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.Les quatre prévenus sont jugés depuis mardi pour abus de biens sociaux ou recel de ce délit (archives):
AFP
Un an d'emprisonnement avec sursis et des amendes conséquentes ont été requis vendredi contre deux ex-dirigeants du Canard enchaîné, un ancien dessinateur et sa compagne. Ils sont jugés pour des soupçons d'emploi fictif dans l'hebdomadaire satirique contestés par la défense qui a plaidé la relaxe.
Le ministère public a demandé 100'000 euros d'amende contre chacun des anciens dirigeants, Michel Gaillard et Nicolas Brimo, 150.000 euros d'amende contre l'ancien dessinateur André Escaro et la même amende contre sa compagne Edith Vandendaele.
Des réquisitions qui traduisent «concrètement l'ampleur du préjudice financier», évalué à 1,5 million d'euros entre 2010 et 2022, a estimé un des deux procureurs à l'audience, Hadrien Aramini, soulignant que le ministère public demandait «des sanctions proportionnées, qui rappellent à chacun le devoir d'exemplarité qui ne souffre d'aucune exception».
Les quatre prévenus sont jugés depuis mardi pour abus de biens sociaux ou recel de ce délit, déclaration frauduleuse pour obtenir une carte de presse, faux et usage de faux et déclaration frauduleuse à un organisme social.
Le tribunal rendra son jugement le 17 octobre.
Au coeur de l'affaire révélée par un journaliste du Canard enchaîné, Christophe Nobili, et qui a provoqué une profonde crise interne au sein de ce titre centenaire, l'emploi d'Edith Vandendaele, rémunérée comme journaliste pendant 25 ans par le journal qui a révélé l'emploi fictif de Penelope Fillon.
A ce titre, elle détenait la carte de presse, qui lui permettait de bénéficier d'un abattement fiscal, ainsi que de la confortable retraite complémentaire offerte par l'hebdomadaire. Pourtant, personne ne l'a vue à la rédaction, selon les investigations.
Lors du procès, Michel Gaillard et Nicolas Brimo – seuls à être présents, le couple étant absent en raison de l'état de santé de M. Escaro, 97 ans – ont expliqué que Mme Vandendaele assistait son compagnon pour qu'il réalise après son départ à la retraite en 1996, depuis sa résidence dans la Drôme, les «cabochons», de petits dessins humoristiques d'actualité.
Pour cela, elle se tenait au courant de l'actualité et lui soufflait des idées. C'était elle aussi qui envoyait toutes les semaines les dessins à la rédaction, par fax ou par courriel.
«Nous avons tout un faisceau d'indices concordants qui dessinent à l'évidence les contours d'un emploi fictif», a balayé le procureur, soulignant «l'inconsistance, la faiblesse de l'activité identifiable de Mme Vandendaele au sein du journal». «Une présence morale n'est pas une présence professionnelle», a encore estimé le procureur.
«Dans cette affaire, on a l'impression que le coeur du problème c'est qu'on est face à des gens qui se disent 'le Canard enchaîné, c'est moi'», avait plaidé, plus tôt, Me Maria Cornaz-Bassoli, qui défend avec Me Pierre-Olivier Lambert Christophe Nobili et six autres journalistes de l'hebdomadaire s'étant portées parties civiles.
Et «quand on pense qu'on est le Canard enchaîné, on pense que toute contestation est une trahison», a déclaré l'avocate, ajoutant que dans cette organisation, «tout se décide en haut et sans discussion possible».
«Toute l'organisation du Canard tourne autour de cinq personnes, toujours les mêmes, depuis plusieurs dizaines d'années, qui représentent leur propre et unique intérêt, l'entre-soi», a embrayé Me Lambert.
Les parties civiles qu'il défend réclament le remboursement des 1,5 million d'euros.
Après la parution de son livre «Cher Canard» (JC Lattès), revenant sur toute cette affaire, la direction a déclenché une procédure de licenciement à l'encontre de M. Nobili, mais a été déboutée à quatre reprises par l'inspection du travail et par le ministre. Une procédure est encore en cours devant le tribunal administratif.
Les avocats de la défense ont eux plaidé la relaxe.
«Réduire Edith Escaro à rien parce que c'est son devoir de compagne (d'aider M. Escaro, ndlr), c'est ça qu'on veut vous faire admettre?», a lancé Me Jean-Baptiste Marre, conseil du couple.
Pour Me Frédérique Baulieu, avocate de Michel Gaillard, ce sont au contraire «deux personnes qui ont travaillé à une oeuvre collective, qui ont fourni une prestation, un bien économique».
«M. Nobili a porté plainte avec une totale mauvaise foi», a estimé Me Jérémie Assous, conseil de M. Brimo, développant longuement la thèse de la «vengeance» de M. Nobili pour ne pas avoir été nommé rédacteur en chef.