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Signaler maintenantAvec son exposition «Humans», Olaf Breuning fait son retour en Suisse. Il y est question de générations, de questions existentielles et de la direction que prend l'humanité. blue News a rencontré l'artiste dans sa ville natale de Schaffhouse.
Un singe en bronze de 40 centimètres, un socle en marbre de 300 kilos et une plaque supplémentaire pour éviter de ruiner le parquet du musée. À cela s'ajoute une corde de 300 mètres de long. Le singe tient son extrémité dorée entre ses doigts, l'air pensif. «Et si l'être humain n'avait jamais existé?», semble-t-il se demander.
Car cette pointe dorée représente les quelque 300'000 dernières années de l'histoire d'Homo sapiens. Le reste de la corde symbolise les 4,5 milliards d'années de l'histoire de la Terre. Cette salle n'abrite que cette installation du singe et de la corde. Aux murs, des dessins montrent ce qui occupe l'être humain – comme un zoom sur lui-même. Dans cette pièce, on ne sait pas très bien si l'on doit se sentir immense parce qu'on peut faire le tour de milliards d'années en quelques secondes, ou au contraire minuscule face au fait que toute l'histoire de l'humanité n'en représente qu'une infime partie.

20 mm: Une corde, un singe en bronze et soudain 4,5 milliards d'années deviennent presque tangibles.
Olaf Breuning & Galerie von Bartha, Basel, Museum zu Allerheiligen Schaffhausen
Ce qui impressionne surtout, c'est la façon dont Breuning parvient à rendre visibles ces dimensions vertigineuses avec une simplicité déconcertante.
«L'idée m'est venue l'été dernier dans un café à Kyoto», raconte Olaf Breuning à blue News. «Et je me suis dit: tiens, maintenant il faut que je fasse un singe en bronze.» De retour à New York, il a fallu tout organiser: concevoir le singe, le faire fondre, trouver le socle en marbre, dénicher la corde.
Un an plus tard, ses œuvres, qui naviguent avec légèreté entre dessin, photographie, vidéo, sculpture et installation, sont réunies au Musée de la Toussaint à Schaffhouse. Le lieu a ici une importance particulière: c'est la ville natale de Breuning. Vingt-cinq ans après sa première exposition dans ce musée, l'un des artistes contemporains suisses les plus reconnus y fait son retour.
«Humans», c'est le titre de l'exposition. Et après quelques minutes seulement, une chose devient claire: il y est certes question de l'être humain, mais tout autant de sa place parfois étonnamment modeste, de ses doutes et des tournants de son existence.
«Nous sommes des êtres sociaux avec des questions existentielles»
Olaf Breuning
Artiste multidisciplinaire
Cet être humain rongé par les questions et les incertitudes apparaît dans la comédie musicale vidéo de quatre minutes «Simple Human». L'homme des cavernes est incarné par l'artiste lui-même. L'intelligence artificielle lui a simplement ajouté sa finition velue. «C'était incroyablement amusant de travailler avec ça. Avant, pour tourner un film, je devais engager des acteurs et mettre sur pied des productions entières. Aujourd'hui, je peux être assis dans mon studio et créer un personnage totalement nouveau en dix minutes.» La chanson elle-même a été générée par l'IA et a quelque chose de presque pénible à écouter.

Dans la vidéo Simple Human, Olaf Breuning se met lui-même en scène sous les traits d’un homme des cavernes, transformé par l’intelligence artificielle.
Olaf Breuning & Galerie von Bartha, Basel
Breuning utilise l'intelligence artificielle comme un outil, mais tient à conserver sa participation physique au processus. «Il faut encore pouvoir y sentir quelque chose d'humain», explique-t-il. En se mettant lui-même en scène comme personnage principal, il expose aussi une partie de son propre univers émotionnel. Derrière «Simple Human» se cache l'idée que, malgré tous les progrès technologiques, nous restons au bout du compte des êtres humains simples. «Nous devons manger, nous devons dormir. Nous ne pouvons pas simplement nous débarrasser de notre condition biologique. Nous sommes des êtres sociaux avec des questions existentielles.»
«Aucune espèce n'existe éternellement»
Ceux qui connaissent le travail de Breuning, souvent marqué par l'humour et l'absurde, le remarqueront rapidement: ses thèmes sont devenus plus sérieux. C'est aussi le cas du changement climatique, un sujet qui le confronte au décalage entre ce que nous savons et ce que nous faisons réellement. «Je pense que nous ne sommes pas capables de penser sur de très longues échelles de temps. C'est probablement une caractéristique humaine: nous sommes prisonniers de l'époque dans laquelle nous vivons.»
Breuning réfléchit dans des dimensions qui dépassent largement les débats actuels. «À long terme, l'être humain disparaîtra un jour. Dans cent mille ans ou dans un million d'années, peu importe: aucune espèce n'existe éternellement.» C'est précisément pour cette raison qu'il trouve triste que l'humanité détruise son propre environnement.
Est-il devenu plus mélancolique?
C'est possible.
«J'ai probablement aussi simplement vieilli», dit-il. «Quand j'étais jeune artiste, les films d'horreur, la science-fiction et des films comme «Alien» m'ont beaucoup influencé. Avec les années, le regard sur le monde change. On devient peut-être plus généraliste et plus réfléchi.»
Son expérience de vie à New York l’a également marqué. « Les Américains sont souvent plus optimistes et plus simples que les Suisses », explique Breuning. Il envisage d’ailleurs aujourd’hui sérieusement de revenir vivre en Suisse, notamment pour sa fille de huit ans, qu’il a eue avec son épouse, mariée depuis environ vingt ans. « La qualité de vie en Suisse est incroyablement élevée. Après dix ans passés à la campagne dans le nord de l’État de New York, j’ai aussi le sentiment qu’il pourrait être temps de commencer un nouveau chapitre de ma vie », confie l’artiste à blue News.
«L'humour reste un élément essentiel de mon travail»
«On peut regarder mes œuvres, rire et passer à autre chose. Ou alors prendre les thèmes au sérieux et y réfléchir. Les deux me conviennent parfaitement. Mais l'humour reste un élément essentiel de mon travail.» Les «chevaliers à roulettes» de l'œuvre Out of Balance ont quelque chose de presque comique. Les différentes pièces qui composent la sculpture viennent d'Allemagne, d'Angleterre et de Pologne. «Je voulais créer une grande sculpture métallique sans travailler directement avec du métal brut. Ce qui m'intéresse, c'est ce contraste entre les lourdes armures rigides des chevaliers et les rollers.»

Sous son apparence ludique, Out of Balance questionne la dépendance de nos sociétés à des systèmes dont l'équilibre peut rapidement se rompre.
Olaf Breuning & Galerie von Bartha, Basel, Museum zu Allerheiligen Schaffhausen
Le message derrière cette œuvre, qui doit être remontée à nouveau pour chaque exposition, est simple: «Nous développons toujours plus de technologies et d'outils autour de nous. Mais en même temps, nous avançons souvent sur une glace très mince. Si l'électricité s'arrête soudainement, si le pétrole ne circule plus ou si d'autres systèmes fondamentaux cessent de fonctionner, nous perdons très vite l'équilibre.»
Son regard sur l'être humain a-t-il changé en travaillant sur «Humans»?
Pour Breuning, cette exposition s'inscrit dans une réflexion au long cours. «Chaque exposition répond à certaines questions, mais en soulève de nouvelles. C'est un processus continu qui m'accompagnera probablement jusqu'à la fin de ma vie.»
L'exposition «Olaf Breuning. Humans» est à voir au Musée de la Toussaint de Schaffhouse jusqu'au 27 septembre.