Vous avez trouvé une erreur?
Signaler maintenant
Selon l'experte, l'ostéopathe a pu manifester «la toute-puissance de guérir tout le monde, la toute-puissance de sortir du cadre (...), la toute-puissance d'être le seul à avoir certaines pratiques» (image d'illustration).
ATS
L'ostéopathe jugé à Strasbourg pour des viols sur huit patientes et des agressions sexuelles sur 23 d'entre elles est mû par un sentiment de «toute-puissance» et une tendance à «retourner» la responsabilité, a estimé lundi une experte psychologue.
Valérie Ritzenthaler a examiné l'accusé et dix des 29 femmes dont il est accusé d'avoir, sous couvert de soins, touché ou pénétré les parties intimes sans leur consentement lorsqu'il exerçait à Eschau, en banlieue sud de Strasbourg. Deux patientes dénoncent elles, à la fois des viols et des agressions sexuelles.
L'ancien praticien de 37 ans nie toutes les pénétrations – sauf une, dont il estime qu'elle a été initiée par sa patiente. Il affirme avoir toujours fait ces gestes pour soigner, en les expliquant, et sans arrière-pensée sexuelle.
Il a lui-même reconnu avoir une conception «trop mécanique» du corps, ce qu'il a répété lundi à la barre. «C'est vrai que j'aurais dû poser plus de questions, j'aurais dû plus prendre en compte l'autre», a-t-il concédé, d'une petite voix, après l'intervention de l'experte.
«Quelle que soit la personne, qu'importe; l'action est motivée par autre chose chez lui, notamment par sa volonté d'être un soignant exceptionnel de l'autre, au corps défendant de l'autre», a asséné la psychologue.
Il a pu se croire «tellement capable de tout qu'il peut répondre à tout sans plus aucune limite», a-t-elle dit en évoquant des propos ésotériques ou dégradants que certaines patientes l'ont entendu tenir – et qu'il nie.
Elle a relevé une «tendance, à chaque fois, à retourner la situation» en faisant porter aux patientes la responsabilité de ses actes, «des mécanismes de défense qui sont des jongleries perverses».
Le fait qu'il ait agi dans un cadre de soins, avec une posture d'autorité, «va brouiller les repères, introduire de la confusion» et accentuer la sidération que quasiment toutes ses patientes ont ressentie, selon elle.
L'homme a pu manifester «la toute-puissance de guérir tout le monde, la toute-puissance de sortir du cadre (...), la toute-puissance d'être le seul à avoir certaines pratiques», a-t-elle estimé.
Mais elle a dit ne pas voir chez lui de «prédation ou de choix déterminé de ses victimes». Beaucoup de plaignantes, a observé la présidente de la cour criminelle, étaient fragiles lorsqu'elles l'ont consulté: enceintes, en deuil, opérées récemment... L'accusé, qui comparaît libre sous contrôle judiciaire, est jugé jusqu'à mercredi. Il encourt 20 ans de réclusion criminelle.