington comme l'Iran et les autorités talibanes.
Le décret a été signé lundi, le jour où le président américain a poussé le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à s'excuser par téléphone auprès de son homologue qatari Cheikh Mohammed ben Abdelrahmane Al-Thani, et lui promettre qu'il n'attaquera plus son pays.
Après cet appel entre les trois hommes, le Qatar a repris sa médiation, suspendue après les frappes israéliennes, et Donald Trump a annoncé son plan de paix pour Gaza, en cours de discussions avec les négociateurs du Hamas à Doha.
Le décret est un revers «à la fois stratégique et symbolique» pour Israël, même s'il laisse une marge de manœuvre à Washington et qu'il ne pourrait sans doute pas empêcher une nouvelle frappe israélienne au Qatar, affirme Elizabeth Dent. Le risque d'une réponse américaine serait toutefois plus élevé, estime Andreas Krieg.
Sous le mandat du président Joe Biden, Washington a fait miroiter à l'Arabie saoudite un accord de sécurité, en échange d'une normalisation de ses relations avec Israël.
Ces pourparlers ont été interrompus après l'offensive israélienne dans la bande de Gaza, menée en riposte à l'attaque sans précédent du Hamas, le 7 octobre 2023, dans le sud d'Israël.
Le mois dernier, la monarchie du Golfe a signé un accord de défense mutuelle avec le Pakistan.
Les Emirats arabes unis, autre allié du Golfe, ont normalisé leur relations avec Israël dans le cadre des accords d'Abraham, conclus en 2020 lors du premier mandat de Donald Trump. Mais ils ne bénéficient pas des mêmes garanties que celles données au Qatar.
Ces assurance font du Qatar un «acteur d'équilibre dans la région», que les «Etats-Unis semblent, du moins officiellement, plus intéressés à protéger», souligne Elizabeth Dent.
Mais cela place «la barre plus haut» pour les autres pays du Golfe qui pourraient chercher à obtenir des garanties similaires, ou à diversifier leurs alliances en matière de sécurité, dit Andreas Krieg.