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Caroline Alirol a appris en juillet 2024 qu'un animateur a un «comportement anormal» envers sa fille (image prétexte).
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«Ça a été un véritable combat». Après avoir appris que sa fille a été victime d'agressions sexuelles à la garderie de l'école, Caroline Alirol a écrit un livre sur ce «problème structurel».
Elle propose des pistes pour sortir de «l'inaction» au moment où la Ciivise appelle le gouvernement à «passer à la vitesse supérieure» en matière de protection des enfants.
Quand Caroline Alirol, qui travaille dans une association socio-judiciaire, apprend en juillet 2024 qu'un animateur a un «comportement anormal» envers sa fille, c'est «le choc», d'autant que des signalements ont été faits à plusieurs reprises depuis 20 ans. Elle raconte dans son livre «L'effet témoin» paru en mars comment ces alertes sont restées lettre morte.
Une animatrice signale «quelque chose qui la dérange sans qu'elle sache encore pourquoi» mais «ces mots se perdent dans la chaîne hiérarchique» au point que «tout retombe dans le silence», écrit-elle. «Jusqu'à ce qu'une autre femme, plus tard, remarque à son tour la même chose, et l'histoire se répète encore et encore pendant 20 ans.» Elle ne cite pas le nom du village du Nord où se sont déroulés les faits car pour elle, la situation est «un problème structurel», dit-elle à l'AFP.
A la fin de l'année scolaire, alors que sa fille est en CM2, une animatrice lui glisse discrètement: «+Vous êtes au courant qu'il y a un animateur qui a déjà mordu l'oreille d'une petite fille?+ Oui. +Eh bien je dois vous annoncer que votre fille est victime de ce monsieur elle aussi+.»
Plainte, audition: elle apprend en lisant la déposition de sa fille que l'homme l'a «forcée à lui faire un câlin tous les matins quand elle arrivait en garderie, qu'il l'a coincée dans son entrejambe tous les jours» et «qu'elle a senti du dégoût en sentant sa langue dans l'oreille».
Elle commence par culpabiliser avant de réaliser que ses enfants n'avaient pas l'âge de comprendre que l'homme «faisait des choses qui étaient interdites», malgré toute la prévention qu'elle a pu faire.
«C'était sous couvert de: +T'es ma préférée+», comme une flatterie, et tout se déroulait à la vue des autres adultes, rapporte Mme Alirol. Difficile donc pour l'enfant de se dire «que quand il me demande de s'asseoir sur ses genoux ce n'est pas normal, quand il me fait des chatouilles, ce n'est pas normal», ni «quand il me dit: +Je peux te dire un secret+, et qu'il lèche l'oreille».
Elle apprend que «c'est un comportement qu'il a avec les petites filles depuis des années». «Il y a eu un dysfonctionnement (...) de la communication» entre le périscolaire géré par la mairie et l’Éducation nationale, souligne-t-elle.
Elle dénonce «l'effet témoin», ce phénomène par lequel «plus il y a de personnes autour d'un fait répréhensible, moins il y a de réaction»: la responsabilité est «diluée». Sans vouloir «jeter la pierre à des professionnels» qui «voulaient protéger nos enfants», elle déplore qu'ils n'aient «pas les outils».
Pour elle, quand un enfant «ose parler, il faut le protéger tout de suite», via une interdiction de contact entre auteur présumé et victime, dès la plainte. «On n'impacte pas la présomption d'innocence», mais on protège l'enfant le temps de l'enquête.
Outre une «vigilance accrue» sur le recrutement, elle réclame une formation obligatoire des personnels aux violences sexuelles. Elle souligne la nécessité d'informer les parents dès qu'il y a «un fait, un incident, une révélation». «On forme une équipe avec le périscolaire et l’Éducation nationale», et c'est au parent de décider de porter plainte, «donc il faut qu'on soit raccord».
Mme Alirol appelle aussi à créer «un protocole de communication» entre mairie et école, avec une personne précise chargée de faire ce lien, dans des délais clairement énoncés. «Si on ne l'écrit pas, il y a beaucoup de subjectivité, encore plus dans les écoles de village où tout le monde se connaît», souligne-t-elle.
L'animateur sexagénaire a été condamné à deux ans de prison dont six mois ferme sous bracelet électronique. Une peine «parfaitement adaptée» selon la mère, car elle comporte une interdiction à vie de travailler avec des mineurs.
Après cette condamnation, sa fille a pu verbaliser «ce qu'elle avait vécu», ce qui a entraîné «un déclic». «On n'est pas victime toute sa vie», souligne Mme Alirol.