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AP
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a provoqué une onde de choc politique en limogeant son populaire ministre de la Défense lors d'un remaniement gouvernemental, une décision qui a mis au jour des signes de fractures au sein de la hiérarchie militaire du pays en guerre.
Un nouveau Premier ministre a été approuvé jeudi par le Parlement : Serguiï Koretsky, l'ex-patron du principal opérateur gazier public ukrainien. Mais c'est l'éviction du jeune ministre Mykhaïlo Fedorov qui a provoqué la controverse et des manifestations de protestation.
Voici ce que l'on sait sur ces changements initiés par Volodymyr Zelensky.
Le calendrier de ce remaniement, moins d'un an après le précédent et seulement six mois après la nomination de M. Fedorov au ministère de la Défense, a fait lever de nombreux sourcils à Kiev.
Une décision «totalement inattendue», a estimé auprès de l'AFP Inna Sovsoun, députée d'opposition. Le président ukrainien a donné peu d'explications, se contentant d'affirmer qu'«il est important de préparer le pays pour l'hiver» face à de probables bombardements russes.
Cette mission est confiée à Serguiï Koretsky, spécialiste du secteur énergétique, loué pour sa gestion des ressources durant le rude hiver précédent, lorsque les frappes russes avaient plongé des millions de personnes dans le noir et le froid.
Cependant, selon le politologue ukrainien Volodymyr Fessenko, ce remaniement pourrait découler d'une volonté de Volodymyr Zelensky de nommer la Première ministre sortante Ioulia Svyrydenko au poste d'ambassadrice aux États-Unis.
En bons termes avec Washington, elle pourrait remplacer l'actuel ambassadrice, visée par une enquête pour corruption selon plusieurs médias ukrainiens.
Mais des interrogations demeurent quant au départ du ministre de la Défense, alors même que Kiev semble avoir enrayé la dynamique russe sur le front et intensifié ses frappes en profondeur sur le territoire russe.
L'éviction de Mykhaïlo Fedorov a suscité l'incompréhension chez de nombreux Ukrainiens mais aussi un malaise chez une partie de la hiérarchie militaire, suscitant de rares commentaires francs.
Jeudi, lors d'une conférence de presse, M. Fedorov a accusé le commandant en chef des armées, Oleksandre Syrsky, d'avoir forcé la main à Volodymyr Zelensky en lui imposant de choisir entre eux.
«Un président en temps de guerre ne devrait pas avoir à faire un tel choix», avait réagit le dirigeant ukrainien, assurant que les deux hommes n'échangeaient pratiquement plus, et les appelant à faire preuve d'"unité".
Nommé en janvier, Fedorov avait engagé une modernisation de l'armée tournée vers les nouvelle technologies, se heurtant à la culture militaire plus verticale et conventionnelle du commandant Syrsky.
«Nous devons nous concentrer sur la guerre et sur une stratégie efficace», avait réagi ce dernier sur les réseaux sociaux.
Pour protester contre l'éviction du ministre, un commandant adjoint de l'armée de l'air a présenté sa démission en dénonçant «un grave préjudice à la défense du pays» et le chef des forces interarmées, Mykhaïlo Drapaty, s'est prononcé en faveur de la poursuite des réformes engagées par M. Fedorov.
D'autres commandants ont remercié M. Fedorov pour son travail mais apporté leur soutien à Oleksandre Syrsky.
Au cœur de la crise figurent les accusations de Mykhaïlo Fedorov, qui reproche au commandant en chef d'avoir entravé des réformes pour une armée usée par plus de quatre ans de guerre contre la Russie et en sérieux manque de nouvelles recrues pour le front.
Né en 1965 en Russie soviétique, héros de la défense de Kiev et de la contre-offensive victorieuse de Kharkiv en 2022, Oleksandre Syrsky est critiqué pour un style de commandement jugé rigide et peu soucieux des pertes humaines.
Une approche aux antipodes de celle défendue par M. Fedorov, partisan d'une guerre davantage fondée sur les drones et les nouvelles technologies.
Pour plusieurs analystes, M. Zelensky a choisi de préserver la stabilité du commandement militaire en pleine guerre, au prix du départ d'un ministre populaire au sein de la population et apprécié des Occidentaux.
Volodymyr Zelensky a confié l'intérim du portefeuille de la Défense à Ievguen Khmara, un responsable discret des services de sécurité ukrainiens (SBU) absent de la scène politique.
Sa nomination définitive devra être approuvée par le Parlement mais aucune séance n'a encore été programmée. À Moscou, plusieurs blogueurs militaires se sont félicités de cette crise politique, l'un d'eux remerciant même M. Zelensky d'avoir écarté un ministre qui avait «causé tant de problèmes» aux forces russes.
En Ukraine, la spécialiste des drones Maria Berlinska a déploré, dans une rare déclaration, la perte d'un «ministre extrêmement compétent» qui aurait pu «renverser le cours des choses».
De nouvelles manifestations réclamant la réintégration de Mykhaïlo Fedorov sont prévues vendredi soir dans plusieurs villes ukrainiennes. «Les décisions politiques déterminent directement notre manière de combattre», a résumé auprès de l'AFP un soldat déployé sur le front.