Vous avez trouvé une erreur?
Signaler maintenant
Jean Ziegler est décédé à l'âge de 92 ans (archives).
Keystone
Le décès de Jean Ziegler représente «une perte inestimable» pour Genève et la Suisse, indique mercredi le Parti socialiste genevois. Il juge que le politologue de gauche figurait parmi les voix «les plus libres, les plus courageuses et les plus influentes».
M. Ziegler laisse derrière lui une œuvre immense et un héritage intellectuel et moral de portée universelle, selon le communiqué. «Jean Ziegler nous a appris que la neutralité ne dispense jamais de défendre la dignité humaine et les droits fondamentaux», ont déclaré Amanda Gavilanes et Cyril Mizrahi, coprésidents du parti.
Son engagement continuera d'inspirer «notre parti et bien au-delà». Le PS genevois estime que ses combats conservent une résonance particulière face aux conflits, à la faim et aux inégalités actuelles.
De son côté, la présidente du Conseil d'Etat genevois Anne Hiltpold a indiqué mercredi devant les médias présenter «à la famille de Jean Ziegler nos plus sincères condoléances à l'occasion du décès de cette personnalité qui a marqué Genève et sa vie politique».
Jean Ziegler était «un intellectuel, qui croyait au rêve de la gauche», selon l'avocat genevois Charles Poncet. L'ancien conseiller national perd un «ami» avec le décès du politologue.
«Nous étions d'accord sur à peu près rien, sauf sur le classement des personnes de gauche ou de droite qui étaient des imbéciles», indique M. Poncet, ancien membre du Parti libéral, mercredi à Keystone-ATS.
Les deux hommes se sont côtoyés dans les années 1990 au Conseil national. «A Berne, nous allions dîner ensemble des repas légers tels que des entrecôtes ou des schnitzels, à l'insu de nos groupes parlementaires», se remémore M. Poncet.
Selon l'avocat genevois, Jean Ziegler «était un intellectuel, qui croyait au rêve de la gauche». «Il était l'auteur suisse le plus traduit après Max Frisch et Friedrich Dürenmatt, et je pense que ça suscitait des jalousies parmi ses collègues de gauche», relève M. Poncet.
Le haut-commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Volker Türk, salue en Jean Ziegler un «combattant surtout pour les populations vulnérables». «Nous avons tous grandi avec lui», selon M. Türk. Il le décrit comme un «champion pour l'écosystème des droits humains et une personnalité extrêmement forte».
M. Türk a rappelé que Jean Ziegler avait été rapporteur spécial de l'ONU pour le droit à l'alimentation et membre du Conseil consultatif du Conseil des droits de l'homme. Il a lutté «pour les populations qui ont souffert de la famine», estime le haut-commissaire.
Le politologue bernois Claude Longchamp a également rendu hommage à Jean Ziegler, en particulier à son engagement en faveur des jeunes. Il a rappelé que le conseiller national avait fait adopter une initiative parlementaire pour abaisser l'âge du droit de vote à 18 ans. Le peuple avait toutefois rejeté le projet en 1979.
Ce n'est que douze ans plus tard que les Suisses ont finalement approuvé cet abaissement, précise M. Longchamp sur son blog. Les deux hommes ont partagé le même bureau à l'Institut de sociologie de l'Université de Berne dans les années 1980, où Claude Longchamp devait souvent aider à «trier l'immense courrier provenant du monde entier».